Isabelle est venue avec deux livres, le premier d’un auteur qui défraie la chronique, puisqu’il s’agit de Boualem Sansal et de son livre Le compte à rebours, pas vraiment un coup de cœur, mais néanmoins intéressant. En résumé, Paolo fait partie des rares humains, «les Appelés», choisis par une puissance mystérieuse pour recevoir et diffuser un message simple et terrible : dans 780 jours la présence des hommes sur la Terre prendra fin. Une minorité d'élus sera alors sauvée et conduite en lieu sûr, sur une autre planète. Les Appelés doivent profiter du délai imparti pour choisir les êtres dignes de confiance qui pourront participer, loin de la Terre, à la fondation d'une humanité nouvelle. Boualem Sansal jongle avec la philosophie, les religions, la physique pour envisager la fin de l'humanité tout en dénonçant la société ultracapitaliste qui détruit l'environnement et les humains. Un livre étonnant, très bien écrit, qui donne à réfléchir… Le second, c'est L’enfant réparé, de Grégoire Delacourt, auteur souvent évoqué ici. Pour la première fois, c’est un essai dans lequel il se livre , L’enfant réparé, c’est lui. Il a mis 55 ans pour comprendre ce qui lui était arrivé, et cet ouvrage était essentiel pour se reconstruire. Grégoire Delacourt a été victime d’une amnésie traumatique, en l’occurrence, quand il avait cinq ans, son père, un notable de province, l’a violé, alors que sa mère était à la maternité pour accoucher. Isabelle a trouvé ce livre intéressant dans la manière dont l’auteur chemine pour remonter le cours de sa vie.
Sans surprise, Danièle a lu la suite du Cinquantième livre de Pierre Martial, L’enfant qui croyait aux étoiles. Orphelin, Charlie n'a jamais eu de vraie famille. Ballotté de centres sociaux en familles d'accueil, il n'a, pour seuls amis, que les livres, les chats et les arbres...Alors qu'une décision terrible venue des « gens d'en haut » le frappe de plein fouet, Charlie se rebelle et s'enfuit sur les routes avec pour tout bagage, un petit sac à bretelles et trois barres chocolatées. Il est à la recherche éperdue de cet amour qui lui manque tant et de cette famille qu'il n'a jamais eue. Chaque soir, niché dans un arbre ou caché sur un toit, il demande aux étoiles, les yeux pleins d'espoir, de le guider encore et de le protéger toujours. À quatorze ans, il n'imagine pas un seul instant tout ce à quoi il s'expose et va devoir affronter… Ca se passe toujours à Montmartre, on y retrouve les mêmes personnages, c’est drôle, tendre, un peu loufoque, souvent émouvant…, seul reproche Pierre Martial a repris beaucoup d’anecdotes qui étaient dans le premier roman, donc un peu redondant. Dommage ! Le second, Le silence et la colère, fait suite au Grand monde de Pierre Lemaître. Ce qui a plu à Danièle, c’est que ce roman est pour beaucoup une histoire de femmes, qui se battent pour leur liberté affective et professionnelle (dans le silence), et taisent une colère qui explosera quelques décennies plus tard dans les mouvements de libération de la femme.
En ce moment, Christine est plongée dans les livres d’Anne Givaudan que personne ne connaît ici. C’est une sorte de médium qui raconte ses « voyages hors du corps », elle aime beaucoup, mais ne nous en dira pas plus, car c’est très particulier. Elle préfère nous parler des Lettres à un ami allemand, d’Albert Camus, qu’elle avait lu il y a longtemps, et qu’elle a souhaité relire, après en avoir entendu parlé dans des émissions. C’est très court, quatre lettres écrites avant la libération. Il écrit à un ami allemand devenu nazi, pour expliquer la rupture causée par leur divergence morale pendant la Seconde Guerre mondiale. Il maintient l'espoir de dialogue malgré la différence, soulignant la nécessité de résister pour la justice universelle, contre la domination. C’est étonnant la façon dont il analyse la conscience française face à la conscience allemande. Christine a vraiment été touchée car elle a pris le temps de le lire et d’y réfléchir, contrairement à sa première lecture.
Françoise ne nous présentera pas un roman, mais un livre de Sophie Galabru, philosophe et petite-fille du célèbre acteur. Après avoir vécu un tsunami émotionnel, elle a besoin de ce genre de lecture. Elle avait entendu parler de l’essai Nos dernières fois - Défier la nostalgie, qui explore les mécanismes de la nostalgie et les moyens de s'en libérer. La nostalgie renvoie au sentiment que le passé offrait des joies désormais inenvisageables. Les représentations nostalgiques du passé évoquent une époque à jamais révolue. Elle ne donne pas de recettes, mais elle décortique chacune des ruptures que l’on vit. C’est une bonne lecture qui peut aider dans ces circonstances, de même que les livres de Christophe André que Françoise relit aussi, elle commence à rebondir, mais c’est difficile. Courage Françoise !
Quant à Gilles, il va nous présenter deux livres, Un animal sauvage de Joël Dicker, qui s'organise autour d'un dispositif narratif en allers-retours temporels, et qui articule un braquage dans une bijouterie genevoise avec la vie en apparence paisible d’une famille installée dans une villa cossue des rives du lac Léman. Même s’il l’a trouvé un peu moins bon que ceux qu’il avait lu auparavant, il y a quand-même trouvé beaucoup de suspense. Un livre qui nous entraîne dans le grand luxe, on imagine des choses et au final, on a tout faux. Connaissez-vous Didier Fourny ? Journaliste et auteur, il fut l'un des premiers attachés de presse masculin dans l'univers typiquement féminin de la beauté. Ensuite, il a travaillé 10 ans dans la presse féminine ("Marie-Claire", "Cosmopolitan"...) avant de revenir à son premier métier. Avec Les Pétillantes, on entre dans le monde des mamies sexe, mode and rock'n roll ! Une jeune femme de 25 ans débute dans le journalisme. Pour son premier sujet, elle décide d’aller dans une « colocation » de vieilles dames, veuves ou divorcées. Chacune d’entre elles a son caractère, son histoire et certainement pas la langue dans sa poche. Des personnages truculents qui donnent presque envie de vieillir, si si ! Une lecture bien agréable.
Pour ma part, le dernier livre que j’ai lu peut être qualifié de feel good et de temps en temps, ça fait du bien. Feel good, mais pas mièvre, La mélancolie du kangourou de Laure Manel raconte la reconstruction d’un jeune père. Alors qu’il s’apprête à vivre le plus beau moment de sa vie avec la naissance de sa fille, Antoine est confronté au plus horrible des drames : la mort de sa femme durant l’accouchement. Anéanti par la perte de celle qu’il aimait plus que tout, Antoine a du mal à créer du lien avec son bébé jusqu’à ce qu’il embauche Rose, une pétillante jeune femme à l’irrépressible joie de vivre, pour s’occuper du nourrisson. Parviendra-t-elle à aider Antoine à se révéler comme père et à se reconstruire ? Un livre très émouvant… Les livres de Laure Manel racontent toujours des histoires de reconstructions suite à des drames ou des secrets de famille, comme ceux que j’ai lu, La délicatesse du homard, Ce que disent les silences ou Nos étoiles filantes. Elle en a écrit beaucoup d’autres que j’ai bien l’intention de lire.
Fabienne, amatrice de polars, a aussi versé dans le feel good ce mois-ci. Elle a passé un bon moment avec Le boulanger qui fabriquait des vies heureuses de Carsten Henn. Ancienne danseuse étoile, Sofie est intérimaire à la boulangerie du village. Elle est fascinée par la façon dont Giacomo, le boulanger italien, chorégraphie la fabrication de son pain. À bien des égards, les gestes d’un boulanger ressemblent à ceux d’un danseur : la rotation des mains, le balancement des hanches, le pétrissage rythmé de la pâte... Elle qui vit si douloureusement la fin de sa carrière de danseuse commence à entrevoir que la petite boulangerie pourrait être, pour elle, bien plus qu’un simple lieu de travail. Au milieu des fourneaux et au son des refrains que Giacomo chante pour que la pâte lève avec grâce et légèreté, elle découvre la sagesse d’un homme simple et le courage d’accepter cette nouvelle Sofie qu’elle est en train de devenir. Un livre généreux en émotions, sensibilité et rebondissements. Fabienne demande conseil au sujet du Goncourt La maison vide, elle a patienté, car le livre était réservé dix-sept fois avant elle. Maintenant qu’elle l’a en main, elle n’y arrive pas. Certaines d’entre nous lui conseillent de s’accrocher, car ça vaut le coup, l'auteur prend son temps pour planter le décor, mais après c'est passionnant. Peut-être nous en fera telle l’éloge le mois prochain ??
C’est de Michel Bussi dont Martine va nous parler et de son livre Que la mort nous frôle, son dernier thriller psychologique. Près de Lausanne, Jeanne, jeune psychiatre spécialisée dans les traumatismes, rejoint le manoir des Amarantes qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre. Parmi eux, Charly, adolescent imprévisible et paranoïaque, et Téréza, orpheline du ghetto de Varsovie, ont noué un lien très fort. Mais ces dernières semaines, des événements inquiétants secouent les lieux… Martine a bien aimé le décor, et le livre lui a souvent tiré les larmes. Elle a lu également le dernier roman de Martin Winckler, L’amour à temps, un livre qui l’a touchée, car l’auteur épouse la cause des femmes, très militant aussi pour les diversités de genre, on retrouve dans cet ouvrage les thèmes qui lui sont chers. C’est assez déroutant, une histoire de résistance et de résistantes, où l’on voyage dans le temps, entre 2026, l’Occupation, et la France de 1968. La narratrice du roman, Rachel, est une femme de 83 ans, qui raconte son voyage du Canada jusqu’en France, en 1968, pour découvrir dans quelles circonstances ses parents s’étaient rencontrés, durant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet tabou au sein de sa famille, et le prétexte idéal pour parler de la vie des femmes à l’époque et des mouvements de résistance féministes. Martine a été bluffée !
Céline, pour son grand retour, souhaite nous parler d’un projet qu’elle a mené avec la classe de 4ème Voltaire de son collège. Elle a apporté un exemplaire du petit livret qu’elle a reçu aujourd’hui dans sa boîte à lettres et dont elle est très fière. Avec cette classe qui était assez pénible en début d’année, elle a trouvé un moyen de les canaliser en leur faisant écrire des nouvelles. Elle leur avait présenté des nouvelles de Maupassant, mais c’était assez loin de leur univers. Donc elle leur a demandé d’écrire chacun une nouvelle réaliste sur quelque chose qui les touche en ce moment. C’est aussi lié avec un autre gros projet mené dans cette classe où quatre associations ont été accueillies, l’Unicef, la Cimade, Le Mrap et Amnesty International, venues leur expliquer les actions menées autour de la discrimination, des droits de l’Homme et des enfants entre autres. Tout ce travail a abouti à un recueil de nouvelles, dont le titre a été trouvé par une élève, Les cicatrices du monde. Bravo Céline ! Elle est en train de terminer l'écriture d' un livre de science-fiction dont nous aurons peut-être l’occasion de reparler. Mais à côté de l’écriture, il y a aussi la lecture, et l’envie de relire La servante écarlate de Margaret Atwood, une dystopie dont il y a eu une nouvelle traduction très intéressante. Le livre se compose de 46 chapitres, chacun dévoilant un aspect de la vie rigoureusement contrôlée des femmes dans la République de Gilead, une théocratie totalitaire qui a pris la place des États-Unis d’Amérique. Un livre de 1984, terriblement d’actualité, qui rejoint les thématiques des livres dont on a parlé ce soir.
Jeanine, qui n’avait pas prévu le retour de Céline, voulait nous parler de l’un de ses livres, L’air qu’elles boivent ferait éclater vos poumons. Trois destins de femmes différentes, riches qui, à un moment de leur vie se retrouvent, et c’est vraiment très bien. Elle ne nous en dira pas plus ...
Nous allons donc terminer avec des douceurs apportées par Danièle pour son anniversaire. Merci à elle.
Bernadette
Le dernier Café littéraire de la saison se déroulera le Mardi 30 juin à 19h à la Louisiane.

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