lundi 16 février 2026

Café littéraire # 77

Malgré quelques personnes excusées pour petits problèmes de santé et vacances scolaires, nous étions 11 pour ce 77ème Café littéraire, qui a de plus en plus de succès. 

J’avais oublié de mettre en route l’enregistreur, je vais essayer de retranscrire de mémoire ce que Gilles nous a dit à propos des deux livres qu’il nous a présentés. Tout d’abord un livre d’Aline Kiner, La nuit des béguines, un livre historique qui prouve que les femmes, même au Moyen Age se battaient déjà pour leurs droits. L’auteur nous entraîne dans le Paris de 1310. Le grand béguinage royal, dans le quartier du Marais, abrite des femmes qui refusent de se marier et ne souhaitent pas devenir religieuses. Leur liberté inédite en fait un lieu unique, qui dérange l'Église. Sur un terrain offert par Saint-Louis et situé dans Paris, elles sont près de quatre cents femmes à vivre, étudier ou travailler selon leurs capacités. A travers l’intrigue qui se noue autour de la jeune Maheut, on découvre un pan de la vie féminine du 14e siècle, lorsque des femmes au statut protégé pouvaient s’organiser ensemble comme elles l’entendaient. Un épisode d’une histoire assez méconnue à lire absolument. Puis il évoque Gilles Legardinier, un auteur plutôt léger, mais qui avec Nous étions les hommes, écrit un livre beaucoup plus sérieux. Dans un grand hôpital d'Édimbourg, le docteur Scott Kinross et la généticienne Jenni Cooper travaillent sur la maladie d'Alzheimer. Alors que le mal progresse à un rythme inquiétant, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes, leurs conclusions sont effrayantes : si ce fléau l'emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Dans un monde où les intérêts financiers règnent en despotes, c'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Face au plus grand danger que notre espèce ait connu, l'ultime course contre la montre a commencé... Une fiction bien sûr, mais qui donne quand-même à réfléchir…

Danièle a apporté L’objet d’amour un livre d’Edna O’Brien, apporté par le Père Noël. Les trente et un textes, sélectionnés parmi la centaine publiée pendant plus de soixante ans d’écriture, sont magistraux . L’auteur irlandaise, récompensée par le Prix Fémina spécial en 2019 pour l’ensemble de son œuvre, s’intéresse particulièrement à la condition des femmes dans son pays pendant des décennies. C’est écrit très petit et il y a beaucoup de pages, donc Danièle a besoin de temps après chaque nouvelle pour intégrer tout ça. C’est difficile de raconter ce livre, puisque ce sont des personnages et des histoires différentes à chaque fois. Ses fines évocations de filles de la campagne au sens aigu de l'observation, de jeunes femmes solitaires et ardentes, jamais dupes des désillusions à venir, ou de femmes amoureuses donnant le change dans un monde qui n'est pas le leur, sa sincérité désarmante, son humour, de même que son regard affûté sur la comédie sociale et la cruauté des enjeux de pouvoir, le tout servi par une belle écriture, ont beaucoup plu à Danièle. 

Devinez ce que Fabienne a lu, un polar bien sûr. Elle s’est plongée dans un livre de Patrick Bauwen, La nuit de l’ogre, qu’elle a terminé en deux nuits. Une sorte de prolongement du précédent roman, Le jour du chien, où l’on retrouve des personnages communs, comme le docteur Chris Kovak, et un rapport indirect.  Ce dernier prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu rouge en abandonnant son sac. Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal. Dans le même temps, son ancienne compagne, le lieutenant Audrey Valenti enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s'éviter mais leurs chemins vont se croiser. Une histoire glaçante, mais pas sanglante, qui vous tient en haleine jusqu’à la fin. 

Rosemay nous revient avec deux romans, dont La sage-femme de Berlin d’Anna Stuart, faisant suite à La sage-femme d’Auschwitz. Dans ce dernier elle racontait l’histoire bouleversante d’Ana, chargée de donner naissance aux enfants des autres prisonnières, ces enfants étant ensuite confiés à des familles allemandes. La sage-femme, avec l'aide de son amie Ester, eut l'idée de tatouer secrètement les bébés avec les numéros de leurs mères déportées, espérant ainsi qu'ils se retrouvent un jour. La sage-femme de Berlin est un peu la suite, puisqu’à la libération du camp, Ester fait partie des rares rescapés. Dès lors, elle n’aura de cesse de retrouver sa fille Pipa. Mais au lendemain de la guerre, l’Europe est en proie au chaos, et l’histoire n’a pas fini de bouleverser les destinées. Plus le temps passe, plus les chances d’Ester de récupérer Pippa s’amenuisent… Parviendront-elles un jour à être réunies ? Quand on sait que c’est inspiré d’une histoire vraie, on ne peut qu’être ému par ce récit, et on y apprend beaucoup de choses sur le plan historique. Rosemay nous le conseille avec enthousiasme. Encore un thriller haletant avec La psy de Freida McFadden, déjà évoquée ici avec La femme de ménage. L’histoire suit Tricia et Ethan, un jeune couple qui recherche la maison de leurs rêves. Une gigantesque tempête de neige se profile à l’horizon, le couple part visiter la maison d’une célèbre psychiatre disparue depuis des années, nichée en pleine campagne et ils vont, bien évidemment, être bloqués dans cette demeure durant un week-end entier. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant… Un livre plein de rebondissements dont le dénouement est inattendu. 

Isabelle, qui a beaucoup entendu parler de Cécile Coulon, a choisi de lire Une bête au paradis, qui retrace la vie d’Emilienne, la doyenne du Paradis, la ferme familiale, mais aussi et surtout celle de ses petits enfants, Blanche et Gabriel qu’elle élève suite au décès de leurs parents. Bientôt arrive l’adolescence et les premières amours, les premières déceptions aussi, qui déchirent et font voler en éclats le monde connu pour libérer le meilleur comme le pire. Le roman fiévreux d'une lignée de femmes possédées par ce qu'elles ont de plus précieux : leur terre. Un huis clos puissant et hypnotique, porté par une magnifique écriture. C’est calme, mais très intense, Isabelle a eu un coup de cœur pour ce roman. Elle avait déjà lu, du même auteur, Le cœur du pélican, l'histoire d'un jeune champion de course à pied foudroyé en pleine gloire, qui tente de renouer avec la légende vingt ans plus tard.  

Laissons la parole à Chantal pour un livre de Guillaume Poix, intitulé Perpétuité. Le roman nous plonge au cœur d’une maison d’arrêt du Sud de la France, non pas du côté des détenus, mais de leurs surveillants. Unité de lieu et de temps, puisque ça se déroule sur une nuit. Pierre, Houda, Laurent, Maëva et leurs collègues avancent dans une routine fragile, où chaque geste peut basculer en incident. Le texte plonge le lecteur dans un huis clos où le drame semble toujours proche. Le roman met en lumière le quotidien d’un métier méconnu, voire méprisé, on sent que l’auteur s’est immergé dans ce milieu pour restituer toute la complexité et la violence des établissements pénitentiaires à travers ses personnages. Par contre, Haute-Folie d’Antoine Wauters a laissé Chantal perplexe. Le roman raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Elle a été emballée au début, et beaucoup moins par la suite. Ça se lit assez vite, car ce sont de tout petits paragraphes, on ne sait pas où ça se passe, ni à quelle époque. Une guerre arrive, mais on n’en sait pas plus. Chantal a lu la fin rapidement pour en finir avec ce livre. Elle aimerait avoir un autre avis, c’est donc Cédric qui va s’y coller… Et pourtant ce livre a été encensé par la critique. A suivre !

Francine souhaite nous parler de Sylvain Tesson et de son livre La panthère des neiges. C’est le dernier film de Vincent Munnier « Le chant des forêts » qui l’a amenée à regarder le film et enfin à lire le livre. Parti à l'affût des dernières panthères des neiges sur les hauts plateaux du Tibet avec le photographe animalier Vincent Munier, l'auteur relate dans son récit de voyage l'approche et les rares apparitions de l'animal en y mêlant ses réflexions sur l'état du monde et son expérience intime de la perte de deux personnes proches que la panthère lui évoque. C’est un peu une quête initiatique avec des descriptions très poétiques. Elle nous en lit de petits passages. Francine tient à nous montrer le livre de photos de Mathieu Ricard. Lumière est le point culminant de soixante années de photographie avec près de 90 photos inédites de Matthieu Ricard qui, pour la première fois, révèlent l’envergure de son travail. Une invitation à partager l'émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours. Ces photos sont accompagnées de très beaux textes. De plus tous les bénéfices sont reversés à ses œuvres humanitaires. 

Cédric nous a apporté un livre de Bertrand Blier, qu’il a trouvé dans une boîte à livres en Alsace, alors qu’il était sur un tournage et qu’il avait un peu de temps libre. Existe en blanc, un livre déconcertant, paru en 1998, sur la folie meurtrière d'un homme, plus exactement d'un fétichiste absolu des soutiens-gorge. Un père autoritaire et idiot, une mère à la présence fantomatique, et un jour... révélation : il a 10 ans et il tombe béat devant une vitrine de lingerie fine. Mais seul le soutien-gorge l’intéresse, pas les femmes qu’il tuera sans vergogne. Cédric a trouvé ce livre intéressant, même s’il y a beaucoup de scènes crues, c’est plutôt glauque, mais c’est du Blier… 

Martine a découvert Ramsès Kefi et son livre Quatre jours sans ma mère, dont on a beaucoup entendu parler. Elle suppose que c’est en partie autobiographique, en effet l'histoire suit Salmane, jeune homme tiraillé entre son master d'histoire ancienne et son travail dans un fast-food, dont la mère disparaît soudainement. Une fugue qui va bouleverser la famille, le père Hédi et ce fils unique qui vit encore chez ses parents. Salmane va partir à la recherche de sa mère, car il sent qu’il y a beaucoup de non-dits dans cette famille. Son enquête commence, avec de maigres indices, mais va lui permettre de s’émanciper. Ce récit est à la fois une enquête et une déclaration d'amour aux quartiers et à leurs habitants. Ça se lit très facilement, car c’est écrit dans un style assez parlé. Martine a passé un bon moment avec ce livre. 

Edith a retrouvé dans sa bibliothèque un livre de Boualem Sansal dont on a beaucoup entendu parler lors de son incarcération en Algérie. Elle l’avait lu il y a une vingtaine d’années, elle n’en avait aucun souvenir, donc elle s’y est replongée. L’enfant fou de l’arbre creux lui a rappelé l’écriture de Kamel Daoud, mais c’est laborieux, deux fois plus compliqué à comprendre. Comme Kamel Daoud, ils sont tous deux nés en Algérie, et ils ont un code qu’Edith ne connaît pas, ce qui rend la compréhension difficile. En résumé, dans le sinistre bagne de Lambèse, en Algérie, de nos jours, deux détenus condamnés à mort dialoguent : un Français, Pierre Chaumet, et un Algérien, Farid. Pendant ce temps, un étrange enfant, enchaîné à un arbre creux dans la cour de la prison, semble rythmer le récit. L'histoire suivie sera principalement celle de Pierre, fils adoptif de pied noir dont la quête de vraie mère sera celle de ses racines. C’est très intéressant, même si ce n’est pas facile à lire, et Edith a envie de poursuivre avec d'autres livres de l'auteur. Après tous ces efforts, elle a préféré un thriller Sans soleil (tome 2) de Jean-Christophe Grangé, dans lequel on retrouve les trois personnages principaux. Ce deuxième volet démarre en 1986, soit quelques années après la fin de l’enquête qui s’est pour ainsi dire terminée sur une plage nudiste, au Cap d’Agde. On quitte Paris et la France pour partir au Maroc, puis en Algérie… Le tueur à la machette n’était pas celui que l’on pensait, et un homme continue d’assassiner sauvagement des malades du SIDA, mais cette fois sur le continent africain. Edith ne comprenait pas qu’il écrive des choses aussi horribles, mais apparemment il a eu un père diabolique, ce qui explique la dureté de ses romans. D’ailleurs elle envisage de lire son dernier, Je suis né du diable

A mon tour de parler du livre très médiatisé de Nathacha Appanah, la nuit au cœur, qui a obtenu le Prix Fémina 2025, le Prix Goncourt des Lycéens et Le Prix Renaudot des Lycéens 2025. Quand Nathacha apprend, en 2021, la mort de Chahinez, brûlée vive par son mari en pleine rue près de Bordeaux, elle doit affronter le souvenir de sa propre expérience de la violence, ainsi que celui de sa cousine Emma, tuée par son mari à l'île Maurice en 2000. Un témoignage minutieux et troublant sur la progression insidieuse de l'emprise, sur l'onde de choc du féminicide et sur la force des femmes. Un livre magistral ! Le second livre, je l’ai également acheté à Besançon, puisque l’auteur, Rachid Benzine, était présent au Festival des « Livres dans la boucle ». Il est franco-marocain, mais son roman L’homme qui lisait des livres se passe à Gaza. Julien, un jeune photographe français couvre, en Palestine, les bombardements dans la bande de Gaza. Un matin, dans une ruelle, il croise un vieil homme assis devant la porte de sa boutique pleine de livres. Alors qu’il veut le photographier, le libraire l’interpelle et lui demande d’écouter son histoire, celle de sa vie mais aussi celle de tout un pays. Un roman très bien écrit, court mais bouleversant, une ode à la littérature et à la paix.  

Bernadette 

 Le prochain Café littéraire se déroulera le Mardi 17 mars.

lundi 26 janvier 2026

Café littéraire # 76

Autour de la table, deux lecteurs et dix lectrices pour ce 76ème Café littéraire. 

Gérard
est volontaire pour lancer la soirée avec On était des loups de Sandrine Collette. Liam, le héros et narrateur, a choisi de s’installer en haute montagne, loin des villes. Il part régulièrement dans de longues expéditions pour traquer le gibier et partage cette existence rude de marginal avec sa femme Ava et leur fils de cinq ans, Aru. Jusqu’au jour où, de retour de chasse, il découvre, mourante, son épouse qu’un ours vient d’attaquer. En mère aimante, elle a pu sauver leur fils en le couvrant de son corps. Fou de douleur, Liam s’embarque pour un long périple à cheval pour se débarrasser d’Aru en le confiant à de vagues parents. On va voir peu à peu les liens de paternité se mettre en place, dans leur solitude réciproque père et fils vont pourtant s'apprivoiser, s'entraider et peut-être trouver enfin leur juste place… Un livre très dur, un peu bourru comme le personnage, mais très prenant. Le second livre, c’est La petite fille aux allumettes d’Andersen, acheté officiellement pour ses petites-filles, mais que Gérard tient à nous montrer pour ses magnifiques illustrations. Un conte que tout le monde connaît et qui nous a beaucoup fait pleurer quand on était enfant. 

Armelle a lu Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, en bref cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Ancienne sage-femme, l’autrice a écrit une douzaine de romans ainsi que des ouvrages pour la jeunesse. Armelle a passé un bon moment avec cette lecture.

Jeanine qui adore Agnès Jaoui, nous parle d’un petit livre tout frais et tout léger, La taille de nos seins. Pour la première fois, l’auteur prend la plume et raconte : l’amitié, d’abord, indéfectible mais aussi faite de rivalités, d’étonnements, de trahisons. L’apprentissage de son genre, joyeux ou angoissant, empreint de doutes et d’injonctions parfois douloureuses. Et les humiliations scolaires, les codes sociaux, le mépris de classe, tout ce qui a forgé sa personnalité convaincue et déterminée. Tendre, cocasse, très personnel, l’ouvrage est enrichi des illustrations de Cécile Partouche, pleines d’esprit et de sensibilité. Jeanine a été bouleversée par Le colonel ne dort pas d’Emilienne Malfatto, auteure que nous avions rencontrée au lycée Mandela l’an dernier. Elle décrit des choses horribles, mais qui reflètent une réalité. Dans une grande ville d'un pays en guerre, un spécialiste de l'interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une armée de fantômes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La ville et les hommes se confondent dans un paysage brouillé, un peu comme un rêve ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se répondent. Le colonel, tortionnaire torturé. L'ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un général qui devient fou. Un livre d’une grande force qui laisse des traces. Jeanine qui avait découvert Valentine Goby avec Kinderzimmer, a poursuivi avec le titre Banquises, une quête initiatique, un petit roman d’une densité extraordinaire et magnifiquement écrit. En 1982, Sarah, 22 ans, quitte la France pour Uummannaq au Groenland. Elle monte dans un avion qui l'emporte vers la calotte glaciaire où elle disparaît corps et âme. Sa famille ne l'a jamais revue. Vingt-sept ans plus tard, Lisa décide de partir sur les traces de sa sœur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace. L’auteur nous emporte sur ces terres qui s’effacent dans un grand et beau livre sur le désenchantement du monde et l’impossibilité du deuil.

Passons à Chantal qui souhaite nous présenter un livre de Delphine Minoui, Badjens, « Bad-jens : mot à mot, mauvais genre. En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée.» Dans ce roman situé à Chiraz, ville d’Iran, en 2022, une adolescente iranienne de seize ans, surnommée Badjens, s’apprête à brûler son foulard devant la foule en pleine révolte « Femme, Vie, Liberté ». Au moment où la peur se dissipe, son histoire remonte par fragments : naissance indésirée, père castrateur, premières amours, amitiés et désir de liberté.  Un livre brûlant ! Elle poursuit avec La collision de Paul Gasnier, cadeau de Noël, présenté ici par Isabelle au mois d’octobre, et qu’elle a beaucoup apprécié. Elle a surtout été intéressée par la réflexion philosophique que l’auteur a mis en place pour comprendre ce fait divers. Quand Chantal a fait la dictée à Bart, elle devait choisir un livre comme lot, et sans hésiter elle a pris un livre de Caryl Ferey, Les nuits de San Francisco. Ce n’est pas son meilleur, mais ça se lit facilement. Sam, Sioux Lakota de la tribu oglala, erre à travers les rues de San Francisco, après avoir quitté la misère de sa réserve et tenté sa chance à Las Vegas, avant la crise. Sans emploi, sans espoir, il noie son ennui tous les soirs dans l’alcool, à la dérive sur les trottoirs de la ville. Puis il y a la rencontre avec Jane, jeune mère désabusée, dotée d'une prothèse d'acier à la place de la jambe, qui cherche à fuir San Francisco pour commencer une nouvelle vie. Chantal ne nous dira rien de la fin qui est terrible…

Isabelle me rend le livre Antarctique, dont nous avions parlé au mois de novembre suite à la rencontre au lycée Mandela. Elle ne peut s’empêcher d’en lire un court extrait, qui montre bien la violence des faits, mais aussi l’humour avec lequel c’est raconté. Elle l’a dévoré également… Mais le livre qu’elle souhaite nous présenter ce soir, c’est La fille de Michèle Gazier. Le père de Marthe décède alors qu'elle a 2 ans, peu après la Première Guerre mondiale. Sa mère s'installe alors dans le midi de la France, entourée de Marthe, de son frère et de sa sœur plus âgés. Alors que ceux-ci grandissent et se marient, Marthe demeure enfermée par le rigorisme de sa mère, catholique autoritaire professant la haine des hommes. C’est présenté comme si le narrateur avait découvert une boîte avec des photos, et qu’il racontait la vie des personnes présentes, c’est sympa, très prenant, et relaté de façon originale. 

Danièle a pensé à Jeanine qui avait perdu sa petite chatte, elle nous a apporté Et si je n’étais pas Dieu ?  Chroniques d’un chat, de Stefania Gander. Un tout petit livre qui raconte la vie quotidienne d'un chat domestique, depuis le moment où il est adopté, racontée par le chat lui-même. Un long monologue, une comédie des malentendus où le point de vue félin et celui des humains ne coïncident pas toujours, mais donnent lieu à une histoire irrésistible d'amour et d'amitié, à la fois amusante et émouvante. Le second livre, Tout garder de Carole Allamand concerne un sujet, dont on parle de plus en plus, le syndrome de Diogène. Quand sa mère décède subitement, Carole Allamand rentre en Suisse pour s'occuper de ses funérailles. Une longue absence a distendu leurs rapports et plus de dix ans se sont écoulés sans une visite à son domicile. Rien ne l'a préparée à ce qu'elle découvre. Qui aurait soupçonné que la vieille dame, toujours tirée à quatre épingles, était atteinte du syndrome de Diogène ? A l’ère de la sobriété heureuse, la maladie qu’est le syndrome de Diogène semble inexplicable, comme le sont bien des maladies psychiatriques. Le vide affectif peut-il conduire à une telle folie ? Carole Allamand s’empare de ce sujet comme d’un sujet universitaire, cherchant des raisons, des prédispositions là où il n’y en a peut-être pas. Un témoignage qui nous engage à re-penser notre rapport aux objets et aux autres. Danièle trouve ce roman très bien construit, bien écrit, plein d’émotion, et nous a vraiment donné envie de le lire.

Martine est venue avec deux livres, le premier Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur, lui a été prêté par une amie, et elle va peu nous en parler. C’est un tout petit roman qui raconte l’émancipation d’une femme. Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l'amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu'elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l'aime immédiatement, c'est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu'il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde. Bref et intense, ce récit est celui d'une métamorphose. Elle préfère nous parler plus longuement d’un livre d’Olivier Norek, Les guerriers de l’hiver. Elle n’aime pas spécialement les romans historiques ou qui parle de la guerre, et pourtant c’est bluffant. Deux pays s’affrontent. L’un est gigantesque, l’autre minuscule. Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, le peuple finlandais s’est dressé contre l’ennemi, et parmi ses soldats est née une légende. La légende de Simo Häyhä, la Mort Blanche. Une histoire romancée, puissante, écrite après deux années d’enquête, et qui résonne plus que jamais dans l’actualité. Cette guerre de l’hiver très courte, est décrite de façon glaçante. L’éclairage est mis tout particulièrement sur la vie quotidienne d’un groupe d’amis au sein de l’armée finlandaise sur le front, lors d’assauts, d’expéditions de guérilla et d’actes de bravoure. L’auteur est un maître dans l'art de créer des univers fictionnels d'une incroyable densité. Un livre impressionnant ! 

L’origine des larmes de Jean-Paul Dubois est le livre que Catherine a choisi. Paul a commis l’irréparable : il a tué son père. Seulement voilà : quand il s’est décidé à passer à l’acte, Thomas Lanski était déjà mort… de mort naturelle. Il ne faudra rien de moins qu’une obligation de soins pendant un an pour démêler les circonstances qui ont conduit Paul à ce parricide dont il n’est pas vraiment l’auteur. L’Origine des larmes est le récit que Paul confie à son psychiatre : l’histoire d’un homme blessé, qui voue une haine obsessionnelle à son géniteur, coupable à ses yeux d’avoir fait souffrir sa femme et son fils tout au long de leur vie. L’apprentissage de la vengeance, en quelque sorte. Une comédie noire, mais pleine de fantaisie que Catherine nous recommande. 

Pas tous les hommes quand-même ! de Giulia Foïs, est un livre que la fille de Gilles lui a offert à Noël. un essai incisif, structuré en sept chapitres, qui analyse le mécanisme du déni face aux violences sexistes et sexuelles. Un ouvrage qui s’appuie sur une rigoureuse enquête sociologique, et qui a mis Gilles mal à l’aise, lui qui a été éduqué dans le respect des femmes et qui n’a jamais eu un comportement de dominant. Les chiffres sont terribles, 98% des agressions dont sont victimes les femmes sont provoquées par les hommes. En plus le livre est présenté sous forme de carnet qu’on ouvre de façon très sympa. Un livre nécessaire, mais Gilles a peur d’être identifié à cette catégorie d’hommes. Après un long débat très intéressant sur le sujet, il nous propose un second livre Transatlantic de Colum McCann. À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires. Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations. À Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, tente de puiser dans l'histoire de ses ancêtres la force de survivre à la perte et à la solitude. On y retrouve l’histoire de l’Irlande, c’est très intéressant et bien écrit. 

Moi qui achète et lit rarement des BD, je voulais montrer Les poissons, eux, ne pleurent pas... de Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx. En parallèle du Festival de la BD d’Audincourt, le Ph’arts a organisé une expo de photos et de planches de BD originales de ces deux auteurs. Le livre est le fruit d’une commande de l’Alliance française en Gambie. Les auteurs se sont rendus durant 15 jours dans ce petit pays enclavé dans le Sénégal, et ont cherché un sujet à traiter. Leur choix s’est porté sur l’entreprise chinoise Golden Lead, spécialisée dans la fabrication de farine de poisson, qui s’est installée dans la région, entraînant expropriation des habitants, pollution, surpêche et finalement peu d’emplois créés. Les auteurs racontent formidablement, en prenant bien soin de placer l'humain au cœur de leur histoire, avec ses indignations, son fatalisme, ses rêves. Et les dessins sont superbes ! J’ai choisi aussi une biographie de Frida Kahlo que j’avais offerte à une amie, elle a trouvé ce livre superbe, et j’ai donc décidé de me l’acheter. Un ruban autour d’une bombe, une biographie textile de Frida Kahlo de Rachel Vine-Krupa pour le texte et Maud Guely pour les illustrations, nous invite à découvrir la vie de Frida Kahlo par le biais de sa garde-robe. C’est très joliment illustré, et même si je connaissais déjà bien la vie de l’artiste, je l’ai découverte sous un autre angle. En tout cas une sacrée femme qui s’est battue pour ses idées. 

Fabienne est revenue à ses premières amours, le thriller, ici plutôt un thriller psychologique, Siège 7A de Sébastian Fitzek. Alors que sa fille s’apprête à accoucher, le psychiatre Mats Krüger surmonte sa peur de l’avion pour aller la rejoindre. Il a réservé 4 sièges dont le 7A, qui semble être le moins dangereux en cas de crash. Une fois à bord, un coup de fil mystérieux va transformer son vol en contre-la-montre tragique… dans l’avion se trouve une passagère fragile psychologiquement, qu’il devra manipuler afin de faire s’écraser l’avion, sans quoi sa fille, la seule famille qui lui reste, mourra. Qui savait qu’il était dans cet avion, que sa fille aller accoucher ? Qui veut lui faire du mal ? Autant d’énigmes à résoudre, c’est très bien construit et plein de rebondissements. Dans un tout autre style, Fabienne a lu Un autre bleu que le tien de Marjorie Tixier, qui narre la rencontre de deux femmes blessées par la vie. Restée mutique suite à un traumatisme dont elle n’a aucun souvenir, Rosanie vit à l’abri du monde depuis vingt ans, enfermée dans son univers feutré, protégée par son sauveur devenu son mari. Un jour, attirée par les thermes de la ville (elle qui craint pourtant l’eau) elle rencontre Félice, une femme sportive et volontaire, brisée par un tragique accident. Fascinée par sa force de caractère, Rosanie se résout à abattre le mur de silence derrière lequel elle s’est terrée pendant si longtemps. Une belle histoire qui donne de l’espoir, dans le sens où rien n’est figé. 

Nous terminons avec Francine qui a découvert Marie-Thérèse Boiteux cet été par le biais du film Robe rose et Chocolat, adapté de son roman Amer le chocolat, souvenir d’enfance quand elle a été évacuée en Suisse pendant la guerre. Elle a été interloquée, car c’est aussi l’histoire de sa maman. Ça lui a donné envie de lire d’autres livres de cette auteur, afin de mieux connaître la région, et d’apprendre aussi son histoire, et l’histoire paysanne à travers la vie de plusieurs familles. L’écriture est très simple, mais elle s’inspire de personnages qui ont réellement existé. Francine a lu Les renards cuisent au four, Les planches du roi, Les beignets des foins, qui se passe en 1914, avec les échanges de lettres avec des prisonniers et des soldats, Le deuil des abeilles, qui parle de la résistance, Le secret de Louise, dont l’un des fils va enquêter précisément sur ce secret. Partie longtemps, Francine est revenue en Franche-Comté il y a peu de temps, toutes ses lectures lui ont permis de se replonger dans l’histoire de notre région. 

La soirée s’est poursuivie autour de la galette traditionnelle, et d'une galette bisontine confectionnée par Jeanine que l’on remercie. 

Bernadette

Le prochain Café littéraire se tiendra le Mardi 10 février à 19h à la Louisiane

dimanche 7 décembre 2025

Café littéraire # 75

Douze lecteurs et lectrices se sont retrouvés pour ce 75ème Café littéraire. 

Nous commençons par un rapide compte-rendu de la rencontre au Lycée Mandela dans le cadre des « Petites Fugues ». Nous n’étions que deux pour cette rencontre, Gilles et moi. L’auteur invité, Olivier Bleys, a publié plus de 35 romans à ce jour, c’est un grand marcheur, ce qui l’inspire beaucoup, mais avec Antarctique, il s’essayait au thriller pour la première fois. J’avoue que ce n’est pas le genre de livre que j’ai l’habitude de lire, et pourtant je l’ai dévoré. Pour résumer, en 1961, cinq hommes occupent la station polaire soviétique de Daleko dont la seule finalité est la présence russe en Antarctique. Lors d’une partie d’échecs qui tourne mal, un meurtre est commis à coup de hache. Mais que faire d’un cadavre et d’un meurtrier, quand on est coupé du monde ? Un huis clos implacablement réglé, inspiré d’un fait réel, qui se transforme en un roman d’aventures original et haletant, imprégné d’humour noir. Les élèves ont posé des questions très pertinentes, et encore une fois ce fut une belle rencontre.

La séance débute avec Armelle qui souhaite nous parler d’une série de best-sellers, La femme de ménage de l’écrivaine américaine Freida MacFadden. Chaque tome raconte l’histoire de cette femme de ménage, rejetée par ses parents, avec une jeunesse mouvementée, qui a vengé une amie violée en tuant l’auteur des faits, et qui se retrouve en prison. A sa sortie, le seul travail qui s’offre à elle, est d’être femme de ménage chez des gens riches. Et finalement, sa mission est de défendre des femmes maltraitées. Une mission qui la poursuit au fil de toute la série. Armelle trouve que c’est bien raconté, bien écrit, avec une bonne intrigue et l’on est surpris à chaque fois par le dénouement. Même si ses romans ont été démontés par des magazines littéraires, elle a passé un bon moment en les lisant.

Fabienne a lu un livre de Yasmina Khadra, Le sel de tous les oublis, paru en 2020. Adem Naït-Gacem vit en Algérie dans les années 60 juste après l’indépendance. Instituteur dans un petit village, il est brisé par le départ de sa femme qui vient de le quitter pour un autre.  Alors lui aussi va tout abandonner, ses élèves, son quartier, ses amis et sombrer dans l’alcool. Réalisant que ce n’est pas une solution, il entame un voyage initiatique en solitaire et va croiser au cours de son périple des personnages improbables. C’est très bien écrit, Fabienne nous en lit quelques passages. Un livre qui se lit comme un thriller, mais qui est d’une grande profondeur psychologique. Le second, Fabienne l’a trouvé dans une boîte à livres, elle a été séduite par la couverture. Et pourtant le bonheur est là d’Enrico Galiano est un livre pour ados, dans lequel elle s’est laissé embarquer. Gioia a toujours été à part du reste du monde L’arrivée de Lo dans sa vie vient toutefois chambouler ses habitudes. Tout de suite, Gioia s’éprend de ce garçon solitaire et mystérieux qui la comprend, qui la fait rire, qui lui donne l’impression qu’elle est normale. Alors quand il cesse de venir à leur lieu de rendez-vous nocturne et ne laisse aucune nouvelle, elle panique et part à sa recherche. Ce que Fabienne a aimé aussi dans ce livre, c’est que la jeune fille collectionne dans un carnet des mots étrangers intraduisibles, répertoriés à la fin du livre. Ce roman italien bouleverse par l'exploration des sentiments de deux adolescents en souffrance psychique. Il ouvre sans cesse avec intelligence sur les questions philosophiques du sens de la vie. Apparemment, il y a un tome 2, affaire à suivre… 

Je souhaite présenter deux livres achetés lors des « Livres dans la boucle ». Il pleut sur la parade est un premier roman d’une jeune Nancéenne, Lucie-Anne Belgy. Après avoir lu un article dans le journal local, j’ai compris que c’était en grande partie autobiographique. C’est d’abord une histoire d’amour au sein d’un couple mixte, lui est juif, elle catholique, avec toutes les difficultés que ça peut engendrer, mais c’est surtout l’histoire de leur fils Ariel, qui dès son deuxième anniversaire, a de sérieux problèmes de comportement avec les autres enfants, la violence étant pour lui la seule façon de communiquer. Le tout agrémenté d’une bonne dose d’humour mais aussi d’émotion. Le titre m’a intrigué, c’est une vieille expression d’origine anglaise qui signifie « gâcher la fête à quelqu’un ». Pour moi, c’est un premier roman très réussi. Le second est d’un tout autre genre, Fabrice Capizzano a été apiculteur pendant une dizaine d’années. Une salamandre à l’oreille est son troisième roman, mettant en scène Samuel, ancien auteur à succès, devenu apiculteur suite à la mort tragique de sa compagne. Sept ans après, il vit en repli sur ses ruches, entouré de ses trois enfants, et de son vieil ami Robert, alcoolique mais lucide. Dans le village du Vercors où ils habitent, les regards sont lourds de non-dits et s'ajoutent au poids d'une culpabilité qui semble accabler Samuel. Chaque chapitre porte un titre en rapport avec les abeilles et nous parle de ces dernières, avant de plonger dans l’histoire. Le style est surprenant, pouvant passer d’un langage poétique à des mots orduriers, et décrivant même des scènes de sexe de façon très osée. J’ai trouvé d’occasion ses deux premiers livres, avec des couvertures aussi belles et des titres aussi intrigants, je m’apprête à les lire et j’en reparlerai.

Isabelle a également apporté deux livres, L’alphabet du silence de Delphine Minoui, un roman où l’auteur nous met face aux faits tragiques qui ont agité ces dernières années la Turquie. La vie de Göktay et Ayla, un jeune couple d’universitaires et parents d’une fillette de six ans, bascule brutalement en janvier 2016 lorsque Göktay est arrêté et incarcéré pour avoir signé une pétition de trop : le « Manifeste pour la paix ». Son épouse n’est pas une enseignante engagée, mais progressivement, après être restée recluse un temps, elle va s’impliquer dans la lutte contre les arrestations arbitraires et tout faire pour sortir son mari de prison. Un livre très intéressant, qui mérite vraiment d’être lu. Isabelle ne se souvenait pas avoir lu Amélie Nothomb, elle a donc choisi Le fait du prince, publié en 2008, et elle a adoré. Un homme vole l'identité d'un inconnu. La vie de Baptiste Bordave, une vie morose et banale, va soudainement changer quand, un jour, un homme sonne chez lui pour téléphoner et meurt subitement. Ne sachant que faire, il décide de prendre l'identité du mort et devient donc Olaf Sildur. C’est loufoque, ça se lit avec plaisir. 

Gilles a découvert Pierre Lemaître, auteur qu’il ne connaissait pas, à travers sa trilogie relatant la guerre de 14 et l’entre-deux-guerres, et de sa dilogie (mot peu utilisé que j’ai découvert), qui parle des « trente glorieuses ». En fait, ce sera une trilogie, peut-être même une tétralogie quand la suite paraîtra. Dans les deux premiers tomes, Le grand monde et Le silence et la colère, on fait la connaissance, en 1948, à Beyrouth, de la famille Pelletier, un couple avec trois enfants qui vont avoir des destinées très différentes. On voyage de Beyrouth à Saïgon, en passant par Paris. On suit les péripéties des membres de la famille Pelletier, dont les drames personnels se mêlent aux évènements historiques. C’est merveilleusement écrit et Gilles nous invite chaudement à les lire. Renseignements pris, le troisième Un avenir radieux est paru, donc il pourra lire la suite. Poursuivons avec Michel Folco, qui a écrit, il y a déjà de nombreuses années, sur une famille de bourreaux. Dieu et nous seul pouvons, titre du roman, est la devise écrite au fronton de la maison du bourreau. Gilles nous raconte de multiples anecdotes sur cette profession, et nous en apprendrons d’autres en lisant le livre. 

Quant à Edith, elle a beaucoup aimé Tressaillir de Marie Pourchet. Michelle, l’héroïne est mariée, mère d’une petite fille et on ressent dès le début du roman qu’elle a du mal à supporter ce mari autoritaire et rigide. Elle quitte la maison en pensant découvrir la liberté mais elle éprouve, prostrée dans une chambre d'hôtel, le supplice de l'arrachement. Une amie va venir à son secours, en lui proposant une mission dans un lycée des Vosges, région dont elle est originaire. En acceptant, elle va faire un long cheminement, revivre son enfance et ses traumatismes, elle doit remettre sa vie en question pour prendre la bonne décision, revivre avec cette homme ou pas. Toute une recherche personnelle assez forte, portée par un style percutant, mais qui s’adapte au déroulement du récit. Un livre perturbant ! 

Chaque fois que Françoise voyait Emmanuel Carrère à la « Grande Librairie », elle avait un coup de cœur pour lui et pensait qu’elle devait découvrir ses livres. C’est chose faite avec Yoga, paru en 2020, un livre de 400 pages qu’on a du mal à reposer. En parler est difficile, car c’est foisonnant, il est parti dans le Morvan suivre un stage intensif « méditation et yoga », et s’en est suivi ce livre, sur le yoga et la dépression, la méditation et le terrorisme, l’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble, et pourtant elles sont étroitement liées. Un seul conseil, Lisez-le ! 

Cette fois Christine a pris le temps de lire un roman qu’on lui a offert et dont on a souvent parlé ici, le Goncourt 2023. Malgré un emploi du temps chargé, elle s'y est plongée et ça l’a passionnée. Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andréa raconte un demi-siècle d’histoire de l’Italie où deux personnages principaux se répondent : Mimo et Viola. Mimo est pris en charge par son « oncle » Alberto sculpteur de métier malgré « un piccolo problema », une tare visible et moquée de tous. Il souffre d’achondroplasie. À San Pietro, que va-t-on pouvoir faire de lui à part l’exploiter ? Viola a presque le même âge lorsqu’ils se rencontrent. Facétieuse, futée, et très intelligente, elle aime lire, retient tout ce qu’elle apprend et se donne comme mission de le transmettre, dit ce qu’elle pense et a un avis sur tout. Christine nous affirme que ce sculpteur a existé et qu’elle va faire des recherches sur lui. Moi il me semblait que non, et mes recherches me l’ont confirmé. Dans Version Fémina voilà ce qu’on peut lire : Ce n'est pourtant pas le cas, comme l'avait confirmé Jean-Baptiste Andrea lors d’un entretien accordé au site des magasins Cultura. « Si vous allez à l’abbaye Sacra di San Michele [où se déroule une partie du roman, ndlr], et demandez à voir la Pietà Vitaliani cachée dans ses souterrains, on vous répondra qu’un romancier français a tout inventé, que Mimo Vitaliani n’existe pas et qu’il n’y a pas de Pietà cachée dans les souterrains… ». Le personnage de ce sculpteur surdoué, passionné et parfois un brin arrogant a donc été intégralement façonné par l'auteur, tout comme l'autre personnage central du roman, Viola. Réel ou imaginaire, ceci n’enlève rien à la beauté de ce roman fascinant.

Jeanine a aimé La machine à coudre de Sami Nouri, un livre caché dans sa pile à lire, qui lui a été offert par une maman d’élève rencontrée il y a trois ans. Elle l’a ressorti pour pouvoir en discuter avec elle, et triste coïncidence, cette dernière atteinte d’un cancer, est malheureusement décédée le jour où Jeanine entamait ce livre. Elle est très émue à cette évocation, mais va néanmoins nous en parler. Sami Nouri a cinq ans lorsqu'il doit fuir avec sa famille l'Afghanistan et le régime des talibans. D'abord pour l'Iran, ensuite pour l'Europe et la France, dans des conditions effroyables. Derrière lui, il laisse la machine à coudre, cet objet de fascination qui a assuré leur survie à tous et sur laquelle son père lui a appris le métier. Arrivé seul en France à quatorze ans, ne parlant pas un mot de la langue, il est déplacé de foyer en foyer, perdu dans un monde dont il ne connaît rien. Sami se raccroche au souvenir de sa machine. Sans elle, il ne sait rien faire. Jusqu'au jour où l'on découvre son talent de couturier. Commence alors l'aventure qui le mènera dans les maisons de haute couture les plus prestigieuses. Mais sa première machine, il ne l'a jamais oubliée. Une histoire incroyable, marquée par l’exil, la pauvreté, la solitude mais aussi par la ténacité dont il a fait preuve et la rencontre de plusieurs personnes qui ont su l’aider au bon moment. 

Grande fan de Sorj Chalandon, Chantal nous parle de son dernier livre, Le livre de Kells. Pour son douzième roman, l’auteur a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie. Kells, c’est le nom d’un personnage tiré d’un récit celtique du IXᵉ siècle, nom qu’il adopte à 17 ans. Après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim. Un livre extrêmement émouvant dont Chantal nous lit un extrait pour nous en faire goûter l’écriture. Dans ce roman d’apprentissage, il raconte ses débuts à Paris, dans la rue, ses engagements politiques et ses rencontres fondatrices. Un récit sincère et bouleversant sur la colère, la liberté et la fin des illusions. La suite, on la connaît à peu près : un peu par hasard, et grâce à un dessin de presse, Sorj Chalandon réussira à entrer par la petite porte au journal Libération, amorçant le début d’une grande carrière de journaliste. Edith qui l’a lu également avait du mal à ouvrir le livre le soir, sachant que ça n’allait pas être une lecture facile. 

Nous terminons avec Gérard qui aime bien les polars, et en particulier Bernard Minier, dont le roman Un œil dans la nuit lui a beaucoup plu. Un réalisateur culte de films d’horreur, vit retiré du monde au fond de ses montagnes…Misanthrope, arrogant, fou, et pourtant son nom fait se pâmer tous les étudiants en cinéma. Enfin une série de meurtres abominables qui pourrait bien trouver son origine dans un film maudit… Martin Servaz, enquêteur récurrent, va être confronté à la plus grande énigme de sa carrière ! Un polar haletant qui va vous faire frissonner. Dans un tout autre genre, Gérard est allé dénicher une pépite au rayon jeunesse de la Médiathèque, L’enfant, la taupe, le renard et le cheval, de Charlie Mackesy, nous plonge dans une histoire d’amitié entre un enfant, une taupe gourmande et pleine de vie, un renard que les épreuves ont rendu méfiant et un cheval sage et serein. Tous les quatre explorent le vaste monde. Ils se posent des questions. Ils traversent des tempêtes. Ils apprennent à s’aimer. Ça rappelle un peu Le petit prince, il y a beaucoup de leçons à tirer de ce très beau livre, qui peut redonner confiance aux enfants. Gérard l’a déjà lu deux fois, pour lui c’est un bijou ! 

Bernadette

Le prochain Café littéraire aura lieu le Mardi 6 janvier à 19h à la Louisiane

lundi 27 octobre 2025

Café littéraire # 74

Après l’Assemblée générale, nous étions encore une dizaine pour partager nos lectures.

Isabelle
a apporté deux livres, le premier La collision est un roman de Paul Gasner. En 2012, en plein centre-ville de Lyon, une femme décède brutalement, percutée par un jeune garçon en moto cross qui fait du rodéo urbain à 80 km/h. Dix ans plus tard, son fils, qui n'a cessé d'être hanté par le drame, est devenu journaliste. Il observe la façon dont ce genre de catastrophe est utilisé quotidiennement pour fracturer la société et dresser une partie de l'opinion contre l'autre. Il décide de se replonger dans la complexité de cet accident, et de se lancer sur les traces du motard pour comprendre d'où il vient, quel a été son parcours et comment un tel événement a été rendu possible. Un récit magistral sur les chemins du deuil et de la résilience. Quelques mots pour nous parler d’un livre de Katherine Pancol, paru en 1995, intitulé Vu de l’extérieur. Après une enfance difficile sous l’emprise d’un cousin, Doudou est en pleine crise existentielle. On vit de l'intérieur cette errance sentimentale, cette pagaille affective qui habite cette anti-héroïne. Elle est paumée, elle ne sait pas où elle va, ni qui elle aime vraiment. Résultat, elle occasionne pas mal de dégâts autour d'elle. Un roman qui sent le vécu, raconté de façon très étonnante. 

Danielle a oublié le sac avec ses livres, donc ce sera très bref. 

Françoise, exceptionnellement, n’a rien apporté non plus, car elle a passé beaucoup de temps à préparer ses ateliers d’écriture au détriment de la lecture. 

Gilles, que nous retrouvons avec bonheur après deux ans et demi de convalescence, est très heureux de se retrouver parmi nous. Il a pu se remettre à la lecture papier et nous présente plusieurs livres. Sur cette terre il y a ce qui mérite vie, un livre qui rassemble dix-sept contributions d’écrivains français, palestiniens ou franco-palestiniens. Pour donner voix aux victimes et ne pas garder le silence alors que Gaza meurt de faim. Pour exprimer l’indignation collective face au sort réservé au peuple palestinien. Pour affirmer, après Mahmoud Darwich, que « sur cette terre, il y a ce qui mérite vie. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine ». Gilles, en nous parlant de ce livre, souhaite mettre sa pierre à l’édifice pour sauver ce qui peut encore l’être là-bas, car tous les droits d’auteur sont reversés à Médecins du monde. Il souhaite ensuite nous lire un conte, Le paysan chinois et son cheval blanc, un conte zen de Lao Tseu qui appelle à la tempérance, à garder ses émotions sous contrôle, et surtout à se rappeler que nous n’avons pas de boule de cristal pour prédire l’avenir.  Gilles, qui a du temps à rattraper, va nous parler maintenant d’un auteur, Jan-Philipp Sendker, un écrivain né en Allemagne, et de son livre L’art d’écouter les battements du cœur, suivi d’un second Un cœur bien accordé, deux ouvrages pas du tout poétiques, mais très matériels. En 1995, perdue, dépaysée, Julia débarque de New York dans un village de Birmanie. Elle recherche son père, riche avocat d’origine birmane qui a brutalement disparu, et rencontre dans une maison de thé un vieux sage qui l’a connu. C’est très bien écrit, ça touche au plus profond, il dégage une humanité vibrante et une belle leçon de vie. La morale de toutes ces lectures, on ne sait pas de quoi demain sera fait, et Gilles est bien placé pour le savoir. Un grand bonheur pour lui de lire cet auteur ! 

Chantal a lu Clamser à Tataouine, premier roman de Raphaël Quenard, un merveilleux comédien devenu écrivain. Dans un mélange savoureux de drame, de comédie et de cynisme, il suit la vie macabre d’un psychopathe en quête de vengeance contre la société, qui va de crime en crime. Le langage peut être tour à tour très châtié ou très fleuri. Le narrateur est un loser en bout de course qui n’a plus goût à rien. Il n’est pas loin d’en finir lorsqu’il décide finalement de faire payer à la société les raisons de sa mise à l’écart. Il va tout simplement tuer une figure qui représente pour lui une classe sociale donnée. Chantal nous recommande chaudement de voir les films dans lesquels a joué le comédien, en particulier « Chien de la casse ». Elle tient à remercier Jeanine qui nous a souvent parlé de Caryl Ferey, et elle a donc découvert cet auteur à travers son livre Mapuche. L’écrivain y raconte l’histoire de Jana, une mapuche, et de Rubén un détective privé, rescapé de la dictature Argentine, qui enquête sur les disparus du régime de Videla entre 1976 et 1983. L’auteur dépeint les nombreuses arrestations, enlèvements, tortures et assassinats (organisés) des opposants politiques. Il expose le combat des « Grands-mères de la place de Mai ». Ces femmes protestent depuis 40 ans pour retrouver et rendre aux familles les enfants qui leur ont été volés lors de la dictature militaire. Parfois Chantal, qui pourtant affirme pouvoir tout lire, a dû s’interrompre, tellement c’est bouleversant. C’est très documenté et très intéressant.

Christine, fait rarissime, n’a pas de livres à nous présenter. 

Nous passons donc à Jeanine qui s’est lancée dans la saga Les sept sœurs, elle en est au troisième, mais nous en a déjà parlé la dernière fois. Elle a donc puisé dans sa bibliothèque deux livres sur les chats. Sa petite minette s’est fait écraser devant chez elle il y a quelques jours, c’est donc une façon de lui rendre hommage. L’art d’être chat : 24 très riches heures de ma vie. Intellectuel raffiné et conseiller éditorial chez Officina Libraria, le chat Padamu a accepté de dévoiler l'ordinaire de l'une de ses journées, exemplaire... Il s'est laissé portraituré sur le vif, heure par heure, et saisir par le crayon mordant de Jack Tow. Des dessins magnifiques avec juste quelques mots en légende, par exemple « L'empreinte de mes pattes sur ton dessin... Il faut savoir apprécier mon art ». Au-revoir les chats de Hiro Arikawa nous embarque, au fil de sept contes drolatiques et touchants sur les chats, dans un nouveau périple pittoresque et émouvant à travers le Japon. C’est magnifiquement écrit, et Jeanine a adoré la couverture.

Quant à Martine, elle préfère lire des choses plus légère dans le contexte actuel. Elle a donc lu Jules, dont Fabienne nous avait parlé la dernière fois, et a passé un bon moment. Elle a lu également lu l’avant-dernier livre de David Foenkinos, La vie heureuse, dont Armelle nous avait parlé en avril 2024. Un roman dans lequel l’auteur explore la mise en scène de sa propre mort comme promesse de se réinventer, une histoire singulière entre la France et la Corée, un roman réjouissant qui fait écho à nos questionnements contemporains. « Jamais aucune époque n'a autant été marquée par le désir de changer de vie. Nous voulons tous, à un moment de notre existence, être un autre.» Ça peut paraître assez convenu, mais on se laisse porter par ce roman qui fait du bien. 

Cédric a apporté un livre lu il y a quelques mois, qui aborde un sujet délicat, Le consentement de Vanessa Springora. Il y est question d’un célèbre romancier, qui a sévi auprès de petites filles, et qui n’est toujours pas jugé. L’auteur analyse dans ce livre ce qui a pu faire d’elle une proie : son besoin éperdu d’amour venant d’une figure paternelle, la permissivité des années 1970 et 1980 eu égard aux relations avec des mineurs, son admiration et celle de sa mère pour le monde des livres et pour leurs auteurs. Cédric est particulièrement sensible à ce sujet, puisqu’il s’occupe de jeunes en difficulté, et il trouve que les parents ne sont pas assez vigilants. Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

Fabienne a continué à lire Didier Van Cauwelaert et plus particulièrement L’enfant qui sauva la terre. Thomas, un jeune garçon atteint d’une maladie incurable, se prépare à affronter l’inéluctable, quand il se voit proposer un choix inattendu par un clown d’hôpital. En rejoignant un groupe d’enfants confrontés au même sort, il pourra peut-être prolonger sa vie, à condition d’aider à sauver la planète. Ce pari fou va bouleverser la vie de Thomas. Il va découvrir un monde qu’il ignorait, prendre conscience des fléaux qui menacent notre planète et développer des capacités insoupçonnées en exerçant sa pensée. Au fil de son aventure, il va comprendre que son sort est lié à celui de la planète. En luttant pour sauver la Terre, il lutte aussi pour sa propre survie, un récit à la fois émouvant et porteur d’espoir. Ça aborde plusieurs sujets, l’influence du mental sur le corps, les problèmes de la Terre, c’est bien écrit, Fabienne ne nous en dira pas plus, à nous de le lire…

Enfin je termine cette soirée avec un livre que j’ai acheté et lu avant d’aller aux « Livres dans la boucle ». J’ai donc pu en discuter avec l’auteur Thibault Daelman dont c’est le premier roman. L’entroubli, récit totalement autobiographique, raconte son enfance parisienne confrontée à la précarité, la solitude et la honte, entre une mère dévouée, parfois dépassée et excessive, un père alcoolique et inexistant, et une fratrie de cinq frères. Un récit personnel dans lequel on sent tout le poids social et le désir de s’en émanciper par l’écriture. L’Entroubli raconte une vie d’enfant, depuis ses premières années à sa majorité : la découverte de l’amitié et de la littérature qui sauve de l’oubli, du désastre. Un roman poignant, dont l’auteur a fait une lecture de mémoire durant cinquante minutes, une vraie performance ! Un écrivain dont on reparlera…

Le prochain Café littéraire aura lieu le Mercredi 26 novembre à 19h.

lundi 29 septembre 2025

Café littéraire # 73

Nous étions une dizaine pour cette rentrée littéraire encore riche en échanges. 

Armelle
a souhaité prendre la parole la première pour nous parler du livre Connemara de Nicolas Mathieu dont l’adaptation cinématographique sort en ce moment. Paru en 2022, l’auteur parle toujours un peu des mêmes sujets, la désindustrialisation, l’adolescence, les différences de classes sociales. Une belle histoire d’amour, mais qui n’est pas simple… Issue d'un milieu modeste, Hélène a quitté depuis longtemps les Vosges. Aujourd'hui, elle a la quarantaine. Un burn-out brutal l’oblige a quitter Paris, revenir là où elle a grandi, entre Nancy et Epinal. Elle s'installe avec sa famille, retrouve un bon travail, la qualité de vie en somme… Un soir, sur le parking d’un restaurant franchisé, elle aperçoit un visage connu, Christophe Marchal, le bel Hockeyeur des années lycées. Christophe, ce lointain objet de désir, une liaison qu'Hélène n'avait pas anticipé... Dans leurs étreintes, ce sont deux France, deux mondes désormais étrangers qui rêvent de s’aimer. Cette idylle sera-t-elle possible ? Beaucoup de sujets sont abordés dans ce roman, Nicolas Mathieu a le don de se couler dans la tête de ses personnages, et de rendre compte de leurs mondes avec une extrême justesse.

Andrée-Claude accompagne Armelle, mais n’a pas apporté de livre. 

C’est donc Thérèse et sa liseuse qui prennent le relais, pour nous présenter Les ombres du monde, le dernier livre de Michel Bussi, sélectionné pour le Renaudot. Elle ne lisait plus cet auteur, car elle trouvait que ses livres perdaient de l’intérêt au fil du temps, mais celui-ci est vraiment différent, puisqu’il nous entraîne au Rwanda au moment du génocide. Octobre 1990, le capitaine français Jorik Arteta, en mission au Rwanda, rencontre Espérance, jeune professeure engagée dans la transition démocratique de son pays. 6 avril 1994, un éclair déchire le ciel de Kigali. Le Falcon du président rwandais explose en plein vol. Commencent alors cent jours de terreur et de sang. Les auteurs des tirs de missiles ne seront jamais identifiés. Quelqu'un, pourtant, connaît la vérité. Noël 2024. Jorik, sa fille et sa petite-fille s'envolent pour le Rwanda. Tous poursuivent leur propre quête, tourmentée par les fantômes du passé. Un livre très bien documenté, dans lequel Thérèse a appris beaucoup sur un sujet qu’elle connaissait mal. Dans le même esprit, elle a beaucoup aimé le livre d’Olivier Norek, Les guerriers de l’hiver, qui parle du conflit Finlande-Russie pendant la deuxième guerre mondiale.

Fabienne a apprécié Jules de Didier Van Cauwelaert, un livre de 2015 plus léger que ce qui vient d’être présenté. Entre une miraculée de la chirurgie et un vendeur de macarons, une histoire de renaissance mutuelle et de passion volcanique orchestrée, avec l’énergie du désespoir, par le plus roublard des chiens d’aveugle. Un livre plein de rebondissements et de mésaventures, qui fait rire même s’ils ont la poisse. C’est facile à lire et distrayant, même si ça aborde quelques graves sujets de société. Un livre qui rend heureux ! 

Parmi tous les livres que j’ai lu cette été, j’ai eu du mal à en choisir deux, mais mon choix s’est porté sur un livre de Lorelou Desjardins que j’avais repéré sur internet et que j’ai commandé. Au coin du fjord raconte les aventures d’une Française en Norvège, et la première année de sa vie là-bas, où il a fallu s’adapter au climat et à la façon de vivre des Norvégiens. Ce livre est une célébration de l'adaptabilité et de la résilience personnelle face aux défis de l'intégration dans une nouvelle culture. Pour moi qui ne connais pas les pays du nord, ça m’a donné envie de faire ma valise. Puisque nous avons commencé dans le froid, continuons avec Sukkwan Island de David Vann. Nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer cet auteur avec Aquarium, qui était déjà un livre assez dur, mais là il faut vraiment s’accrocher. Le talent de l’auteur est tel que malgré la noirceur de ce livre, je ne l’ai pas lâché. Pour résumer, une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant, jusqu’au drame… Un environnement que l’auteur connaît bien, puisqu’il est né en Alaska. Un film doit sortir en février, je ne sais pas si j'aurai le courage d'aller le voir… 

Françoise qui nous a déjà parlé de Delphine Horvilleur, écrivaine et femme rabbin française, a lu Euh… comment parler de la mort aux enfants. L'auteure parle surtout de ses expériences personnelles, mais ne donne pas de recette, chacun se débrouille comme il peut. C’est bien écrit, il y a des références, mais Vivre avec nos morts était beaucoup plus construit. Dans une boîte à livres construite par « La lueur des contes », Françoise a trouvé le Guide des égarés de Jean d’Ormesson. Elle connaissait déjà le Guide des égarés écrit par Moïse Maïmonide au XIIe siècle, et elle voulait savoir si c’était un plagiat. C’est bien écrit, ce sont des micro chapitres sur tout ce qui concerne la vie d’un Homme. C’est à la question : "Qu’est-ce que je fais là ?" que s’efforce de répondre ce manuel de poche. Françoise a choisi cinq mots pour le résumer : Notre monde - son mode d’emploi - nos questions - philosophie - bon sens. Poursuivons avec Un si grand désir de silence d’Anne Le Maître, un livre avec beaucoup de références religieuses, une véritable apologie du silence pour prendre du recul face à une société saturée de sons et d'images. L'auteure mêle références littéraires et anecdotes personnelles pour proposer des pistes de réflexion sur le mouvement du monde. Un joli livre qui invite à la méditation, à la sérénité et à l'estime de soi, même s’il y a pas mal de redondances. 

Martine a apporté un livre de Jeanne Benameur, auteur souvent évoquée ici, il s’agit de son dernier roman, Vivre tout bas. Parmi toutes ses lectures d’été, elle a lu celui-ci, offert par une amie très chère, et elle a été un peu désorientée car elle ne s’attendait pas à ça. C’est un livre « sacrément culotté », dixit Martine, car il parle de la vie de Marie, après la mort de son fils. Dans la petite ville normande de Valognes (Manche), une église abrite un haut-relief du XVe siècle qui représente une étonnante nativité : une vierge allongée est en train de lire, tandis que, juste au-dessus d’elle, l’âne et le bœuf veillent sur l’enfant Jésus. Cette Marie, captivée par sa lecture n’a pas échappé à l’œil de la romancière Jeanne Benameur, en visite dans le coin il y a quelques années. L’autrice a relu les Évangiles et a été contrariée par le peu de place accordé à Marie, elle a décidé d’y remédier. Martine n’était pas vraiment pressée de s’y plonger, et pourtant ce fut une bonne surprise. C’est très poétique, Marie n’est jamais nommée, elle désacralise l’image de cette sainte pour en faire juste une femme qui se découvre, qui découvre la liberté. Un livre merveilleux qui a énormément ému Martine. 

Christine, une fois n’est pas coutume, va nous parler d’une BD intitulée Gaza de Mazen Kerjab. Le 7 octobre 2023, le Hamas a forcé le blocus imposé à Gaza depuis 2007 par Israël et lancé une attaque sur le territoire israélien dont le bilan sera de 1 205 morts et de 251 otages. En représailles, l’armée israélienne a envahi la bande de Gaza. Les Gazaouis ont été bombardés, assiégés, déplacés, privés de nourriture, d’eau, de soins médicaux. Entre le 9 octobre 2023 et le 1er octobre 2024, Mazen Kerbaj, artiste libanais installé à Berlin, a traduit quotidiennement, en dessins saisissants, ce qu’il recevait depuis Gaza sur son téléphone et via les réseaux sociaux. Un ouvrage très dur, mais qui reflète hélas la réalité, Christine, tout comme Martine précédemment, a des sanglots dans la voix en nous parlant de ce livre. Elle poursuit avec un sujet plus léger, mais fort intéressant, Éloquence de la sardine de Bill François. Spécialiste des animaux marins, l‘auteur nous entraîne avec simplicité et humour à la rencontre des baleines musiciennes, donne la parole à la sardine et au thon rouge, nous fait entendre la voix de l’hippocampe et le chant des coquilles Saint-Jacques. À la lumière des méduses fluorescentes aux couleurs invisibles, ce livre est une plongée dans les profondeurs de la Science et de l’Histoire, où les légendes sont souvent plus crédibles que l’incroyable réalité. Mythes, anecdotes et découvertes scientifiques nagent de concert dans ce récit, immersion onirique pour s’émerveiller et respecter cet univers insoupçonné. Christine a apprécié l’écriture et appris beaucoup de choses sur les animaux marins. Passionnant !

Nous terminons avec Jeannine qui s’est lancée dans la saga « Les 7 sœurs » que nous avons déjà évoquée plusieurs fois. Elle a trouvé le premier intéressant, ça se passe au BrésiL Elle vient de commencer le deuxième, mais elle trouve que l’écriture laisse vraiment à désirer et c’est gênant… donc elle préfère nous parler de Panorama de Lilia Hassaine, un roman policier dystopique où la France fonctionne sous un système démocratique d'un tout nouveau genre. L’action se déroule en 2049-2050, dans une ville française morcelée, où une famille a disparu. Y vivent séparément les riches, les pauvres, les marginaux, les retraités, les oisifs, les exclus. Différentes catégories sociales séparées par une zone tampon où demeure Hélène, enquêtrice et narratrice de l’histoire. La romancière mêle habilement enquête policière et critique sociale, exposant les dérives d’un monde obsédé par la surveillance et l’apparente perfection, dans une France ultra-transparente où chacun vit sous verre. C’est très bien écrit, extrêmement dérangeant et ça donne à réfléchir… 

Bernadette

                                                L’Assemblée générale aura lieu

                                  le Mardi 14 octobre 2025 à 19h à la Louisiane 

                                                      suivie du Café littéraire

mercredi 16 juillet 2025

Café littéraire # 72

Petit effectif pour ce 72ème et dernier Café littéraire de la saison reporté en raison de la chaleur. 

Jeanine
récupère les petites fiches qui ont été rédigées et qui sont très appréciées à la bibliothèque. N’oubliez pas de les remplir lorsque vous avez des coups de cœur. 

Pour une fois, j’ouvre la séance avec plusieurs livres dont certains ont déjà été présentés, je ne m’y attarderai donc pas. Ainsi, j’ai lu Nymphéas noirs de Michel Bussi, présenté il y a plusieurs années par Christine, et que j’avais gardé dans un coin de ma tête, je ne suis pas très portée sur les polars, mais quand on y parle de Giverny et de Claude Monet, je suis partante. Autre coup de cœur avec Sa préférée de Sarah Jollien-Fardel qui avait également été présenté il y a quelque temps, me semble-t-il. Un premier roman bouleversant, d’une auteur suisse, sur les violences intra familiales. Je m’en suis remise avec la lecture d’un livre plus feel good, L’écriture est une île de Lorraine Fouchet, présenté la dernière fois par Armelle. J’ai beaucoup aimé ! Maintenant, un livre jamais présenté, mais très particulier, Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart. Une sorte d’essai sur le métier de rippeur et sur la société de consommation qui produit toujours plus de déchets. L’auteur est canadien, ce qui ne facilite pas la lecture, avec des mots inconnus. Il a fait des études, mais continue d’exercer à temps partiel ce métier qu’il aime tant, vidangeur au Québec. C’est très vite lu, étonnant, mais néanmoins intéressant. 

Fabienne a apporté Célestine du Bac de Tatiana de Rosnay, une histoire d’amitié entre Martin Dujeu, 18 ans, mal dans sa peau depuis la mort de sa mère, incompris de son père, et Célestine, qui vit dans la rue depuis des années et raconte sa vie dans son journal intime. Tout les oppose, mais leur rencontre va être le début d'une amitié assez spéciale, une aventure qui nous mène de la grisaille de Paris au soleil de l’Atlas sur les traces familiales, une fable pleine de sensibilité qui met du baume au cœur. Une histoire qui nous invite à nous pencher sur notre propre parcours et à rechercher l’essentiel de nos vies. Un très bon livre que Fabienne nous recommande ! Encore une lecture intéressante avec Le pacte de Jodi Picoult, Christopher et Emily deux ados de 17 ans sont retrouvés dans la voiture de Christopher. Emily est morte d’une balle dans la tête et Christopher est blessé. Qu'a-t-il bien pu se passer entre ces deux ados qui ont grandi ensemble depuis leur naissance, qui ont été élevés comme frère et sœur ? À travers l'histoire d'un drame en apparence classique se dessine une étude pleine de finesse sur deux questions éternelles : l'incommunicabilité entre parents et adolescents est-elle inéluctable ? Peut-on vraiment tuer par amour ? Une lecture pleine de suspense. 

Martine a lu également des romans qui avaient été présentés et qui la tentaient, en particulier le roman coréen que Jeanine lui a prêté. même si elle a eu du mal à entrer dedans, il lui a beaucoup plu. Elle a commencé la trilogie de Pierre Lemaître, Les années glorieuses, et elle prend beaucoup de plaisir à le lire. Parmi toutes ces lectures, elle a découvert par hasard Benoît Philippon et son livre Papi Mariole. C’est une histoire loufoque, servie par un langage truculent. On y suit un tueur à gages amnésique, échappé de son Ehpad, dans une aventure rocambolesque aux côtés de Mathilde, une jeune femme en quête de vengeance. Les personnages, finement ciselés et attachants, naviguent dans un récit où se mêlent émotion et critique sociale. La fin est surprenante ! Martine est allée à la librairie, et a acheté Mamie Luger du même auteur. Un roman plus profond qu'il n'en a l'air et qui malgré ses dialogues verts et loufoques parle d’une condition féminine beaucoup moins rose. 

Jeanine est revenue à la lecture de l’un de ses auteurs préférés, Caryl Ferrey. Le livre Okavango se passe dans le milieu des réserves africaines, où l’on se promène avec les gardes, au milieu des animaux sauvages, et ceci jusqu’à la découverte du corps d’un jeune homme, suivie d’empoisonnements de bêtes sauvages et de massacres. Le roman, très documenté, est construit comme une enquête, où l’auteur met en lumière  l’importance du trafic d’animaux sauvages, 4ème commerce illégal au monde. Ivoire, cornes, peau, dents, griffes, tout se vend sur les marchés parallèles. Un roman porté par la colère de l’auteur devant ce scandale écologique. Magnifique et bouleversant ! 

Chantal nous présente deux livres qui ont un point commun, à savoir l’Allemagne. Le premier, très dur, s’intitule La pouponnière d’Himmler, écrit par Caroline de Mulder. En août 1944, la jeune Renée arrive de sa Normandie natale dans une immense maison entourée d’un jardin magnifique, située en Bavière. Cet endroit, Heim Hochland, est une de ces maternités modèles du régime nazi, voulus par Himmler pour y faire naître des bébés de race pure. Le roman s'intéresse au programme « Lebensborn » instauré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Helga, infirmière modèle chargée de veiller sur les femmes enceintes et les nourrissons, voit défiler des pensionnaires aux destins parfois tragiques et des enfants évincés lorsqu’ils ne correspondent pas aux critères exigés : face à cette cruauté, ses certitudes quelquefois vacillent. Alors que les Alliés se rapprochent, l’organisation bien réglée des foyers Lebensborn se détraque, et l’abri devient piège. Que deviendront-ils lorsque les soldats américains arriveront jusqu’à eux ? Et quel choix leur restera-t-il ? Un roman à lire pour ne pas oublier ! Le second de Bernard Schlink, La petite-fille, raconte les trajectoires de vies des personnages au sein des deux Allemagnes avant leur réunification en 1990, la vie intellectuelle et libérale à l'Ouest, et la vie sous emprise collectiviste et nationaliste à l'Est. Kaspar a aimé Birgit toute sa vie, malgré ses fuites, malgré l’alcool. Lorsqu’elle meurt accidentellement, il découvre qu’elle a écrit son histoire, sa rencontre avec lui, sa fuite de la RDA et surtout, surtout qu’elle a abandonné sa fille pour le suivre. Le vieux libraire part à sa recherche dans l’ex-Allemagne de l’est et cet intellectuel, féru de culture, de musique et de littérature, la retrouve dans une communauté néo-nazie. C'est surtout à Sigrun sa « petite-fille » de cœur que Kaspar va s'intéresser. Une intrigue romanesque captivante liée à une réflexion historique profonde. 

C’est avec plaisir que nous avons retrouvé Denis F., qui fut un temps notre président, mais que peu ici ont connu, car nous ne l’avions pas revu depuis des années. C’est un adepte de poésie, et il nous a apporté deux ouvrages. Chiaroscuro de Deborah Heissler, est un recueil nimbé d’onirisme et d’inconscient. La voix douce de Deborah Heissler nous y parle en deux mouvements : Camera et Oscura. La technique du chiaroscuro appelle une attention accrue pour le détail, à la fois chez le poète et le lecteur. On est donc sensible à la gradation et aux transformations toutes en nuances qui s’opèrent d’un poème à l’autre. Le livre est illustré par de jolies gravures d’André Jolivet. Denis nous en lit quelques extraits, avant de nous présenter un autre recueil, Femmes poètes du monde arabe, une anthologie de Maram al-Masri, qui rend bien sûr hommage, dans sa préface, aux femmes qui ont joué un rôle précurseur, comme l'Irakienne Nazik al-Malaïka ou la Palestinienne Fadwa Touqan aujourd'hui disparues. Mais son objectif est de faire découvrir ici les nouvelles voix de la poésie des femme, on sera parfois étonné par le respect de la tradition poétique arabe et parfois par la modernité des textes, mais ce qui unit ces femmes, c’est leur liberté d’expression, une liberté gagnée dans un monde difficile. Merci pour cette présentation, car finalement on parle rarement de poésie. 

C’est au tour de Françoise qui a lu le dernier livre de Céline Durupthy, une ancienne adhérente de notre association. C’est son cinquième roman, et celui-ci aborde le thème de la famille. Dans Déracinés, ça commence par un meurtre, et l’on découvre un à un les membres de cette famille quand le grand oncle est retrouvé noyé. On suit la nièce qui est gendarme et qui doit annoncer la nouvelle et puis l’inspecteur venu d’ailleurs chargé de l’enquête. C’est une belle balade en Savoie pleine de suspense, de rebondissements même, une plongée dans ses racines, mais pas un roman policier. Et le dénouement est totalement inattendu ! Un roman bien construit qui a plu à Françoise. Sinon, elle a commencé un autre livre du poète et romancier martiniquais Edouard Glissant qu’elle n’avait jamais lu. Au bout d'une  quinzaine de pages, elle a encore du mal à entrer dans l'histoire, une écriture poétique qu’elle ne comprend pas... 

Nous terminons avec Edith, qui n’apprécie pas Guillaume Gallienne, et qui pourtant a lu Le buveur de brume, un livre écrit dans le cadre de « Ma nuit au musée » . Il a choisi d’aller au Musée National de Tbilissi, là où se trouve le portrait de son arrière-grand-mère, une princesse du nom de Mélita Cholokachvili. Il l’a très peu connue, mais en a beaucoup entendu parler. C’est à la fois un résumé de l’histoire de la Géorgie, un hommage à sa famille et surtout une ode à la création, de la littérature à la peinture, en particulier les peintres ambulants russes. Guillaume Gallienne se livre avec beaucoup de confiance, communiquant par exemple, sur ses rêveries d’enfant pour se bâtir un monde plus doux ainsi que sur son métier, si salvateur pour lui. Cet écrit est une confession intime qu’il transmet avec simplicité à l’adresse de son fils, Tado. C’est plutôt pas mal, mais Edith s’est un peu perdue dans l’histoire de cette famille aux noms compliqués. Elle est contente de l’avoir lu, en faisant abstraction de l’auteur. Passons à Philippe Claudel, et son dernier roman Wanted, qu’elle a lu en deux soirées. Il imagine qu’Elon Musk, le géant de la tech, offre 1 milliard de dollars à qui assassinera Vladimir Poutine. En mettant en scène des Musk, Poutine et Trump plus vrais que nature, Philippe Claudel signe une fable politique ubuesque, angoissante et drolatique qui met à nu les hommes les plus puissants du monde, avec leur langage grossier. On a surtout le plaisir de rire des absurdités de ces personnages qui veulent nous gouverner. Ça se lit presque trop vite, c’est dommage ! 

Bonnes vacances à tous 

Bernadette 

Nous vous donnons rendez-vous le Mardi 16 septembre à 19h à la Louisiane

vendredi 9 mai 2025

Café littéraire # 71

Encore une petite douzaine de lectrices et un lecteur pour ce 71ème Café littéraire.  Avant de commencer, Jeanine tient à nous dire qu’elle est passée à la bibliothèque, où des livres ont été achetés suite à la remise de nos petites fiches « coup de cœur ». A peine le temps de les préparer qu’ils étaient empruntés par des lecteurs curieux, notre travail est donc loin d’être inutile. 

Armelle
, qui n’a pas beaucoup lu ces derniers temps, a néanmoins apporté un livre qu’elle n’a pas encore fini, mais qui lui plaît beaucoup. L’écriture est une île de Lorraine Fouchet, ancienne médecin urgentiste, autrice de nombreux romans, qui met en scène un atelier d’écriture. Alix est romancière, pour son métier, elle a renoncé au reste. Un jour, elle accepte de partager sa passion lors d’un atelier d’écriture sur l’île de Groix. Elle découvre six participants réunis autour des mots qui les bouleversent, les habitent, les hantent ou les émeuvent. Six participants de 20 à 86 ans qui vont vivre une aventure pleine de surprises et apprendre qu’écrire, c’est aussi écouter. Armelle a pensé à nos propres ateliers d’écriture animés par Françoise, chacun se dévoile et c’est à la fois drôle, émouvant, porté par une écriture agréable et facile à lire. Un roman qui fait du bien… 

Andrée-Claude, qui habite Baume-les-Dames, est venue avec Armelle pour la première fois. Elle n’a pas apporté de livre, mais a pris quelques notes. Elle souhaite nous parler d’une BD, ou plutôt d’un roman graphique, d’Art Spiegelman intitulé Maus. Ce récit autobiographique alterne deux époques : les années 1980, les années pendant lesquelles il écrit son livre et les années 1930-1940 avec les témoignages  bouleversants du passé de sa famille et la vie personnelle de Vladek, son père. Ayant une grande difficulté à communiquer avec lui, Art Spiegelman entreprend l’écriture de sa vie. Vladek, juif polonais, déporté à Auschwitz en 1944 avec sa femme, après une vie périlleuse de 1940 à 1944 va de cachette en cachette pendant l’occupation allemande de la Pologne. Art questionne donc son père sur les conditions de vie de l’avant-guerre, du ghetto et du camp de concentration. L’originalité du livre est d’avoir représenté les déportés sous forme de souris et les nazis sous forme de chat. André-Claude, qui s’intéresse beaucoup à cette période de l’histoire, et qui a beaucoup lu sur le sujet, a encore appris de ce livre. 

Christine a lu un conte moderne, L’enfant qui sauva la terre de Didier van Cauwelaert. L’année de ses douze ans, Thomas se prépare à mourir d’une maladie orpheline, lorsqu’une clown d’hôpital lui propose un marché : rejoindre un groupe d’enfants incurables qui soignent la Terre à distance. « Plus tu te battras pour préserver la vie de la planète, plus tu rendras ta guérison nécessaire ». Mythomane, créature surnaturelle ou simple bénévole prête à tous les stratagèmes, qui est cette inconnue décidée à transformer un petit condamné en sauveur ? Réussira-t-elle le pari fou de donner à un gamin perdu une raison de survivre ? C’est étonnant, distrayant et agréable, Christine n’en dira pas plus. Elle préfère nous parler d’une romancière locale, Bérénice Vessot, auteure indépendante et coach littéraire. Son troisième roman, Tu n’es pas seule, nous parle d’une brillante étudiante en médecine, qui fréquente un petit voyou trafiquant de drogue, et elle doit, elle aussi, jongler avec l'illégalité pour vivre un minimum, sauf que tout ne se passe pas comme prévu. On comprend peu à peu son histoire et une vie qu’elle n’a pas choisi. Va-t-elle s'en sortir et enfin vivre loin de l'illégalité ? Il faut vraiment attendre la fin pour rassembler toutes les pièces du puzzle. Une bonne surprise avec ce roman qui tient en haleine ! 

Dans un premier temps, Isabelle nous présente Le silence de mon père de Doan Bui, une histoire vraie racontée par cette journaliste française d’origine vietnamienne, qui a reçu le prix Albert Londres en 2013. C'est l'histoire d'un père enfermé dans le silence suite à un AVC et de sa fille qui part à la recherche de l'homme qu'il fut. C'est une enquête intime menée comme un polar, un voyage dans les secrets de famille, les exils et la mémoire, de la banlieue du Mans aux ruelles de Hanoï. On est vraiment plongés dans la culture du Vietnam et c’est très prenant. Un récit, un roman-quête en forme de puzzle, drôle et nostalgique à la fois. Autre découverte d’Isabelle, Les conditions idéales de Moktar Amoudi, un premier roman qui a obtenu le Goncourt des détenus. Skander n'a pas eu la vie facile. Élevé dans un contexte précaire, sans père et avec une mère souvent absente, il a été confié à Khadija par l'ASE en région parisienne. Malgré ces obstacles, il est résolu à transformer son avenir, refusant de se laisser enfermer dans des clichés. À travers Skander, Mokhtar Amoudi plonge le lecteur au cœur des banlieues françaises, mettant en exergue les combats quotidiens de ces jeunes face au déterminisme social. Un roman d'apprentissage au charme irrésistible… 

Jeanine s’est plongée avec bonheur dans le dernier livre de Jacky Schwartzmann, intitulé Bastion. Fan de l’auteur, elle n’a pas été déçue, c’est truculent, un scénario d’enfer, dont elle ne devine jamais le dénouement. C’est très fin, avec des rebondissements, l'histoire de Jean-Marc Balsan, un ancien socialiste retraité, dont l'ami d'enfance, Bernard, se rapproche d'un groupuscule d'extrême droite violent nommé le Bastion. Inquiet de l'influence de ce groupe sur Bernard, la nouvelle compagne de celui-ci demande à Jean-Marc d'infiltrer le Bastion afin de le protéger. À travers le regard de cet anti-héros, le roman explore le milieu de l'ultradroite lyonnaise, de ses militants de base à ses figures intellectuelles, en passant par un policier chargé de leur surveillance. L’auteur ne juge pas, ne condamne pas, il explique, c’est irrévérencieux, mais pas moralisateur, très intéressant. Autre lecture, La petite bonne de Bérénice Pichat, écrit d’une façon surprenante, en effet dès les premières lignes, la construction aussi audacieuse que réussie, invite le lecteur à passer d'un personnage à l'autre en alternant les styles d'écriture. L'histoire suit une jeune domestique sans nom, au service de Blaise et Alexandrine Daniel. Blaise, pianiste brisé par la Première Guerre mondiale, est revenu mutilé, tant physiquement que moralement. Alexandrine, sa femme, s'est effacée pour devenir son infirmière dévouée, mettant sa propre vie entre parenthèses. Jeanine a trouvé ce livre magnifique, elle a été transportée, elle nous donne vraiment envie de le lire. 

Rosemay nous annonce du plus light avec Angélique de Guillaume Musso. Paris, Noël 2021, après un accident cardiaque, Mathias Taillefer se réveille dans une chambre d’hôpital. Une jeune fille inconnue se tient à son chevet. C’est Louise Collange, une étudiante venue jouer bénévolement du violoncelle aux patients. Lorsqu’elle apprend que Mathias est flic, elle lui demande de reprendre une affaire un peu particulière. D’abord réticent, Mathias accepte finalement de l’aider, les plongeant ainsi, tous les deux, dans un engrenage mortel. Ainsi commence une enquête hors du commun, dont le secret tient à la vie qu’on aurait voulu mener, l’amour qu’on aurait pu connaître, et la place qu’on espère encore trouver… Rosemay ne s’étendra pas plus sur ce livre, qui est un peu brouillon, elle est allée jusqu’au bout, mais est restée sur sa faim. Elle vient de commencer La symphonie des monstres de Marc Lévy, qui semble dans ses deux derniers livres, aborder des sujets plus sérieux. Il nous plonge dans la guerre que mène la Russie à l’Ukraine, en s’arrêtant plus particulièrement sur le cas des milliers d’enfants ukrainiens enlevés par les troupes russes et déportés en Russie. Un thriller qui nous immerge dans une actualité glaçante. 

Après avoir regardé la série Sambre, Catherine a souhaité lire le livre éponyme d’Alice Géraud. Durant trente ans, dans le nord de la France, des dizaines et des dizaines de femmes sont agressées sexuellement ou violées au petit matin de long de la Sambre. Elles portent plainte. Mais elles ne sont pas toujours crues. Et pendant longtemps, personne ne fait le lien entre ces viols. En février 2018, "le violeur de la Sambre" est arrêté. C’est un monsieur tout le monde, père de famille et ouvrier apprécié de tous. Comment a-t-il pu commettre autant de crimes, aussi longtemps, sur un si petit territoire, sans jamais être inquiété ?  C’est par cette question que la journaliste Alice Géraud débute son enquête. Bien au-delà du fait divers, Sambre raconte la manière dont nos institutions et notre société ont traité les victimes de viols depuis les années 80 jusqu’à l’ère #MeToo. Ce livre change définitivement le regard. D’ailleurs Catherine nous conseille de regarder la série Flashback, qui est dans la même veine. Elle en profite pour nous signaler la venue de l’écrivain François Hegwein à la Médiathèque de Blamont le mercredi 4 juin, pour ceux qui sont intéressés. 

Après une petite pause café, Martine reprend avec Les morsures du silence de Johana Gustawsson, un roman noir écrit par une Française installée en Suède. Dès le début Martine s’est demandé si elle irait au bout, car ça débute par le suicide d’une enseignante devant sa classe, très dur ! Le cadavre d'un adolescent est retrouvé sur l'île de Lidingö, en face de Stockholm, vêtu d'un costume traditionnel de la Sainte-Lucie. Vingt-trois ans auparavant, une jeune fille avait été découverte assassinée au même endroit, dans le même accoutrement. Le petit ami de la victime avait alors été condamné. Le commissaire Aleksander Storm mène l'enquête. Finalement Martine s’est laissé embarquer dans ce roman dépaysant et très prenant. Bien qu’elle lise peu de BD, elle ne parvient pas à profiter à la fois du texte et des images, elle poursuit néanmoins avec une BD de JeanLouis Tripp, Le petit frère. Un soir d'août 1976. JeanLouis a 18 ans. C'est le temps des vacances en famille, des grandes chaleurs et de l'insouciance... Mais un événement brutal va tout interrompre : Gilles, le frère de JeanLouis, est fauché par une voiture. Transporté à l'hôpital, le garçon succombe à ses blessures quelques heures plus tard. Pour JeanLouis, hanté par la culpabilité, un difficile parcours de deuil commence... 45 ans plus tard, l'auteur choisit de revenir sur cet épisode et de retraverser chaque moment du drame. Avec franchise et sensibilité, il sonde sa mémoire et celle de ses proches pour raconter les suites immédiates et plus lointaines de l'accident, luttant pour dessiner la perte tragique d'un petit frère de 11 ans qui continue d'exister dans l'histoire familiale... Un roman graphique et autobiographique extrêmement poignant ! 

A mon tour de présenter le dernier livre de Philippe Besson, Vous parler de mon fils, un livre aussi fort que le précédent sur le féminicide. L’auteur se saisit de sujets de société pour les traiter de façon très humaine. Anéanti par le suicide de son fils, Vincent remonte le temps et raconte. Il raconte les brimades et injures incessantes, la lâcheté de ceux qui ont laissé faire. Dans ce puissant réquisitoire contre la violence ordinaire, la bêtise et l’intolérance, Philippe Besson analyse les mécanismes insidieux du harcèlement, tout en interrogeant les failles de l’institution scolaire et l’impuissance des adultes face à l’un des pires fléaux de notre époque. Un roman court mais bouleversant, l'auteur a su mettre l’accent là au ça fait mal, lui qui a vécu le harcèlement dans son enfance est particulièrement sensible à ce problème. Pour me remettre de cette lecture difficile, j’ai enchaîné avec Villa Gloria de Serena Giuliano. Ce livre se passe dans les Pouilles, une région d’Italie que j’ai visité et que j’avais envie de retrouver. A Villa Gloria, une maison d’hôtes pas comme les autres, Iris et sa mère, qui a donné son nom à sa maison, veillent à ce que chaque client se sente comme chez lui. En cette semaine d'avril, les nouveaux venus promettent un cru d'exception. Gregorio est le roi des râleurs. Rien ne trouve grâce à ses yeux. Valentina et sa filleule, Bianca, ont l'air un peu cabossées - surtout la petite, légèrement obsessionnelle. Doria et Edoardo forment un couple très discret. A se demander ce qu'ils ont à cacher... Quant à Carla, allez savoir pourquoi, elle a fait vœu de silence. Mais Gloria, qui aime gentiment se mêler des affaires de ses hôtes, saura percer les mystères de chacun. Ils sont de passage, ne se connaissent pas, mais ont décidé par hasard de poser leurs valises une semaine dans le même lieu. A lire pour un bon moment de détente. 

Edith a apporté Trésor caché de Pascal Quignard, dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps. Elle l’avait apprécié à La grande librairie, mais elle trouve son écriture très bizarre. C’est très poétique, très sensible, mais il est capable dans une même phrase de changer de temps, de lieu, ou de narrateur, et c’est déstabilisant. Pour suivre, il faut parfois revenir en arrière. L’histoire est curieuse également, Une femme perd son chat. En l'enterrant dans son jardin, elle met au jour un trésor. Elle voyage. Elle rencontre un homme en Italie. En l'espace d'un an, sa vie est entièrement transformée. Finalement une belle lecture pour Edith. 

Cédric a un livre et demi à nous présenter, explications… Le premier, il l’avait acheté pour un jeune en famille d’accueil dont il s’occupe, mais ce dernier ne l’a pas emporté, donc pas lu. Fils de tueurs de Rachel Corenblit, un thriller psychologique haletant, peut-être compliqué pour un jeune lecteur débutant, c’est l’avis de l’assistance. Clément, 17 ans, est le fils d'Étienne Duval, un serial killer. Après dix ans sans contact, il accepte de rencontrer sa mère incarcérée, espérant découvrir la vérité sur son passé. En échange, elle lui révélera où sont cachés les corps des victimes de son père, mais Clément ne sait pas qui est vraiment sa mère : une victime de Duval, comme lui, ou une manipulatrice ? C’est très bien fait, l’auteur aborde des thèmes profonds tels que la violence, la manipulation et la recherche de vérité. Cédric poursuit avec un livre qu’il n’a pas pu terminer, Camille s’en va de Thomas Flahaut, l’histoire de militants défaits par la répression policière et le changement climatique, à qui il ne reste que l’amitié pour continuer d’espérer. Cédric s’est arrêté lors de l’évocation du Bataclan, il y a trop de métaphores dans ce roman, il n’a pas accroché. C’est rare qu’il ne termine pas une livre, mais... 

Bernadette 

Le prochain Café littéraire et dernier de la saison 

se déroulera le Mardi 1er juillet à 19h à la Louisiane.