J’avais oublié de mettre en route l’enregistreur, je vais essayer de retranscrire de mémoire ce que Gilles nous a dit à propos des deux livres qu’il nous a présentés. Tout d’abord un livre d’Aline Kiner, La nuit des béguines, un livre historique qui prouve que les femmes, même au Moyen Age se battaient déjà pour leurs droits. L’auteur nous entraîne dans le Paris de 1310. Le grand béguinage royal, dans le quartier du Marais, abrite des femmes qui refusent de se marier et ne souhaitent pas devenir religieuses. Leur liberté inédite en fait un lieu unique, qui dérange l'Église. Sur un terrain offert par Saint-Louis et situé dans Paris, elles sont près de quatre cents femmes à vivre, étudier ou travailler selon leurs capacités. A travers l’intrigue qui se noue autour de la jeune Maheut, on découvre un pan de la vie féminine du 14e siècle, lorsque des femmes au statut protégé pouvaient s’organiser ensemble comme elles l’entendaient. Un épisode d’une histoire assez méconnue à lire absolument. Puis il évoque Gilles Legardinier, un auteur plutôt léger, mais qui avec Nous étions les hommes, écrit un livre beaucoup plus sérieux. Dans un grand hôpital d'Édimbourg, le docteur Scott Kinross et la généticienne Jenni Cooper travaillent sur la maladie d'Alzheimer. Alors que le mal progresse à un rythme inquiétant, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes, leurs conclusions sont effrayantes : si ce fléau l'emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra.
Dans un monde où les intérêts financiers règnent en despotes, c'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Face au plus grand danger que notre espèce ait connu, l'ultime course contre la montre a commencé... Une fiction bien sûr, mais qui donne quand-même à réfléchir…
Danièle a apporté L’objet d’amour un livre d’Edna O’Brien, apporté par le Père Noël. Les trente et un textes, sélectionnés parmi la centaine publiée pendant plus de soixante ans d’écriture, sont magistraux . L’auteur irlandaise, récompensée par le Prix Fémina spécial en 2019 pour l’ensemble de son œuvre, s’intéresse particulièrement à la condition des femmes dans son pays pendant des décennies. C’est écrit très petit et il y a beaucoup de pages, donc Danièle a besoin de temps après chaque nouvelle pour intégrer tout ça. C’est difficile de raconter ce livre, puisque ce sont des personnages et des histoires différentes à chaque fois. Ses fines évocations de filles de la campagne au sens aigu de l'observation, de jeunes femmes solitaires et ardentes, jamais dupes des désillusions à venir, ou de femmes amoureuses donnant le change dans un monde qui n'est pas le leur, sa sincérité désarmante, son humour, de même que son regard affûté sur la comédie sociale et la cruauté des enjeux de pouvoir, le tout servi par une belle écriture, ont beaucoup plu à Danièle.
Devinez ce que Fabienne a lu, un polar bien sûr. Elle s’est plongée dans un livre de Patrick Bauwen, La nuit de l’ogre, qu’elle a terminé en deux nuits. Une sorte de prolongement du précédent roman, Le jour du chien, où l’on retrouve des personnages communs, comme le docteur Chris Kovak, et un rapport indirect. Ce dernier prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu rouge en abandonnant son sac. Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal. Dans le même temps, son ancienne compagne, le lieutenant Audrey Valenti enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s'éviter mais leurs chemins vont se croiser. Une histoire glaçante, mais pas sanglante, qui vous tient en haleine jusqu’à la fin.
Rosemay nous revient avec deux romans, dont La sage-femme de Berlin d’Anna Stuart, faisant suite à La sage-femme d’Auschwitz. Dans ce dernier elle racontait l’histoire bouleversante d’Ana, chargée de donner naissance aux enfants des autres prisonnières, ces enfants étant ensuite confiés à des familles allemandes. La sage-femme, avec l'aide de son amie Ester, eut l'idée de tatouer secrètement les bébés avec les numéros de leurs mères déportées, espérant ainsi qu'ils se retrouvent un jour. La sage-femme de Berlin est un peu la suite, puisqu’à la libération du camp, Ester fait partie des rares rescapés. Dès lors, elle n’aura de cesse de retrouver sa fille Pipa. Mais au lendemain de la guerre, l’Europe est en proie au chaos, et l’histoire n’a pas fini de bouleverser les destinées. Plus le temps passe, plus les chances d’Ester de récupérer Pippa s’amenuisent… Parviendront-elles un jour à être réunies ? Quand on sait que c’est inspiré d’une histoire vraie, on ne peut qu’être ému par ce récit, et on y apprend beaucoup de choses sur le plan historique. Rosemay nous le conseille avec enthousiasme. Encore un thriller haletant avec La psy de Freida McFadden, déjà évoquée ici avec La femme de ménage. L’histoire suit Tricia et Ethan, un jeune couple qui recherche la maison de leurs rêves. Une gigantesque tempête de neige se profile à l’horizon, le couple part visiter la maison d’une célèbre psychiatre disparue depuis des années, nichée en pleine campagne et ils vont, bien évidemment, être bloqués dans cette demeure durant un week-end entier. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant… Un livre plein de rebondissements dont le dénouement est inattendu.
Isabelle, qui a beaucoup entendu parler de Cécile Coulon, a choisi de lire Une bête au paradis, qui retrace la vie d’Emilienne, la doyenne du Paradis, la ferme familiale, mais aussi et surtout celle de ses petits enfants, Blanche et Gabriel qu’elle élève suite au décès de leurs parents. Bientôt arrive l’adolescence et les premières amours, les premières déceptions aussi, qui déchirent et font voler en éclats le monde connu pour libérer le meilleur comme le pire. Le roman fiévreux d'une lignée de femmes possédées par ce qu'elles ont de plus précieux : leur terre. Un huis clos puissant et hypnotique, porté par une magnifique écriture. C’est calme, mais très intense, Isabelle a eu un coup de cœur pour ce roman. Elle avait déjà lu, du même auteur, Le cœur du pélican, l'histoire d'un jeune champion de course à pied foudroyé en pleine gloire, qui tente de renouer avec la légende vingt ans plus tard.
Laissons la parole à Chantal pour un livre de Guillaume Poix, intitulé Perpétuité. Le roman nous plonge au cœur d’une maison d’arrêt du Sud de la France, non pas du côté des détenus, mais de leurs surveillants. Unité de lieu et de temps, puisque ça se déroule sur une nuit. Pierre, Houda, Laurent, Maëva et leurs collègues avancent dans une routine fragile, où chaque geste peut basculer en incident. Le texte plonge le lecteur dans un huis clos où le drame semble toujours proche. Le roman met en lumière le quotidien d’un métier méconnu, voire méprisé, on sent que l’auteur s’est immergé dans ce milieu pour restituer toute la complexité et la violence des établissements pénitentiaires à travers ses personnages. Par contre, Haute-Folie d’Antoine Wauters a laissé Chantal perplexe. Le roman raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Elle a été emballée au début, et beaucoup moins par la suite. Ça se lit assez vite, car ce sont de tout petits paragraphes, on ne sait pas où ça se passe, ni à quelle époque. Une guerre arrive, mais on n’en sait pas plus. Chantal a lu la fin rapidement pour en finir avec ce livre. Elle aimerait avoir un autre avis, c’est donc Cédric qui va s’y coller… Et pourtant ce livre a été encensé par la critique. A suivre !
Francine souhaite nous parler de Sylvain Tesson et de son livre La panthère des neiges. C’est le dernier film de Vincent Munnier « Le chant des forêts » qui l’a amenée à regarder le film et enfin à lire le livre. Parti à l'affût des dernières panthères des neiges sur les hauts plateaux du Tibet avec le photographe animalier Vincent Munier, l'auteur relate dans son récit de voyage l'approche et les rares apparitions de l'animal en y mêlant ses réflexions sur l'état du monde et son expérience intime de la perte de deux personnes proches que la panthère lui évoque. C’est un peu une quête initiatique avec des descriptions très poétiques. Elle nous en lit de petits passages. Francine tient à nous montrer le livre de photos de Mathieu Ricard. Lumière est le point culminant de soixante années de photographie avec près de 90 photos inédites de Matthieu Ricard qui, pour la première fois, révèlent l’envergure de son travail. Une invitation à partager l'émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours. Ces photos sont accompagnées de très beaux textes. De plus tous les bénéfices sont reversés à ses œuvres humanitaires.
Cédric nous a apporté un livre de Bertrand Blier, qu’il a trouvé dans une boîte à livres en Alsace, alors qu’il était sur un tournage et qu’il avait un peu de temps libre. Existe en blanc, un livre déconcertant, paru en 1998, sur la folie meurtrière d'un homme, plus exactement d'un fétichiste absolu des soutiens-gorge. Un père autoritaire et idiot, une mère à la présence fantomatique, et un jour... révélation : il a 10 ans et il tombe béat devant une vitrine de lingerie fine. Mais seul le soutien-gorge l’intéresse, pas les femmes qu’il tuera sans vergogne. Cédric a trouvé ce livre intéressant, même s’il y a beaucoup de scènes crues, c’est plutôt glauque, mais c’est du Blier…
Martine a découvert Ramsès Kefi et son livre Quatre jours sans ma mère, dont on a beaucoup entendu parler. Elle suppose que c’est en partie autobiographique, en effet l'histoire suit Salmane, jeune homme tiraillé entre son master d'histoire ancienne et son travail dans un fast-food, dont la mère disparaît soudainement. Une fugue qui va bouleverser la famille, le père Hédi et ce fils unique qui vit encore chez ses parents. Salmane va partir à la recherche de sa mère, car il sent qu’il y a beaucoup de non-dits dans cette famille. Son enquête commence, avec de maigres indices, mais va lui permettre de s’émanciper. Ce récit est à la fois une enquête et une déclaration d'amour aux quartiers et à leurs habitants. Ça se lit très facilement, car c’est écrit dans un style assez parlé. Martine a passé un bon moment avec ce livre.
Edith a retrouvé dans sa bibliothèque un livre de Boualem Sansal dont on a beaucoup entendu parler lors de son incarcération en Algérie. Elle l’avait lu il y a une vingtaine d’années, elle n’en avait aucun souvenir, donc elle s’y est replongée. L’enfant fou de l’arbre creux lui a rappelé l’écriture de Kamel Daoud, mais c’est laborieux, deux fois plus compliqué à comprendre. Comme Kamel Daoud, ils sont tous deux nés en Algérie, et ils ont un code qu’Edith ne connaît pas, ce qui rend la compréhension difficile. En résumé, dans le sinistre bagne de Lambèse, en Algérie, de nos jours, deux détenus condamnés à mort dialoguent : un Français, Pierre Chaumet, et un Algérien, Farid. Pendant ce temps, un étrange enfant, enchaîné à un arbre creux dans la cour de la prison, semble rythmer le récit. L'histoire suivie sera principalement celle de Pierre, fils adoptif de pied noir dont la quête de vraie mère sera celle de ses racines. C’est très intéressant, même si ce n’est pas facile à lire, et Edith a envie de poursuivre avec d'autres livres de l'auteur. Après tous ces efforts, elle a préféré un thriller Sans soleil (tome 2) de Jean-Christophe Grangé, dans lequel on retrouve les trois personnages principaux. Ce deuxième volet démarre en 1986, soit quelques années après la fin de l’enquête qui s’est pour ainsi dire terminée sur une plage nudiste, au Cap d’Agde. On quitte Paris et la France pour partir au Maroc, puis en Algérie… Le tueur à la machette n’était pas celui que l’on pensait, et un homme continue d’assassiner sauvagement des malades du SIDA, mais cette fois sur le continent africain. Edith ne comprenait pas qu’il écrive des choses aussi horribles, mais apparemment il a eu un père diabolique, ce qui explique la dureté de ses romans. D’ailleurs elle envisage de lire son dernier, Je suis né du diable.
A mon tour de parler du livre très médiatisé de Nathacha Appanah, la nuit au cœur, qui a obtenu le Prix Fémina 2025, le Prix Goncourt des Lycéens et Le Prix Renaudot des Lycéens 2025. Quand Nathacha apprend, en 2021, la mort de Chahinez, brûlée vive par son mari en pleine rue près de Bordeaux, elle doit affronter le souvenir de sa propre expérience de la violence, ainsi que celui de sa cousine Emma, tuée par son mari à l'île Maurice en 2000. Un témoignage minutieux et troublant sur la progression insidieuse de l'emprise, sur l'onde de choc du féminicide et sur la force des femmes. Un livre magistral ! Le second livre, je l’ai également acheté à Besançon, puisque l’auteur, Rachid Benzine, était présent au Festival des « Livres dans la boucle ». Il est franco-marocain, mais son roman L’homme qui lisait des livres se passe à Gaza. Julien, un jeune photographe français couvre, en Palestine, les bombardements dans la bande de Gaza. Un matin, dans une ruelle, il croise un vieil homme assis devant la porte de sa boutique pleine de livres. Alors qu’il veut le photographier, le libraire l’interpelle et lui demande d’écouter son histoire, celle de sa vie mais aussi celle de tout un pays. Un roman très bien écrit, court mais bouleversant, une ode à la littérature et à la paix.
Bernadette
Le prochain Café littéraire se déroulera le Mardi 17 mars.

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