jeudi 3 juin 2021

Bernadette, quelques coups de coeur

A mon tour de vous présenter quelques coups de cœur de ces derniers mois. 

Quitter Madrid de Sarah Manigne, une jeune auteure que j’ai découverte en septembre à Besançon et qui écrit autour de la peinture. Ce roman raconte l’histoire d’Alice, restauratrice spécialisée dans les peintures de Zurbaran, qui s'est établie le temps d'une mission à Madrid. Elle vit une idylle avec un jeune chef cuistot colombien, hantée par ses actes passés, la rigueur de son métier et sa peur de tout attachement. Les attentats du 11 mars la fauche et la fige. Un livre essentiellement axé sur la résilience. Comme j’avais beaucoup aimé ce livre je lui acheté son premier qui s’intitule L’atelier, lui aussi tourné vers la peinture.

La possibilité du jour d’Emilie Houssa, un livre que l’on m’a offert et qui m’a enchantée. A la Libération, Aurore, jeune Niçoise, abandonne sa terre natale et sa famille pour rejoindre Martin, un GI rencontré en France. Mais à son arrivée, elle découvre que son fiancé ne l'a pas attendue. Abandonnée, sans repères, elle décide de rester vivre aux Etats-Unis. De Cleveland à New York en passant par Montréal, elle construit sa nouvelle vie et participe à l'émancipation féminine. Une belle écriture, une écrivaine à découvrir à travers un roman émouvant. 

Les impatientes de Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens. Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman  brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes. 

mardi 1 juin 2021

Christine : petits conseils de lecture



L'homme pressé de Paul Morand 
Pierre est un homme qui ne peut profiter de rien, il sabote tout par sa précipitation constante, son incapacité à aller au bout de quoi que ce soit et son désir permanent de finir avant d'avoir commencer. Il va tout gâcher, amitié, amour par son empressement maladif

Ravage de René Barjavel 
Ce roman qui nous décrit un décor futuriste dans un avenir rempli d'innovations encore inconnues de nos jours est en fait un prétexte pour reparler des comportements humains. Dans un scénario catastrophe on suit le périple de quelques personnes qui cherche à fuir un désastre qui leur enlève toute chance de survie. Au fil de leur progression qui doit les emmener au sud, ils devront se battre pour se défendre, s'allier pour être plus forts, s'accommoder des pertes et des blessés. Ce livre qui se veut un livre de science fiction est en fait un prétexte pour nous montrer à nouveau les travers et les excès des êtres humains lorsqu'ils sont plongés dans le chaos et qu'ils doivent sauver leur vie. 

Le coût de la vie de Deborah Levy 
Cinquantenaire, divorcée, mère de deux filles, elle nous conte une histoire de vie banale, un destin courant de femme submergée par la brutalité ordinaire réservée aux femmes dans nos sociétés modernes. 

Merci Christine, n'hésitez pas à faire comme elle pour nourrir un peu ce blog...

dimanche 9 mai 2021

Compte-rendu du café littéraire #46

C’est masqués, mais très contents de se revoir après six mois d’interruption, qu’une douzaine de lecteurs se sont retrouvés autour d’un verre pour ce 46ème café littéraire. Certains ont beaucoup lu pendant le confinement, d’autres ont avoué ne pas avoir pu, le stress étant trop présent. 

Nous sommes heureux de retrouver Jean-Daniel qui a lu des livres qui font du bien, comme ceux de Gilles Legardinier, mais ce soir il préfère nous présenter deux livres très différents. Tout d’abord Les aventuriers du Cilento de Michel Quint, un livre qui l’a énormément marqué. Michel Quint nous plonge dans une Italie du Sud solaire et misérable, où le héros est à la recherche de ses racines, pour un fascinant roman sur ceux qui résistent à la tentation totalitaire, avec courage et passion. Un livre très très fort qu’il n’est pas près d’oublier. Deuxième coup de cœur de Jean-Daniel, Annette, une épopée d’Anne Weber, le récit d’une vie exceptionnelle, celle d’Anne Beaumanoir, presque centenaire, vivant dans la Drôme, engagée dans la résistance, engagée dans le soutien au peuple algérien, engagée toujours, puisqu’aujourd’hui elle est l’une des initiatrices du Conseil National de la Nouvelle Résistance qui vient de se créer.

Cédric a lu Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, un auteur lorrain. L’histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent, et les enfants grandissent. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes. Laurent Petitmangin a obtenu le Prix Stanislas 2020 pour ce premier roman sensible et puissant sur l'amour filial, l'engagement politique qui peut conduire au pire. Ça se lit vite, mais Cédric n’est pas sûr qu’on en retienne quelque chose. Il a plus été intéressé par la partie familiale que par la partie politique. 

Christine nous présente tout d’abord L’énigme Alexandrie de Steve Berry. Elle n’a pas trop l’habitude de lire des romans policiers, mais elle a choisi celui-là, car ce n’est pas trop sanguinolent et l’intrigue est intéressante. L’expert en manuscrits Cotton Malone, se lance sur les traces des secrets de la bibliothèque disparue d'Alexandrie. 50 avant J.-C. : la bibliothèque d'Alexandrie, qui renferme plus de 700.000 volumes, est de loin la plus grande collection de manuscrits religieux, philosophiques et scientifiques de son époque. Elle va soudainement disparaître sans laisser de traces, dans des circonstances qui demeurent, aujourd'hui encore, mystérieuses. Un livre plein de rebondissements, qui vide la tête, et qui apprend beaucoup de choses sur l’histoire antique. Autre livre présenté par Christine, Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie. En 1945, à Nagasaki, le monde blanchit... Rescapée de l'apocalypse nucléaire, Hiroko porte à jamais dans sa chair les brûlures d'une vie détruite. De Karachi à New York, jusqu'à l'Afghanistan, dans un demi-siècle fiévreux et grave où s'affrontent sans relâche le bien et le mal, elle part en quête d'un recommencement. Et dresse, à travers les conflits, un hymne bouleversant à l'humanité. Un livre qui apprend également beaucoup sur le monde et sur l’histoire. 

Chantal a oublié ses livres et ses notes mais nous parlera néanmoins de deux livres. Le premier, De pierre et d’os, de Bérangère Cournut a obtenu le Prix Fnac 2019. Aussi scientifique que poétique, ce roman nous invite à explorer l’Arctique sur les pas d’une jeune Inuit, à travers les légendes magiques de ce peuple fier, dans une nature austère à l’attraction magnétique. Une nuit, alors que la jeune fille sort de l’igloo, la banquise se fracture et elle va se trouver séparée de sa famille. Elle va se mettre à la recherche d’un autre groupe, en survivant comme elle le peut. Une approche intéressante de cette culture, illustrée par des photos. Pendant le confinement, Chantal a eu envie de relire (suite à une série télévisée) un petit livre d’Antoine Choplin, sorti en 2012 et qui s’intitule La nuit tombée. Gouri, le personnage principal, traverse de nuit la campagne ukrainienne sur sa moto. A celle-ci est accrochée une remorque… car il revient sur une vie ancienne, à Tchernobyl, dans des lieux désertés, une zone sinistrée après le 26 avril 1986, il revient pour accomplir une mission… 

C’est au tour d’Edith de nous présenter La vie mensongère des adultes d’Elena Ferrante, plus connue pour L’Amie prodigieuse. Elle a trouvé ce livre tout aussi captivant que les précédents, avec la même ambiance des quartiers pauvres de Naples, des rapports compliqués entre les adultes, des différences notables entre les classes sociales. Un très beau livre qui se lit facilement. Autre coup de coeur d'Edith, Les sept sœurs, premier volume d’une série de 7 tomes, écrit par une ancienne actrice irlandaise reconvertie dans l’écriture, Lucinda Riley. Un tome pour chacune des sœurs, livre très poétique, rempli d’amour et de tendresse, qui raconte l’histoire de ces filles adoptées par un homme richissime qui, à sa mort, leur laissera un indice pour retrouver le mystère de leurs origines. 

Quant à moi (Bernadette), j’ai lu pas mal de livres, donc j’ai apporté les deux premiers que j’ai trouvés dans mes rayons. Tout d’abord, La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz, une artiste que j’aime beaucoup, qui a de multiples cordes à son arc et dont c’est le premier roman. C’est l’histoire de sa famille émigrée espagnole, en partie autobiographique mais aussi en partie romancée, car comme dans toutes les familles il y a eu beaucoup de non-dits. Un livre bien écrit et émouvant. Le second est un livre qui a obtenu le Goncourt de la Nouvelle en 2020, et qui s’intitule Au coeur d’un été tout en or d’Anne Serre. Ce sont des nouvelles très courtes, deux trois pages, et je trouve que c’est un art très difficile de raconter une histoire en si peu de mots. C’est très varié, il y en a d’émouvantes, de terrifiantes, mais qui parlent toujours de personnages atypiques. A lire entre deux romans. 

Denis nous présente un petit livre, Les euphorismes de Grégoire écrit par Grégoire Lacroix. Délicieux à lire en picorant, au fond de son canapé. Les euphorismes de Grégoire, c'est une collection unique de maximes profondes ou dérisoires, mariant humour noir et paradoxes lumineux. Ce livre est le tome 3. Denis nous met l’eau à la bouche en nous en lisant quelques-uns, dont celui-ci « Si le temps vous semble long, prenez-le dans le sens de la largeur. » Cette lecture a déclenché les rires, ça fait du bien. Ça rappelle un peu l’humour de Pierre Dac, entre autres. 

Christiane a lu le dernier livre de Grégoire Delacourt, Un jour viendra couleur d’orange, dont le titre est emprunté à un poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat. Au début elle a été un peu déçue, pensant que c’était un livre sur les « gilets jaunes », mais ce roman aborde beaucoup de sujets différents, les soins palliatifs dans les hôpitaux et l’autisme, en particulier. L’auteur oscille entre le social et les sentiments. Tous les personnages qui traversent ce livre ont une âme et du cœur. Ils ont un visage que ce soit dans la colère, la douleur ou l’amour. Par les temps qui courent cela fait du bien de lire un tel roman. Autre coup de cœur de Christiane, Vania, Vassia et la fille de Vassia, de Macha Méril. Tout au long de ce récit s'écrit l’autobiographie de Macha Méril, fille du prince Wladimir Gagarine et de Marie Belsky, qui se fera connaître dans les années 60 comme une figure de la nouvelle vague. Elle entremêle de manière très habile souvenirs de son enfance et grands épisodes politiques du XX° siècle... Livre très intéressant mais très long à lire. 

Joël nous fait voyager à travers deux livres, l’un russe et l’autre anglais. Tout d’abord Sonietchka de Ludmila OulitskaÏa, petit livre tout simple. Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C'est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu'elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. C’est agréable à lire, il y a de l’humour, un peu grinçant parfois. Ce livre a obtenu le Prix Médicis étranger en 1996. Le second livre nous emmène en Angleterre, ce livre Etés anglais d’Elisabeth Jane Howard nous conte une intrigue familiale au cœur d'une riche demeure occupée par des bourgeois anglais et leurs domestiques... L’intrigue se déroule en 1937, un livre plein d’humanité et d’intelligence, dont la suite devrait sortir bientôt. 

Martine rappelle que lors d’un des derniers cafés littéraires, Edith avait parlé d’un livre d’Eric Fottorino, auteur que Martine apprécie particulièrement, elle est donc allée rechercher dans sa bibliothèque un petit livre qu’elle avait acheté puis oublié, et qui s’intitule Je pars demain. Dans ce livre, l’auteur raconte, alors qu’il avait 40 ans, la préparation de la course du Midi libre, qu’il va faire parallèlement à la course officielle, puisque c’est un passionné de cyclisme. C’est prenant comme un roman car il y lâche des bribes de son histoire personnelle. Edith prend la parole pour vanter la revue Zadig, créée par Eric Fottorino, qui est trimestrielle et qui est une superbe revue, comparable à un livre. Autre livre apporté par Martine, le dernier d’Eric Orsenna dont elle est fan, Briser en nous la mer gelée. Une histoire d’amour entre deux personnes d’un certain âge qui vont se séparer avant d’essayer de se retrouver. Martine se laisse emporter par ses digressions géographiques, ses descriptions et par sa poésie. Un univers qu’elle apprécie ! 

Jeanine, nouvelle venue, ne savait pas qu’il fallait apporter un livre. Elle a peu lu pendant le confinement, elle ne pouvait pas, l'anxiété peut-être, mais elle s’est rattrapée cet été. Une amie prof de français lui a prêté Seules les bêtes de Colin Neil, un roman qu’elle a adoré. Il y a quatre histoires, quatre personnages dont seuls deux ont un lien et ce n’est qu’à la fin du livre que ça prend du sens. C’est très bien écrit et comme Jeannine a aimé, son amie lui a envoyé d’autres livres du même auteur, dont une trilogie, Les hamacs de carton, qui se passe en Guyane où l'auteur a vécu. Ce sont des romans policiers mais pas seulement, une intrigue très bien menée, un peu trash parfois, mais aussi toute une partie culturelle qui donne envie de découvrir cette région du monde. Les deux tomes suivants s’intitulent Ce qui reste en forêt et Obia. Jeannine espère qu’il y en aura d’autres.

Et l’on termine avec Noëlle qui pense que l’on a beaucoup de chance d’aimer les livres. Seule pendant le confinement, elle en a lu et relu bon nombre, dont Les semeurs de bonheur de Cécile Pardi. Comme elle le dit souvent, Noëlle aime les livres qui font du bien, avec des gens très ordinaires, qui peuvent faire des choses extraordinaires et faire changer le monde. C’est l’histoire d’une cinquantenaire au chômage, au bord de la dépression, elle adopte un chien en piteux état qui va changer sa vie et beaucoup d’autres vies. C’est magnifique et Noëlle y croit, ça pourrait arriver si on s’en donnait la peine. Autre livre, Là où tombe la neige, de Philippe Koeberlé, un auteur franc-comtois. Une enquête menée dans le Haut-Doubs suite à la découverte du corps d’une femme dans une grotte. La neige recouvre les traces des hommes, mais pas celles de leurs crimes... 

Nous nous donnions rendez-vous le Mercredi 4 novembre, sans savoir 
 que le virus allait encore nous séparer pendant de longs mois.

Bernadette

vendredi 21 août 2020

Compte-rendu du café littéraire #45



Nous étions une dizaine de fidèles pour ce café littéraire, dont nous ignorions qu’il serait le dernier avant une long confinement. 

Catherine a emprunté à la bibliothèque Mille femmes blanches de Jim Fergus. En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des “Mille femmes” viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les États-Unis d’Amérique… C’est une trilogie et Catherine commence seulement le deuxième tome. Ces femmes vont très bien s’intégrer car elle découvre une autre vie avec d’autres valeurs. Elles se sentent mieux considérées dans ce contexte, dont le but est de faire des enfants avec les Indiens. Ça se lit bien, l’écriture est agréable, ça contrebalance tous les westerns que l’on a pu voir dans notre jeunesse. 

Edith nous présente un coup de cœur de Sébastien Les optimistes d’une auteure américaine Rébecca Makkai, roman qui relate l’histoire de jeunes principalement gays pris dans la tourmente du sida dans les années 80. C’est une livre très pudique, à la fois tragique, mais plein d’espoir. Edith a été très touchée par ce roman, elle a juste été gênée par quelques erreurs de traduction. Un très beau livre… Ensuite elle a eu besoin de lire un livre plus léger, un roman policier, La disparition d’Adèle Bedeau, de Greame Macrae Burnet. L’auteur s’attarde beaucoup sur la personnalité et la psychologie des deux personnages, un banquier et un inspecteur de police, et le suspense est maintenu jusqu’à la fin. 

Joël, pour la première fois parmi nous, évoque un coup de cœur qui dure depuis des années, qu’il a déjà partagé avec beaucoup de monde, il s’agit d’un livre néerlandais de Birgit Vanderbeke, Le dîner de moules, basé sur un huit-clos familial, où le retour du père est attendu, mais les heures passent, les langues se délient, et on finit par penser qu’il vaut mieux qu’il ne rentre pas. Il remet en question l'idée que l'on peut se faire, bien souvent, d'une "vraie famille" idéale. Pour ses lectures, Joël se fie aux conseils des libraires du « Quai des brumes » à Strasbourg. C’est ainsi qu’il a lu Ethan Frome d’Edith Warton, un livre dont le héros éponyme est un jeune homme pauvre qui aime les livres et rêve de voyages. Il a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne rapportent rien, épousé une vieille cousine hypocondriaque. Et, sans comprendre ce qui lui arrive, il tombe amoureux pour la première fois. En trois jours, sa vie va basculer. Un livre qu’on ne peut plus lâcher… Dernier coup de cœur de Joël, Opus 77, d’Alexis Ragougneau, dans ce livre on pénètre l'intimité d'une famille de musiciens dominée par le père, Claessens, chef d’orchestre et tyran domestique. Un livre dense et musical… Dans ces deux derniers livres, il a beaucoup aimé la fin. 

Martine a lu J’ai toujours cette musique dans la tête d’Agnès Martin-Lugand, et comme dans tous ses livres la fin est toujours un peu prévisible. Yanis et Véra ont la trentaine éblouissante et tout pour être heureux. Ils s'aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Ça se lit facilement… Martine s’est régalée en lisant L’obsession Vinci de Sophie Chauveau. un roman qui révèle les facettes inédites de la personnalité du génie florentin et s'attache notamment à la source de ses obsessions artistiques, philosophiques et scientifiques. C’est drôle, bien écrit, prenant, pourtant Martine n‘est pas fan de biographie, ni de romans historiques, mais celui-ci l’a passionnée. 

Christine a apporté une série de romans de science-fiction rédigés par Victor Dixen, qui s’intitule Phobos. Malgré l’épaisseur des livres et leur nombre, elle dit les avoir lus assez vite, car c’est très prenant. Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils sont les prétendants du programme « Génésis », l’émission de speed-dating la plus folle de l’histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars. Christine préfère le terme anticipation à science-fiction, car elle pense que ça pourrait se passer ainsi dans vingt ou trente ans. Ça fait un peu peur, car finalement il n’y a rien d’extraordinaire par rapport à ce qu’on vit actuellement. 

Cédric, dans le cadre du « Printemps des Poètes », commence par nous lire une très belle poésie de son cru. Puis il nous parle du livre Aux armes de Boris Marme. Une banlieue aisée, sans histoires, dans un coin d'Amérique. Wayne Chambers, la trentaine, est l'adjoint du shérif en charge de la sécurité du lycée de la ville. Alors qu’il est en train de régler des affaires sans grande importance, une tuerie éclate dans le lycée et lorsqu’il arrive, il est désemparé. C’est lui qui va devenir le monstre à la place du tueur. Le roman jette une lumière crue sur le fonctionnement d'une société victime, consommatrice et créatrice de sa violence. 

Denis nous présente une bande dessinée L’Art du chevalement de Loo Hui Phang et Philippe Dupuy, en coédition avec le Musée du Louvre-Lens. Les auteurs en sont convaincus : la construction du Louvre à Lens, sur l’ancien carreau de fosse 9 et 9 bis, en plein cœur du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, territoire plusieurs fois meurtri, tant par la guerre que par l’exploitation intensive du charbon, était une évidence. L’Art du chevalement est une belle réflexion sur le rôle de l’art à travers le temps. Et ce dialogue, entre les chefs d’œuvre du musée et un jeune mineur, raconte l’histoire des hommes, de leurs guerres, de leurs souffrances, de leur grandeur. C’est finalement un livre assez optimiste. 

Pour ma part, (Bernadette), je présente un livre acheté lors du festival des « Livres dans la Boucle », dont la couverture m’a tout de suite attirée. Il s’agit du premier roman écrit par une professeur de français, Alexandra Koszelyk. A crier dans les ruines raconte le retour d’une femme sur sa terre natale, vingt ans après son exil. Avec sa famille, Léna a quitté l’Ukraine en 1986 lors de la catastrophe de Tchernobyl. C’est un roman sur l’exil, la perte des repères, mais aussi la résilience : comment se reconstruit-on quand on a tout perdu ? Un livre puissant et poétique que j’ai pris un grand plaisir à lire. Autre auteur que j’aime beaucoup, Grégoire Delacourt, dont le dernier livre Mon père est sans doute le plus dramatique qu’il ait écrit. Trois jours de huis clos, dans une église saccagée par la rage d’un homme. Trois jours à interroger la justice, l’humanité, la religion. Trois jours de tête à tête entre deux pères, à libérer vérité et lâcheté, une histoire hélas très actuelle de pédophilie au sein de l’Eglise. Un livre qui nous frappe de plein fouet ! 

Christiane n’a pas eu trop le temps de lire, mais néanmoins elle a lu Sérotonine de Michel Houellebecq, qui a déjà été présenté ici. Titillée par sa fille qui pensait qu’elle n’aimerait pas ce livre, elle a quand-même voulu s’y plonger. Christiane n’a pas trop accroché durant le premier tiers puis elle s’est passionnée pour ce livre jusqu’à la fin. Bien sûr ça parle beaucoup de sexe, mais des sujets d’actualité y sont évoqués et c’est très bien écrit. Pour s’occuper dans le TGV, elle a emprunté des livres pour ados dans la bibliothèque de sa fille, et souhaite nous parler d’une collection « Des graines et des guides » aux Editions « A dos d’âne ». Une collection pour découvrir les femmes et les hommes qui ont changé le monde, porteurs d'utopie, de valeurs et d'idéaux : écrivains, activistes, peintres, intellectuels, écologistes, musiciens…  Christiane a choisi Isadora Duncan, une danseuse qui la touche, et Karen Blixen, une européenne en Afrique. 

Isabelle a emprunté à la bibliothèque un livre paru récemment Les méduses de Frédérique Clémençon. Elle a beaucoup aimé cette histoire de plusieurs personnages qui, à un moment donné, vont se retrouver liés par un lieu, en l’occurrence un hôpital de province, l’un des endroits, dans la France d’aujourd’hui, où les fragilités se rencontrent, au-delà de l’âge, de la condition sociale. Isabelle n’a pas compris le choix du titre, mais sinon c’est très bien écrit, et on n’a pas envie que le livre se termine. Elle souhaite ajouter quelques mots sur le livre de notre amie Céline Durupthy, L’air qu’elles boivent, qui relate le parcours de trois femmes fortes, féministes, lesbiennes, qui ont fait évoluer les mentalités. Le livre retrace l’histoire du féminisme depuis la guerre, les combats nécessaires pour avoir le droit d’exister en tant que femme tout simplement. Un livre qu’Isabelle nous recommande. 

Quelques jours après la Journée de la Femme, Chantal va clore la soirée avec un livre d’Edna O’Brien qui s’intitule Girl. Cette auteur de 88 ans a toujours défendu la place de la femme dans la société, ce qui lui a valu le Prix spécial du jury Fémina 2019, pour l’ensemble de son œuvre. Pour écrire ce livre, elle s’est déplacée au Nigéria pour enquêter sur l’enlèvement des lycéennes par Boko Haram. Elle se met dans la peau de l’héroïne qui va réussir à s’échapper grâce au bourreau qui lui a fait un enfant et à qui on l’a mariée de force. Un livre très dur avec des scènes de viol, de lapidation, mais qui hélas est le reflet de la réalité.

Nous vous donnons rendez-vous le mardi 22 septembre pour le 46ème café littéraire

jeudi 6 août 2020

Compte-rendu du café littéraire #44


Pour ce premier café littéraire de l’année 2020, nous avons le plaisir d’accueillir une nouvelle venue, Martine. Bienvenue à elle...

Edith a souhaité nous parler du dernier roman d’Eric Fottorino, Dix-sept ans, qu’il avait présenté à La grande Librairie, émission consacrée ce soir-là au thème de la mère. C’est un livre plein d’amour, l’amour d’un fils pour sa mère, chez qui il sentait un mystère. Elle était là mais elle était lointaine, c’était assez ambigu. Un jour, elle réunit ces trois fils et leur révèle un traumatisme qu’elle a subi lorsqu’elle avait dix-sept ans, et qu’elle a traîné toute sa vie. Tout au long du roman il cherche à comprendre ce qui s’est passé. Et c’est une recherche de sa propre identité. Un beau livre, bien écrit, facile à lire… 

Catherine a lu Désolée, je suis attendue, d’Agnès Martin-Lugand. Elle écrit bien, c’est facile à lire, mais quand on commence un de ses livres on connaît déjà la fin, ce qui au final n’est pas gênant. C’est l’histoire de Yaël, jeune femme libre et indépendante, ancienne baba-cool, qui ne vit plus que pour son travail, au grand dam de sa famille et de ses amis, jusqu’au jour où un homme réapparaît dans sa vie et chamboule tout ... En conclusion, un livre agréable à lire quand on n’a pas envie de se prendre la tête.

Isabelle a deux livres à nous présenter, tout d’abord L’échappée de Valentine Goby. Suite à ma présentation du roman Le paquebot dans les arbres du même auteur, qu’elle a trouvé extraordinaire, Isabelle a voulu lire d’autres romans de cette écrivaine, qui a une façon de raconter très particulière. L’échappée relate l’histoire d’une jeune Bretonne qui se lie d’amour avec un pianiste durant la Seconde guerre mondiale. Seulement, cet homme est allemand. Et elle subira longtemps les conséquences de cette « faute » : tonte, humiliations, et harcèlements sur sa fille Anne, née de la relation. Le livre n’a pas vraiment de fin, le lecteur a le choix entre trois possibilités. Et finalement peu importe la fin… L’autre est plus léger, c’est La femme au carnet rouge d’Antoine Laurain. Un matin à Paris, alors qu’il ouvre sa librairie, Laurent Letellier découvre dans la rue un sac à main abandonné. A partir d’un carnet rouge rempli de notes, Laurent s’improvise détective, afin de retrouver la propriétaire du sac. On est tenu en haleine jusqu’à la fin… 

J’ai également apporté deux livres, dont le dernier d’Olivier Adam, l’un de mes auteurs préférés, qui n’est peut-être pas le meilleur, ayant essuyé pas mal de critiques, mais que j’ai néanmoins pris plaisir à lire. Une partie de badminton raconte l'histoire d'un écrivain en plein tourment car en proie à l'insuccès, qui quitte Paris pour la Bretagne, et que les soucis commencent à rattraper, que ce soit dans sa vie conjugale, familiale ou professionnelle. L'auteur aborde quelques problèmes d’actualité, les migrants, l’homosexualité, les féminicides, les compromissions en politique etc... Je poursuis par le deuxième roman d’Olivier Bourdeaut, Pactum Salis. Il y a quelques années Céline nous avait présenté son premier roman En attendant Bojangles, que j’ai lu par la suite et beaucoup apprécié. Le deuxième ne m’a pas déçu, une histoire d'amitié entre deux personnages qui ont réussi, chacun selon ses propres critères. Le premier rêvait de solitude, il travaille dans les marais salants, l'autre voulait être riche, il est agent immobilier, deux métiers que l’auteur connaît pour les avoir pratiqués. L’action se passe à Guérande me rappelant mes dernières vacances… 

Denis est en train de lire la correspondance entre Albert Camus et René Char qui vient d’être rééditée chez Gallimard. Il ne nous en dira pas plus, sauf qu’il fait des allers-retours entre les poèmes de René Char et les romans d’Albert Camus, en fonction des allusions contenues dans les lettres. Un livre qui lui prendra du temps… 

Cédric a attendu un an, le temps que le battement médiatique cesse, pour lire Sérotonine de Michel Houellebecq. Il y a quelques mois, Chantal nous avait déconseillé de le lire, si on ne voulait pas se jeter par la fenêtre après. Le personnage principal, ingénieur agronome est déprimé, une petite pilule lui redonne la pêche, mais lui enlève toute libido. Il se promène dans son passé pour retrouver les femmes de sa vie. Cédric a bien aimé ce roman car l’auteur nous fait le portrait d’une France en colère, d’ailleurs son livre est sorti pendant l’épisode des « Gilets jaunes ». Il est vraiment dans son époque, ça se lit facilement et c’est vraiment une bonne analyse des problèmes contemporains. Mis à ne pas lire si l’on est dépressif ! 

Christiane a emprunté à la bibliothèque Merci pour le cadeau de Christine Devars. Offrir un cadeau dans le cadre d’une fête familiale est rarement un acte neutre. Nos offrandes reflètent nos sentiments envers nos proches. Un cadeau pour le dire… dire notre amour, certes, mais aussi pour exprimer nos rancunes les plus secrètes. Cadeaux tendres, féroces, humiliants, revanchards — selon les blessures. Cadeaux justiciers pour belles-mères venimeuses ou amants non aimants. L’auteur brosse ici une fresque de ces cadeaux empoisonnés, inspirée par son expérience, en effet elle a travaillé pendant quelques années au rayon paquets cadeaux d’un grand magasin, pour financer ses études. Christiane nous en lit quelques extraits. Un livre d’un humour mordant, mais plein de tendresse… 

Pour terminer, Martine nous présente Marcher jusqu’au soir de Lydie Salvayre. Elle avait entendu l’auteur présenter ce roman à la radio et le concept lui avait paru intéressant, puisqu’il s’agit de faire passer une nuit à un écrivain dans un musée. L'humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d'une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Dans la première partie du livre, elle raconte les angoisses qui lui sont venues en observant la statue de Giacometti, L’homme qui marche. Dans la deuxième partie du livre, elle reparle de Giacometti qui l’a beaucoup impressionnée, elle essaie de comprendre pourquoi ce malaise face à cette œuvre, et revient sur son enfance. Comme elle a une grande culture artistique, c’est un livre très vivant dans lequel on ne s’ennuie pas une seconde. Autre lecture de Martine, Personne n’a peur des gens qui sourient de Véronique Ovaldé. Elle a choisi ce livre car le titre lui plaisait. L’histoire d’une femme qui fuit avec ses deux enfants. Mais que fuit-elle ? Un passé douloureux sans doute. Les livres de cette écrivaine sont toujours très originaux, que ce soit dans le style ou dans l’histoire. Martine ne s’attendait pas du tout au dénouement, qui l’a laissée un peu mal à l’aise. 

La soirée s’est terminée autour de la galette des rois et d’un verre de cidre. 


lundi 28 octobre 2019

Compte-rendu du café littéraire #41

Nous étions une dizaine de lecteurs pour ce café littéraire de rentrée.

Catherine s’est lancée la première pour nous parler de ses lectures estivales. Elle a lu des livres qui avait été présentés ici, par exemple Marie d’en haut, d’Agnès Ledig, un livre qu’elle a beaucoup aimé, Les gratitudes de Delphine de Vigan, un ouvrage qu’on ne lâche plus jusqu’à la fin, et Le lambeau de Philippe Lançon, un livre beaucoup trop dur, que Catherine n’a pas pu terminer. Mais ce soir elle souhaite nous parler du livre de Guy Boley, Fils du feu, un auteur franc-comtois qui a exercé de multiples métiers. C’est autobiographique et l’écriture est très belle, d’ailleurs Jean-Daniel fait remarquer que ça sonne comme des alexandrins.

Edith que nous étions contents de revoir a découvert un auteur qu’elle a beaucoup apprécié et quand Edith aime, elle ne compte pas. Il s’agit de Tanguy Viel, dont elle a lu le dernier roman, et comme elle a adoré, elle en a acheté deux autres. Ce sont de petits romans qui se lisent assez facilement, il y a donc Paris-Brest, très bien, avec une écriture singulière, très rythmée, il écrit comme il pense. Il se penche sur le mal qui est en nous, dès la première page on connaît le dénouement, tous ses livres sont construits ainsi, ce qui maintient le suspense jusqu’au bout. Edithnous lit un passage de son dernier livre Article 353 du code pénal, la rencontre entre le narrateur et le personnage qui est mort, ce qu’on apprend dès le début.

Jean-Daniel a lu surtout des essais politiques, dont il ne nous parlera pas ce soir. Il préfère nous présenter un livre d’Isabelle Autissier et Erik Orsenna, Salut au Grand Sud. Le 8 janvier 2006, sur le voilier "Ada", ils ont d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, ils sont revenus et ils racontent… Ce n’est pas un roman, mais le récit de leur voyage, où l’on apprend par exemple qu’il n’y a qu’une dizaine de beaux jours par an. C’est très différent du Grand Nord, qu’ils avaient déjà découvert ensemble, et relaté dans le livre Passer par le Nord.

C’est à mon tour de parler de mes lectures estivales, j’ai lu un livre de Gilbert Sinoué sur le peintre Van Eyck, enfin plutôt sur son fils adoptif, L’enfant de Bruges, qui va devoir percer le mystère d’un complot qui vise un certain nombre d’artistes en les assassinant. J’ai bien aimé me retrouver dans l’ambiance de l’époque. J’ai lu également Les forêts de Ravel, de Michel Bernard, un livre qui nous entraîne aux côtés du musicien lors de la première guerre mondiale. Bien intéressant aussi, mais ces deux livres étant un peu anciens, je préfère coller à l’actualité en présentant Kiosque, de Jean Rouaud. Un roman dans lequel il revient sur son expérience, de 1983 à 1990, où il vendit les journaux rue de Flandre à Paris. Une activité à laquelle il mit un terme lorsque, en 1990, il publia son premier roman "Les Champs d’honneur" qui reçut le prix Goncourt. Il y est question du Paris encore populaire de la fin des années 1990, avec un échantillon de personnages pittoresques. Même si certains passages sont un peu longs, j’ai pris plaisir à découvrir un métier que je ne connaissais pas.

Annie, en visite chez sa sœur Christiane, lit beaucoup, elle a lu tous les livres de Sorj Chalandon, mais est un peu déçue par le dernier, qui s’intitule Une joie féroce
L'écrivain journaliste se met dans la peau d'une femme pour raconter l'histoire d'un groupe de femmes en guerre contre le cancer, et en lutte pour la liberté. C’est toujours très bien écrit, avec un vocabulaire très riche, et un peu d’humour. Par rapport aux autres livres, très forts, celui-là est peut-être un ton au-dessous. Autre auteur apprécié par Annie, Jean-Paul Dubois, et son dernier livre Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, qui raconte comment un homme vertueux se retrouve en prison. Un roman décalé bourré d’humour acide et de tendresse.

Chantal annonce alors qu’elle va plomber l’atmosphère avec ses lectures, à commencer par le dernier livre de Houellebecq, Sérotonine, qu’elle ne nous recommande pas, ça se lit bien, mais on a envie de se jeter par la fenêtre après. Ce roman sur les ravages d'un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret. Chantal qui a pris des spectacles à Ma scène nationale, a été interpellée par la pièce Doreen, qui lui rappelle étrangement un livre lu naguère, Lettre à D d’André Gorz. Le 22 septembre 2007, l’auteur se suicide à l’âge de 84 ans avec sa femme Dorine, atteinte d’une maladie incurable. Quelques mois plus tôt, il avait mis de côté son costume de philosophe et de journaliste pour écrire cette lettre à sa femme. Ce livre avait beaucoup ému Chantal. Elle nous en lit un extrait… Magnifique… Et cela lui a également rappelé La dernière leçonde Noëlle Chatelet, la sœur de Lionel Jospin. L'auteure aborde le sujet de la fin de vie et témoigne de sa relation avec sa mère. Une femme âgée, qui décide de mettre un terme à ses jours et demande à ses enfants de la soutenir dans ce geste, de lui en donner le courage.  Leurs échanges sont empreints de tendresse, de souvenirs, parfois aussi de tristesse et d'incompréhension. Un très beau témoignage.

Denis nous présente Les papillons de comptoir, après le succès des Brèves de comptoir, Jean-Marie Gourio a repris son tour de France des bistrots, rouvrant quelques dizaines de bars dans sa mémoire et nous présentant ces clients qui l'ont marqué et qu'il a aimés. C’est beau, il y a de de l’humour, de la poésie, Denis a apprécié. Ensuite il nous parle de Louis Chevalier, qui sélectionne toujours un poème dans la revue Le 1, hebdomadaire d’Eric Fottorino, etc’est ce que Denis lit en premier. Ici il s’agit d’un recueil de cet auteur qui s’intitule La voix du poète : une anthologie pour comprendre l’actualité, une sélection de textes offrant une illustration poétique de thèmes de l'actualité comme la démocratie, le féminisme, les inégalités, l'écologie, etc. Denis choisit de nous lire un texte de Victor Hugo, un poème posthume édité en 1935, mais toujours d’actualité.

Christiane n’a pas eu beaucoup de temps pour lire durant ses vacances. Elle a commencé un pavé qu’elle n’a pas encore terminé, La dentellière d’Alençon, de Janine Montupet, une véritable bible de l’histoire de la dentelle. Ça se passe au temps de Louis XIV, c’est à la fois l'histoire d'une femme d'exception, un tableau exact de la vie à Alençon au XVIIe siècle et une célébration de l'art de la dentelle. Dans un tout autre style, La classe de neige, d’Emmanuel Carrère, prix Fémina 1995, un livre terrible, on entre vraiment dans la peau du héros, Nicolas. Et, tout au long du livre, on se demande ce qu'a subi cet enfant pour être si inquiet. Et on imagine tout... sauf la vérité ! La véritable surprise du roman, c'est le dénouement, et c’est terrible. Christiane termine en nous lisant quelques extraits d’un livre de poésies écrites au Vème siècle par le Chinois Xie Lingyun, traduites par un de ses compatriotes avec des passages de Claude Roy.

Et nous terminons avec Noëlle, qui a profité de l’été et de sa rééducation pour lire et relire de nombreux romans, mais ce soir elle nous présente La cerise sur le gâteau d’Aurélie Valognes. Le livre parle de la retraite, on l’attend toute sa vie, on en rêve, et quand elle est enfin là, c’est le pied ! Ce n’est pas Brigitte, retraitée depuis un an, qui dira le contraire. Pour elle, ce n’est que du bonheur. Jusqu’au drame : la retraite de son mari ! Car pour Bernard, bourreau de travail poussé vers la sortie à 61 ans, c’est une autre paire de manche. Ajoutez à cela des voisins insupportables et une famille très envahissante : la retraite ne serait donc pas un long fleuve tranquille ? Noëlle a beaucoup aimé, c’est la vie de tous les jours. Elle aime aussi les romans d’anticipation et souhaite nous parler du livre de Stephenie Meyer (auteur de Twilight), Les âmes vagabondes. Un livre qu’elle a trouvé magnifique, l’histoire d’âmes vagabondes qui viennent habiter les vivants, parfois contre leur gré…


Rendez-vous pour les deux prochains cafés littéraires le mercredi 6 novembre et le mardi 10 décembre.

lundi 9 septembre 2019

Compte-rendu du café littéraire #40

C’est sous les frondaisons, derrière La Louisiane, que se déroule ce dernier café littéraire de la saison.

Christine nous présente Gare à Lou, le dernier roman de Jean Teulé. C’est un roman différent de ce qu’il a l’habitude d’écrire, puisque c’est un peu fantastique. C’est l’histoire d’une petite fille qui se rend compte que tous ses vœux se réalisent, elle va donc utiliser ce don à des fins plus ou moins tordues et elle va intéresser les services secrets qui vont la kidnapper. Elle se lasse vite de ce don et va trouver un stratagème pour retrouver sa vie d’avant. Christine a hésité à apporter ce livre, car si elle avait beaucoup apprécié les précédents romans de l’auteur, elle a lu très vite celui-ci mais l’a moins aimé. Elle a été un peu déçue…

Denis a apporté un magazine trimestriel qui s’intitule Zadig. C’est un magazine sur la France, celle des villes et celle des campagnes, lancé en mars dernier et qui rencontre un franc succès auprès des lecteurs. C’est un dérivé du magazine America, déjà présenté ici par Denis, puisque lancé par une même équipe, celle d'Eric Fottorino, ancien directeur du Monde. On y trouve par exemple des textes d’écrivains comme ceux de Christian Bobin et Maylis de Kerangal, qui ont tous deux accepté de nous raconter leur ville d’origine, Le Creusot et Le Havre, conversation avec Mona Ozouf qui est historienne et fait le point sur les révolutions passées.On y trouve aussi une nouvelle inédite de par Marie Darrieussecq Rapport sur les migrants.C’est un magazine avec de très belles illustrations, à l’esthétisme proche du livre, imprimé sur un papier de première qualité.

Catherine va nous parler de Sylvain Tesson, évoqué par Jean-Daniel lors du dernier café littéraire. Il s’agit du livre  Sur les chemins noirs, qu’il a écrit après sa chute d’un toit, alors qu’il avait de multiples fractures. On voulait l’envoyer en rééducation, il a refusé et a décidé de le faire en marchant. Il est parti seul du Mercantour et a traversé la France jusqu’au nord du Cotentin. Il ne prend pas les chemins balisés, mais des chemins qui ont été abandonnés. Il dort à la belle étoile, mais ce périple assez long se résume en 170 pages. Il rencontre des gens, mais ils leur dit bonjour, ou juste une phrase, donc peu de contact. Ce livre ne raconte pas grand-chose, c’est vide. Tout comme Jean-Daniel, Catherine a eu du mal à rentrer dans l’histoire, ça ne l’a pas emballée…

Isabelle qui est partie sur les chemins de Compostelle n’a pas eu le temps de lire beaucoup, mais elle a fait de belles rencontres, que ce soit des marcheurs ou des hôtes. Avant de partir, elle avait lu Nos enfants après eux de Nicolas Mathieu, livre qui avait été présenté par Céline au mois de mars. C’est le prix Goncourt 2018, elle est rentrée très facilement dans l’histoire et elle pense que finalement, les choses n’ont pas tant évolué que ça. C’est une belle analyse car on retrouve les mêmes phénomènes actuellement, l’errance dans les banlieues par exemple, même si à l’époque les banlieues n’existaient pas. Il suit des personnages auxquels on s’attache, bref une lecture très appréciée par Isabelle. Lors de sa randonnée, Isabelle a rencontré la maman de Camille de Peretti, qui est passée dans La grande Librairie, mais personne autour de la table n’a lu cette auteure.

Cédric nous présente un auteur bisontin Jacky Schwartzmann qui a écrit Demain c’est loin, un polar estival qui se lit facilement, le héros issu de la banlieue s’embarque dans des situations compliquées, et y embarque même sa banquière, c’est léger, ça détend. Sinon Cédric nous parle d’un livre déjà évoqué ici, car ouvrage marquant, il s’agit du livre d’Eric Lançon Le lambeau, prix Fémina 2018Il nous en lit deux passages très émouvants sur le moment de l’attentat et sur son séjour à l’hôpital. Ce livre est surtout celui de la reconstruction, car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Enfin je termine la séance avec un livre que tout le monde me reprochait de ne pas avoir lu. Voilà c’est fait, j’ai lu Au-revoir là-hautde Pierre Lemaître. En lisant le premier chapitre, moi qui n’aime pas particulièrement les livres sur la guerre, j’ai pensé vite l’abandonner. Et plus on avance dans le livre, plus on est pris dans l’histoire. Certains ont vu le film, très esthétique en raison des masques, par contre Cédric a trouvé le tome 2 moins bien que le premier. Autre lecture le dernier livre de Grégoire Delacourt, La femme qui ne vieillissait pas. C’est le troisième que je lis, j’aime bien son style, à la fois émouvant, mais humoristique. C’est l’histoire d’une femme qui vieillit à l’intérieur et dont le visage ne change pas. On pourrait l’envier et pourtant, ça lui pose bien des problèmes… A méditer… L’auteur a écrit ce livre par rapport à sa mère qui est morte relativement jeune et qu’il n’a pas vu vieillir.

Nous vous donnons rendez-vous le mardi 24 septembre pour le 41ème café littéraire