samedi 4 juillet 2026

Café littéraire # 81

Rien n’arrête les fidèles, pas même la canicule, ce sont donc dix lectrices, dont deux nouvelles, qui se sont retrouvées dans la chaleur de cette soirée. 

Martine
va nous parler brièvement d’un livre qui a déjà été évoqué lors d’une précédente séance, La rivale d’Eric-Emmanuel Schmitt. En Italie, tout le monde a oublié le nom de Carlotta Berlumi, exilée en Argentine depuis des années. Tout le monde sauf Enzo, qui se rappelle avoir entendu ce nom de la bouche de son grand-père. Il devient le confident de cette ancienne rivale de Maria Callas. Carlotta n’a rien perdu de son piquant et elle n’en démord pas : à l’époque, Callas l’a prise pour cible avant de lui voler la vedette ! Un récit délicieusement irrévérencieux, que Martine peut prêter si quelqu’un est intéressé. Elle s’étendra plus longuement sur le livre de David Foenkinos, Tout le monde aime Clara. Un accident de voiture plonge Clara, seize ans, dans un coma profond. À son réveil, la jeune fille n’est plus tout à fait la même, elle semble percevoir ce qui échappe aux autres, ce qui suscite chez son entourage un mélange de fascination et d’inquiétude. Le roman suit en parallèle la trajectoire de son père, Alexis Koskas, qui s’inscrit dans un atelier d’écriture animé par un certain Éric Ruprez pour traverser l’épreuve. Ce faisant, Foenkinos tisse plusieurs fils narratifs : le retour à la vie de Clara, la transformation des parents et de l’entourage, et un univers mêlant ésotérisme, références littéraires et cinématographiques. Martine a passé un bon moment, ça se lit très vite, il y a du surnaturel, mais pourquoi pas ? Tous les personnages sont bien mis en scène, tout s’emboîte bien, c’est ce qu’elle apprécie dans un roman. 

C’est un livre qu’on lui a offert que Christine nous présente, livre dont les premières pages ne l’avaient pas emballée, et au final, elle s’est trouvée bien dans cette ambiance, loin de ce qu’elle lit habituellement. Transports pour dames d’Helen Simonson nous plonge dans l'Angleterre de l'immédiate après-guerre (première guerre mondiale) avec les contraintes de la bonne société, et pour les femmes l'abandon des possibilités que la guerre leur avait données. Elles doivent, et ce sera bientôt une loi avec amendes à l'appui, céder leurs emplois aux hommes démobilisés. Constance devient dame de compagnie d’une femme riche. Elle se retrouve donc dans un hôtel de luxe, on la voit évoluer au contact des personnes qu'elle rencontre et des nouvelles expériences qu'elle tente. Il y est question de classe sociale, d'émancipation, d'amitié, de racisme et d'amour. Le société anglaise y est croquée avec un humour so british. Finalement une belle découverte pour Christine. 

Françoise a puisé dans sa « petite » bibliothèque un opus d’Edgar Morin qui vient de décéder à l’âge de 104 ans. Ce livre a été écrit en duo avec Stéphane Hessel en 2002, et a été réédité en 2022. Les chemins de l’espérance prend tout son sens actuellement, pour que l’humanité cesse d’être déshumanisée. Edgar Morin disait dans la préface « Nous avons besoin aujourd’hui d’une nouvelle politique, une politique du vouloir-vivre et revivre qui nous arrache à une apathie et à une résignation mortelles. Cette politique du vouloir-vivre prendra les traits d’une politique du bien-vivre », car, ensemble, elles ouvrent le chemin de l’espérance. Voici notre manifeste appelant à l’imagination et à l’exigence citoyenne pour redonner un horizon à ce siècle, un avenir à cette planète, une espérance à tout le monde. Ça se lit facilement, et l’on se dit au cours de la lecture, c’est pas bête, si c’était mis en place, ça pourrait le faire… Françoise a également apporté un magazine qu’elle a en double, Biocontact que l’on trouve gratuitement dans les magasins bio, dont elle a gardé tous les numéros depuis le début, soit 380 exemplaires. 

Jeanine a apporté un livre qu’elle a peut-être gagné dans une tombola, car elle ne se souvient pas l’avoir acheté. Parasite de Sylvain Forge, un auteur qui lui était inconnu, est une enquête policière. A Clermont-Ferrand, Marie Lesaux, capitaine de la brigade de protection de la famille, doit tester les capacités de son nouvel et étrange équipier, Valmont, qui, loin d'être un policier comme les autres, est en réalité une somme d'algorithmes. Ce puissant programme expérimental à la force de calcul phénoménale, est en effet missionné par l'Etat pour lutter contre toutes les formes de criminalité. Aidé d’Ethan qui l’initie, la jeune capitaine va mettre Valmont sur le cas du « suicide » d’une fillette d’origine africaine retrouvée au pied d’une tour. La gamine est-elle vraiment tombée toute seule ? On y rencontre de multiples personnages et peu à peu tout s’imbrique pour en faire un livre terrifiant, mais captivant jusqu’à la dernière ligne. Une œuvre d’anticipation ou, quand la cybertechnologie au service de l’humain élargit les champs du possible. Jeanine regarde sur une plateforme La servante écarlate dont Céline avait évoqué le livre au mois de mai. Une dystopie qui l’est de moins en moins avec ce qui se passe en ce moment. A méditer !

Chantal est venue avec trois ouvrages. Le premier de Philippe Besson a déjà été présenté ici. Vous parler de mon fils, c’est l’histoire d’Hugo, harcelé par des camarades de classe, mais aussi le combat de ses parents, face à l’inaction de l’enseignement, pour tenter de mettre un terme à la situation. Puis le drame.. . Durant la marche blanche, le père déroule le fil des évènements, et ça réveille une culpabilité débordante, celle de n’avoir pas su, pas pu protéger son enfant. Un sujet tristement d’actualité. Le second est un livre qu’elle a gagné lors de la dictée de Bart. Le lac de nulle part de Pete Fromm, est publié dans une collection que Chantal aime beaucoup, d’autant plus que ça se passe dans le Grand Nord. Cela fait bientôt deux ans que Trig et Al, frère et sœur jumeaux, n’ont plus de contact avec leur père. Et voilà qu’il réapparaît dans leur vie et réclame "une dernière aventure": un mois à sillonner ensemble en canoë les lacs du Canada. Un drame familial, mais aussi un thriller, bref une belle lecture. Le dernier est un grand coup de cœur recommandé par Télérama, un roman choral servi par une très belle écriture. Dans ce livre La colline de Mathilde Beaussault, un nouveau-né de quelques heures est retrouvé vivant dans une benne à ordures d’une cité de Rennes. Monroe, dix-sept ans, vient d’accoucher et, séquestrée, elle se vide de son sang tout en repensant aux derniers mois heureux passés sur la colline, un endroit éloigné de l’agitation des hommes où elle a découvert une paix inespérée auprès de sa grand-mère guérisseuse, Madeleine. Avant que tout s’écroule. Monroe s’affaiblit, les policiers enquêtent, les soignants espèrent, les pompiers s’interrogent, la famille se désintègre : durant ces quelques heures d’une intensité foudroyante, chacun mesurera ce qu’il a perdu, ou sauvé de son humanité. Malgré tout la fin est optimiste. A lire absolument ! 

Fabienne a écouté un livre audio, une fois n’est pas coutume. Douze ans après de Lisa Gardner est un polar qui tient en haleine. Frankie Elkin, la nouvelle héroïne de Lisa Gardner, revient dans un troisième opus. Toujours en quête de personnes disparues, Frankie est approchée par une tueuse en série qui attend son exécution dans le couloir de la mort. Elle lui demande de retrouver sa petite sœur, disparue à Hawaï douze ans auparavant… Dans cette version audio, il y a de la musique, des bruits d’ambiance et des voix différentes, tout pour nous plonger au cœur du roman, avec une fin totalement inattendue.

C’est au tour de Céline de nous parler de deux livres qui l’ont inspirée pour son dernier roman. Quand on écrit, on va rechercher dans sa bibliothèque des livres qui nous ont marqués et qui peuvent être source d’inspiration. Brooklyn Follie’s de Paul Auster, l’un de ses auteurs préférés, est une sorte de parallèle entre l’auteur qui se retourne dans son lit en cherchant l’inspiration, et le personnage qu’il crée qui est dans une sorte de trou noir. Ça l’a inspirée et son roman commence un peu de la même façon, sans toutefois faire du plagiat. Comme Céline avait l’intention d’écrire un roman de science-fiction, elle s’est inspirée d’une autre dystopie, Dans la forêt de Jean Hegland. Ce roman raconte le quotidien de deux sœurs après la déchéance du monde contemporain qu'elles ont connue. Elles doivent tout créer, tout inventer pour survivre au milieu de la nature. C’est un livre beau, puissant et très inspirant, paru en 1996, mais traduit seulement en 2017. des livres qui peuvent aussi nous inspirer, même si nous n’avons pas l’intention d’écrire. 

Muriel qui vient pour la première n’a pas apporté de livre, mais souhaite nous parler d'un roman de Sorj Chalandon, L’enragé. L’histoire révoltante et bouleversante de Jules Bonneau, dit « la Teigne », qui a survécu au bagne pour enfants de Belle-Ile- en-Mer, France, en 1934. S’appuyant sur l’histoire vraie de ce jeune dont il fait son narrateur, l’auteur a choisi de nous conter l’histoire de ces enfants bagnards qui défrayèrent la chronique à cette époque à la suite d’une mutinerie. 1934, le centre d’éducation surveillée de Haute-Boulogne à Belle-Île en Mer : pour avoir volé quelques poules dans un jardin, pour une bagarre de rue de trop ou parce qu’ils sont abandonnés ou orphelins, des dizaines d’enfants de 12 à 21 ans sont enfermés dans cette colonie pénitentiaire pour enfants ouverte en 1880 - elle ne fermera qu'en 1977. Ils vivent l’enfer entre travail harassant, brimades, humiliations, violence physique et psychique quotidiennes, avec la menace constante d’être envoyés dans un centre de détention plus dur encore. C’est absolument terrifiant, un roman que l’on n’oublie pas... 

Je termine avec un livre beaucoup plus léger, Les femmes du bout du monde de Mélissa Da Costa. Un récit qui nous transporte au bout du monde, tout au sud de la Nouvelle-Zélande, dernière terre avant le pôle sud. Dans la région isolée des Catlins, au cœur d’une nature sauvage très bien décrite, vivent Autumn et sa fille Milly. Sur ce dernier bastion de terre avant l’océan Austral et le pôle Sud, elles gèrent le camping Mutunga o te ao, le bout du monde en maori. Autumn et Milly forment un duo inséparable, jusqu’au jour où débarque Flore, une jeune parisienne en quête de rédemption… Hantées par le passé mais bercées par les vents et les légendes maories, ces trois femmes apprendront à se connaître, se pardonner et s’aimer.  Un cheminement vers le pardon, la reconstruction qui est parfois compliqué. Un roman qui donne envie de partir à l'autre bout du monde, pour découvrir de nouveaux horizons, et surtout, se retrouver, et c’est là tout le talent de l’auteur. 

Place aux vacances avec de belles lectures et on se retrouve le Mardi 15 septembre (si Nanou n’est pas en vacances), sinon nous reporterons. 

Bernadette

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