jeudi 26 mars 2026

Café littéraire # 78

Nous sommes 12 à nous retrouver pour parler littérature lors de ce 78ème Café littéraire. Jeanine en profite pour nous parler de la "Semaine des littératures étrangères" qui, cette année, est consacrée au Liban, tristement d’actualité. Le programme est disponible, avec auteurs, conteuse, conférencier. Très intéressant... 

Cette fois ce n’est pas un polar que Fabienne nous présente, mais un livre de Cédric Sapin-Dufour, auteur déjà évoqué ici avec « Son odeur après la pluie », Où les étoiles tombent est également un roman d’inspiration autobiographique. Un vol en parapente, un instant de liberté, un moment suspendu, puis la chute qui bouleverse une vie. Dans ce livre, l’auteur raconte l’accident de son épouse Mathilde et le long chemin de la reconstruction. Il offre au lecteur une écriture très poétique, où chaque mot est choisi avec justesse. Doute, peur et soulagement ne cessent de s'entremêler, dans un récit intime et poignant.

Martine a eu un coup de cœur pour le livre de Maylis de Kerangal, Jour de ressac, c’est une autrice qu’elle aime beaucoup, depuis qu’elle l’a découverte avec « Naissance d’un pont ». Un jour l’héroïne reçoit un appel du Havre, ville où elle a grandi, tout comme la romancière. Un cadavre a été retrouvé avec son numéro de téléphone dans les poches et elle doit y revenir pour répondre aux questions de la police. Ce retour aux sources va l’amener à revisiter son passé. Un récit qui happe et projette dans la ville du Havre, personnage à part entière, un roman qui s'ouvre comme une enquête criminelle et se referme comme une enquête intime. Martine se demandait pourquoi cette ville, pas si belle que ça, l’avait autant touchée, et bien l’auteur a mis des mots sur ce qu’elle avait ressenti, avec des descriptions magnifiques. On a vraiment envie de le lire ! 

Françoise, pour des raisons personnelles, a eu besoin de se replonger dans un écrit d’Albert Jacquard, Etre humain ?  Ce texte est issu d'une conférence prononcée à Mouans Sartoux lors du festival du livre 2003, une ville très engagée dans le développement durable. Ce grand homme disait : « Je pense qu'il n'est pas trop tard et qu'il nous faut redéfinir l'être humain, n'est-ce pas là mon travail de professeur d'humanistique ». Françoise en a ressorti une certain nombre de phrases qui, pour elle, sont des aphorismes universels. En voici quelques exemples : « La véritable activité de l'homme consiste à se construire soi-même en rencontrant les autres »« L'humanité n'est pas seulement l'addition de six milliards d'êtres humains, mais la mise en commun, par eux, de leurs angoisses et de leurs espoirs »« Ce n'est pas le temps qui permet les évènements, ce sont les évènements qui en se succédant, provoquent l'existence du temps ». Un homme que Françoise avait rencontré il y a 35 ans, et qu’elle avait trouvé captivant. C’est philosophique, mais très accessible, et ça remet les pendules à l’heure.

Christine nous revient avec un livre de Didier Van Cauwelaert, intitulé L’intelligence naturelle. sous-titré : quand le génie du vivant surpasse l’IA. Dans cet ouvrage, il déplore cet engouement pour l’Intelligence Artificielle, et nous invite à redécouvrir les pouvoirs extraordinaires de l’intelligence naturelle, dont les végétaux et les animaux, eux, n’ont jamais perdu l’usage. Bactéries communiquant par télépathie, plantes capables d’anticiper nos actions ou de reconnaître un agresseur, chiens et chats qui nous sauvent d’un péril dont ils ont eu le pressentiment, guérisons inexpliquées, rêves qui influencent la réalité, consciences qui fonctionnent en dehors du cerveau… Ce qui a particulièrement amusé Christine, ce sont ces bactéries capable de digérer et de faire disparaître les Trabant, ces voitures fabriquées en Allemagne de l’Est. Menant une enquête scientifique rigoureuse au fil de récits à couper le souffle, l’auteur montre combien notre soumission à l’intelligence artificielle nous aveugle sur les merveilles qui nous composent et nous entourent. Un livre époustouflant ! Christine veut juste ajouter deux mots pour une BD, Les grandes oubliées de l’histoire de Titiou Lecoq, qui rend hommage à toutes ces femmes qui ont joué un rôle dans l’Histoire, mais qui en ont été effacées. 

Si nous avons déjà évoqué Olivier Norek, et ses « Guerriers de l’hiver », c’est d’un autre roman Entre deux mondes, dont Danielle souhaite nous parler. Adam est un policier syrien qui a fui son pays pour se rendre en France afin de rejoindre sa femme et sa fille, Nora et Maya, qu'il a cru mettre en sécurité dans ce pays. Mais elles ont disparu et Adam découvre que la France abrite un endroit situé entre deux mondes où il n'y a aucune loi. Dès le premier crime commis, Adam décide d'intervenir, aidé de Bastien, un policier français. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. Un polar captivant, qui se joue à Calais, sur le chemin qui mène du Moyen Orient à l'Angleterre. C’est terrifiant, mais l’auteur arrive néanmoins à y mettre un peu d’humanité. Autre lecture, Les reines du bal de Corinne Hoax, C'est une résidence pour personnages âgées. Elle est ici, elle pourrait être là, ou encore ailleurs. C'est cet endroit universel où nous parquons nos vieillards. En l'espèce, nos vieillardes. Elles se nomment Madame Prunier, Madame Spinette, Madame Pincemin, Madame Simonart... Elles forment le petit peuple inquiet, mordant, radoteur, jaloux, égaré, arthritique et parfois un peu toqué de la résidence des Pâquerettes. Corinne Hoax raconte les épiques aventures minuscules des reines de ce bal où nous finissons tous par être invités un jour. C'est grinçant, émouvant, cocasse, drôle et totalement inattendu !

Isabelle poursuit dans son cycle Cécile Coulon avec Le visage de la nuit, une histoire très originale. L’auteur met en scène un enfant marqué par la maladie, devenu presque invisible aux yeux des hommes. Depuis qu'il a survécu à une fièvre mortelle, personne n'a vu son visage. Chaque nuit, l'enfant quitte le presbytère où il a été recueilli et s'enfonce dans les bois. Sous la lune, la forêt devient son territoire. Cette vie clandestine le protège du regard des autres. Alors qu'il entre dans l'adolescence, une jeune fille apparaît parmi les arbres. Elle ne ressemble en rien aux habitants de ce village perdu, hanté par des haines ancestrales. Mais elle aussi porte un secret et rêve d'échapper à l'avenir qui lui est promis. L'écrivaine déploie une écriture poétique, explorant la monstruosité comme construction sociale et intime. Le récit, à la lisière du conte et de la tragédie, interroge sur l'adolescence, la violence et le désir. Un vrai coup de cœur ! Et après ça, un petit roman qui fait du bien, Raphaëlle Giordano avec Le bazar du zèbre à pois. Basile, inventeur au génie décalé, vient d'ouvrir une boutique comme il n'en existe pas, une boutique d'objets provocateurs. Un lieu à vivre et à rêver dans lequel prennent place des créations pleines d'humour et de poésie qui bousculent les habitants de cette petite ville conventionnelle où il a grandi. Un livre frais et amusant. 

Jeanine est entrée dans une période « petits livres », qui se lisent vite, enfin pas si vite que ça, car c’est dense. Tout d’abord un livre d’Eve Guerra, RapatrieMENT, d’inspiration autobiographique. Annabella Morelli, vingt-trois ans, habite dans le Vieux Lyon, loin du Congo-Brazzaville où elle est née. Elle est étudiante, amoureuse et se rêve poétesse.  Ses parents, un ouvrier franco-italien exilé en Afrique et une villageoise congolaise, devenue mère trop jeune. Au Noël de ses sept ans, la colère de son père explose et sa mère quitte le domicile familial. Annabella grandit vite, dans l'ombre de son père et de ses excès. Lorsqu'elle apprend la mort de ce dernier, resté en Afrique, son monde s'effondre pour la deuxième fois. Confrontée à la question du rapatriement du corps en France, Annabella enquête, se perd, fouille et démêle bien plus que ce qu'elle cherchait. Secrets de famille, mensonges, corruption. Un premier roman prometteur, mais épuisant émotionnellement… Autre petit livre peut-être également autobiographique, Du même bois, de Marion Fayolle, relatant la disparition du monde paysan. Dans une ferme isolée sur un plateau, Marion Fayolle suit une famille dont la vie se répète au rythme des saisons et du travail de la terre. Les chapitres courts composent un portrait de générations qui se succèdent, entre bêtes dans l’étable et souvenirs qui ruminent dans les têtes. Les « petitous », enfants et bébés, portent en eux un peu de leurs parents, de leurs grands-parents et des morts, comme une mémoire silencieuse faite de secrets et de transmissions cachées. Un roman étonnant avec ses quinze chapitres ressemblant à de courtes nouvelles, un livre empreint de poésie, que Jeanine nous conseille vivement. 

Cédric a lu le livre prêté par Chantal, Haute-folie d’Antoine Wauters, dont elle nous avait parlé en février. Un livre qui lui avait plu pendant quelques chapitres mais qui, par la suite, l’avait laissée dubitative. Pour rappel, Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Le roman tente de répondre à plusieurs questions, peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Cédric, lui, a beaucoup apprécié ce livre qui construit de la beauté sur le sordide, il nous en lit un petit passage. Dans le cadre de la semaine de la littérature étrangère, Cédric est en train de lire Beyrouth sur Seine de Sabyl Ghoussoub un roman qui a déjà été présenté deux fois. Alors qu’en 1975 ses parents décident de vivre à Paris pendant deux ans, le Liban sombre dans un conflit sans fin. Comment vivre au milieu de tout cet inconnu parisien quand tous nos proches connaissent la guerre, les attentats et les voitures piégées. Un livre plus que jamais d’actualité.

Pour Armelle, c’est un peu plus gai, le livre de Gilles Marchand, Les promesses orphelines, nous emmène au beau milieu des Trente Glorieuses, à la rencontre de Gino et de sa famille. A cette époque, on parlait d'un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse. Ça fait beaucoup rêver Gino, et bien qu’il n’aime pas du tout l‘école, il voudrait absolument faire partie de l’équipe qui va le concevoir. Il va donc devenir maçon pour participer à la construction de la ligne d’essai de 18km construite dans le Loiret, pour lequel notre modeste héros prête ses bras, mais le projet va être abandonné par Giscard d’Estaing. En parallèle il y a une histoire d’amour entre Gino et une petite fille, prénommée Roxanne. Ce qui est drôle dans ce livre c’est qu’entre chaque chapitre, il y a des réclames, publicité de l’époque. Entre nostalgie des inventions, amours impossibles et héros à contre-temps, Gilles Marchand fait vibrer le quotidien d’un garçon qui croit aux étoiles… et aux illusions. Un livre à la fois réaliste et fantaisiste, empreint de poésie. 

Francine a tellement aimé L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine, que j’avais présenté et que je lui avais prêté, qu’elle s’est procuré cinq petits livres de l’auteur, qui l’ont beaucoup fait pleurer. Ainsi parlait ma mère et Le silence des pères parlent de l’immigration. Le premier met en scène un professeur de lettres, fils d’immigrés, qui veille au chevet de sa mère vieillissante et épuisée par la vie. Le second raconte la quête d’un fils pour retrouver le parcours de son père. Dans les années 1970, alors jeune homme de dix-neuf ans, il est venu travailler en France pour soutenir sa famille, dont il s’est éloigné. Dans Lettre à Nour on suit une jeune fille qui, au printemps de sa vie, choisit de quitter son père pour rejoindre en Irak un homme rencontré sur internet auquel elle s’était mariée en secret. Ce dernier, Akram, est un soldat de Daesh… Voyage au bout de l’enfance nous relate  le parcours de Fabien, un petit garçon de Sarcelles, passionné de football, de poésie et de ses copains, dont la vie bascule lorsque ses parents partent en Syrie ...Enfin le dernier, Dans les yeux du ciel évoque le printemps arabe par une plongée lumineuse dans l'univers d'une prostituée qui se raconte, récit d'une femme emportée par les tourments de la grande Histoire. Cinq petits romans magnifiques portés par une écriture sublime. 

C’est au tour de Thérèse accompagnée de sa liseuse, de nous parler de deux romans. Je voulais vivre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre revient sur l’histoire de Milady, célèbre héroïne d’Alexandre Dumas. Une petite fille traquée qui garde secrète la mort terrible de sa mère et de sa nourrice, une enfant fière, poétique, qu'un prêtre plein de bonté décide de sauver. Elle devient une jeune fille assoiffée de connaissances et de lectures, puis une amante passionnée, trahie,  et enfin une mère prête à tout pour son fils. Enfermée à jamais dans ce rôle éternel  d’intrigante, d’empoisonneuse, de séductrice, il était temps d'écarter la légende pour rencontrer la femme. C’est juste une fiction qui vise à réhabiliter Milady. Thérèse qui aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt, a lu La rivale, l'histoire secrète de Maria Callas, racontée par sa rivale la plus acharnée. Carlotta Berlumi, vieille dame oubliée, affirme avoir été la grande rivale de Maria Callas à la Scala et revendique une gloire passée que personne ne semble reconnaître. A travers ce personnage cocasse et inoubliable, l’auteur brosse, avec un humour et une malice incomparables, le portrait en creux d'une Maria Callas méconnue. Un roman riche d’anecdotes savoureuses sur le monde de l'opéra. 

Enfin je termine avec deux livres, un roman de Jules Fournier, un jeune auteur franco-canadien dont j’avais noté le titre dans mon carnet de livres à acheter, Mal lunée. Après la mort de son père, Luna et sa mère déménagent. Déboussolée, la jeune fille peine à nouer des amitiés et trouve refuge dans les livres qu’il lui a laissés et que son parrain lui envoie régulièrement. Un soir d’ennui, elle ouvre son ordinateur et se filme en parlant de sa dernière lecture. Elle signe Mal Lunée et poste le tout sur YouTube. Comment une adolescente discrète devient-elle une star des réseaux sociaux ? C’est ce que nous explique l’auteur, lui qui a travaillé au sein d’équipes de stratégie chez YouTube et Google. Les affres de la popularité sont maintenant bien connues chez les influenceurs, pour qui vie publique et vie privée se confondent au point de parfois déraper. J’avais envie de me pencher sur ce sujet que je connaissais mal, et ce fut très intéressant. Le second est totalement différent, c’est un livre d’Olivier Bleys dont nous avons déjà parlé avec Antarctique. L’auteur est un grand marcheur et dans La leçon du brin d’herbe, il nous livre sa philosophie de la marche. On y apprend, entre autres, qu’il marche plus pour découvrir la faune et la flore que pour les hommes qui, pour lui, sont les mêmes d’un bout à l’autre de la planète. Il aime, quand c’est possible, marcher pieds nus, pour découvrir des sensations inexplorées. Et il nous vante les vertus, tant psychiques, que physiques de la marche, qui a par exemple éradiqué son mal de dos. Un essai qui mêle récit et impressions de voyage, anecdotes et descriptions, réflexions et méditations sur des sujets qui touchent l’auteur. Alors, marchons !

Bernadette   

Exceptionnellement, le prochain Café littéraire aura lieu 
le Jeudi 30 avril à 19h à la Louisiane. 

lundi 16 février 2026

Café littéraire # 77

Malgré quelques personnes excusées pour petits problèmes de santé et vacances scolaires, nous étions 11 pour ce 77ème Café littéraire, qui a de plus en plus de succès. 

J’avais oublié de mettre en route l’enregistreur, je vais essayer de retranscrire de mémoire ce que Gilles nous a dit à propos des deux livres qu’il nous a présentés. Tout d’abord un livre d’Aline Kiner, La nuit des béguines, un livre historique qui prouve que les femmes, même au Moyen Age se battaient déjà pour leurs droits. L’auteur nous entraîne dans le Paris de 1310. Le grand béguinage royal, dans le quartier du Marais, abrite des femmes qui refusent de se marier et ne souhaitent pas devenir religieuses. Leur liberté inédite en fait un lieu unique, qui dérange l'Église. Sur un terrain offert par Saint-Louis et situé dans Paris, elles sont près de quatre cents femmes à vivre, étudier ou travailler selon leurs capacités. A travers l’intrigue qui se noue autour de la jeune Maheut, on découvre un pan de la vie féminine du 14e siècle, lorsque des femmes au statut protégé pouvaient s’organiser ensemble comme elles l’entendaient. Un épisode d’une histoire assez méconnue à lire absolument. Puis il évoque Gilles Legardinier, un auteur plutôt léger, mais qui avec Nous étions les hommes, écrit un livre beaucoup plus sérieux. Dans un grand hôpital d'Édimbourg, le docteur Scott Kinross et la généticienne Jenni Cooper travaillent sur la maladie d'Alzheimer. Alors que le mal progresse à un rythme inquiétant, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes, leurs conclusions sont effrayantes : si ce fléau l'emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Dans un monde où les intérêts financiers règnent en despotes, c'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Face au plus grand danger que notre espèce ait connu, l'ultime course contre la montre a commencé... Une fiction bien sûr, mais qui donne quand-même à réfléchir…

Danièle a apporté L’objet d’amour un livre d’Edna O’Brien, apporté par le Père Noël. Les trente et un textes, sélectionnés parmi la centaine publiée pendant plus de soixante ans d’écriture, sont magistraux . L’auteur irlandaise, récompensée par le Prix Fémina spécial en 2019 pour l’ensemble de son œuvre, s’intéresse particulièrement à la condition des femmes dans son pays pendant des décennies. C’est écrit très petit et il y a beaucoup de pages, donc Danièle a besoin de temps après chaque nouvelle pour intégrer tout ça. C’est difficile de raconter ce livre, puisque ce sont des personnages et des histoires différentes à chaque fois. Ses fines évocations de filles de la campagne au sens aigu de l'observation, de jeunes femmes solitaires et ardentes, jamais dupes des désillusions à venir, ou de femmes amoureuses donnant le change dans un monde qui n'est pas le leur, sa sincérité désarmante, son humour, de même que son regard affûté sur la comédie sociale et la cruauté des enjeux de pouvoir, le tout servi par une belle écriture, ont beaucoup plu à Danièle. 

Devinez ce que Fabienne a lu, un polar bien sûr. Elle s’est plongée dans un livre de Patrick Bauwen, La nuit de l’ogre, qu’elle a terminé en deux nuits. Une sorte de prolongement du précédent roman, Le jour du chien, où l’on retrouve des personnages communs, comme le docteur Chris Kovak, et un rapport indirect.  Ce dernier prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu rouge en abandonnant son sac. Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal. Dans le même temps, son ancienne compagne, le lieutenant Audrey Valenti enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s'éviter mais leurs chemins vont se croiser. Une histoire glaçante, mais pas sanglante, qui vous tient en haleine jusqu’à la fin. 

Rosemay nous revient avec deux romans, dont La sage-femme de Berlin d’Anna Stuart, faisant suite à La sage-femme d’Auschwitz. Dans ce dernier elle racontait l’histoire bouleversante d’Ana, chargée de donner naissance aux enfants des autres prisonnières, ces enfants étant ensuite confiés à des familles allemandes. La sage-femme, avec l'aide de son amie Ester, eut l'idée de tatouer secrètement les bébés avec les numéros de leurs mères déportées, espérant ainsi qu'ils se retrouvent un jour. La sage-femme de Berlin est un peu la suite, puisqu’à la libération du camp, Ester fait partie des rares rescapés. Dès lors, elle n’aura de cesse de retrouver sa fille Pipa. Mais au lendemain de la guerre, l’Europe est en proie au chaos, et l’histoire n’a pas fini de bouleverser les destinées. Plus le temps passe, plus les chances d’Ester de récupérer Pippa s’amenuisent… Parviendront-elles un jour à être réunies ? Quand on sait que c’est inspiré d’une histoire vraie, on ne peut qu’être ému par ce récit, et on y apprend beaucoup de choses sur le plan historique. Rosemay nous le conseille avec enthousiasme. Encore un thriller haletant avec La psy de Freida McFadden, déjà évoquée ici avec La femme de ménage. L’histoire suit Tricia et Ethan, un jeune couple qui recherche la maison de leurs rêves. Une gigantesque tempête de neige se profile à l’horizon, le couple part visiter la maison d’une célèbre psychiatre disparue depuis des années, nichée en pleine campagne et ils vont, bien évidemment, être bloqués dans cette demeure durant un week-end entier. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant… Un livre plein de rebondissements dont le dénouement est inattendu. 

Isabelle, qui a beaucoup entendu parler de Cécile Coulon, a choisi de lire Une bête au paradis, qui retrace la vie d’Emilienne, la doyenne du Paradis, la ferme familiale, mais aussi et surtout celle de ses petits enfants, Blanche et Gabriel qu’elle élève suite au décès de leurs parents. Bientôt arrive l’adolescence et les premières amours, les premières déceptions aussi, qui déchirent et font voler en éclats le monde connu pour libérer le meilleur comme le pire. Le roman fiévreux d'une lignée de femmes possédées par ce qu'elles ont de plus précieux : leur terre. Un huis clos puissant et hypnotique, porté par une magnifique écriture. C’est calme, mais très intense, Isabelle a eu un coup de cœur pour ce roman. Elle avait déjà lu, du même auteur, Le cœur du pélican, l'histoire d'un jeune champion de course à pied foudroyé en pleine gloire, qui tente de renouer avec la légende vingt ans plus tard.  

Laissons la parole à Chantal pour un livre de Guillaume Poix, intitulé Perpétuité. Le roman nous plonge au cœur d’une maison d’arrêt du Sud de la France, non pas du côté des détenus, mais de leurs surveillants. Unité de lieu et de temps, puisque ça se déroule sur une nuit. Pierre, Houda, Laurent, Maëva et leurs collègues avancent dans une routine fragile, où chaque geste peut basculer en incident. Le texte plonge le lecteur dans un huis clos où le drame semble toujours proche. Le roman met en lumière le quotidien d’un métier méconnu, voire méprisé, on sent que l’auteur s’est immergé dans ce milieu pour restituer toute la complexité et la violence des établissements pénitentiaires à travers ses personnages. Par contre, Haute-Folie d’Antoine Wauters a laissé Chantal perplexe. Le roman raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Elle a été emballée au début, et beaucoup moins par la suite. Ça se lit assez vite, car ce sont de tout petits paragraphes, on ne sait pas où ça se passe, ni à quelle époque. Une guerre arrive, mais on n’en sait pas plus. Chantal a lu la fin rapidement pour en finir avec ce livre. Elle aimerait avoir un autre avis, c’est donc Cédric qui va s’y coller… Et pourtant ce livre a été encensé par la critique. A suivre !

Francine souhaite nous parler de Sylvain Tesson et de son livre La panthère des neiges. C’est le dernier film de Vincent Munnier « Le chant des forêts » qui l’a amenée à regarder le film et enfin à lire le livre. Parti à l'affût des dernières panthères des neiges sur les hauts plateaux du Tibet avec le photographe animalier Vincent Munier, l'auteur relate dans son récit de voyage l'approche et les rares apparitions de l'animal en y mêlant ses réflexions sur l'état du monde et son expérience intime de la perte de deux personnes proches que la panthère lui évoque. C’est un peu une quête initiatique avec des descriptions très poétiques. Elle nous en lit de petits passages. Francine tient à nous montrer le livre de photos de Mathieu Ricard. Lumière est le point culminant de soixante années de photographie avec près de 90 photos inédites de Matthieu Ricard qui, pour la première fois, révèlent l’envergure de son travail. Une invitation à partager l'émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours. Ces photos sont accompagnées de très beaux textes. De plus tous les bénéfices sont reversés à ses œuvres humanitaires. 

Cédric nous a apporté un livre de Bertrand Blier, qu’il a trouvé dans une boîte à livres en Alsace, alors qu’il était sur un tournage et qu’il avait un peu de temps libre. Existe en blanc, un livre déconcertant, paru en 1998, sur la folie meurtrière d'un homme, plus exactement d'un fétichiste absolu des soutiens-gorge. Un père autoritaire et idiot, une mère à la présence fantomatique, et un jour... révélation : il a 10 ans et il tombe béat devant une vitrine de lingerie fine. Mais seul le soutien-gorge l’intéresse, pas les femmes qu’il tuera sans vergogne. Cédric a trouvé ce livre intéressant, même s’il y a beaucoup de scènes crues, c’est plutôt glauque, mais c’est du Blier… 

Martine a découvert Ramsès Kefi et son livre Quatre jours sans ma mère, dont on a beaucoup entendu parler. Elle suppose que c’est en partie autobiographique, en effet l'histoire suit Salmane, jeune homme tiraillé entre son master d'histoire ancienne et son travail dans un fast-food, dont la mère disparaît soudainement. Une fugue qui va bouleverser la famille, le père Hédi et ce fils unique qui vit encore chez ses parents. Salmane va partir à la recherche de sa mère, car il sent qu’il y a beaucoup de non-dits dans cette famille. Son enquête commence, avec de maigres indices, mais va lui permettre de s’émanciper. Ce récit est à la fois une enquête et une déclaration d'amour aux quartiers et à leurs habitants. Ça se lit très facilement, car c’est écrit dans un style assez parlé. Martine a passé un bon moment avec ce livre. 

Edith a retrouvé dans sa bibliothèque un livre de Boualem Sansal dont on a beaucoup entendu parler lors de son incarcération en Algérie. Elle l’avait lu il y a une vingtaine d’années, elle n’en avait aucun souvenir, donc elle s’y est replongée. L’enfant fou de l’arbre creux lui a rappelé l’écriture de Kamel Daoud, mais c’est laborieux, deux fois plus compliqué à comprendre. Comme Kamel Daoud, ils sont tous deux nés en Algérie, et ils ont un code qu’Edith ne connaît pas, ce qui rend la compréhension difficile. En résumé, dans le sinistre bagne de Lambèse, en Algérie, de nos jours, deux détenus condamnés à mort dialoguent : un Français, Pierre Chaumet, et un Algérien, Farid. Pendant ce temps, un étrange enfant, enchaîné à un arbre creux dans la cour de la prison, semble rythmer le récit. L'histoire suivie sera principalement celle de Pierre, fils adoptif de pied noir dont la quête de vraie mère sera celle de ses racines. C’est très intéressant, même si ce n’est pas facile à lire, et Edith a envie de poursuivre avec d'autres livres de l'auteur. Après tous ces efforts, elle a préféré un thriller Sans soleil (tome 2) de Jean-Christophe Grangé, dans lequel on retrouve les trois personnages principaux. Ce deuxième volet démarre en 1986, soit quelques années après la fin de l’enquête qui s’est pour ainsi dire terminée sur une plage nudiste, au Cap d’Agde. On quitte Paris et la France pour partir au Maroc, puis en Algérie… Le tueur à la machette n’était pas celui que l’on pensait, et un homme continue d’assassiner sauvagement des malades du SIDA, mais cette fois sur le continent africain. Edith ne comprenait pas qu’il écrive des choses aussi horribles, mais apparemment il a eu un père diabolique, ce qui explique la dureté de ses romans. D’ailleurs elle envisage de lire son dernier, Je suis né du diable

A mon tour de parler du livre très médiatisé de Nathacha Appanah, la nuit au cœur, qui a obtenu le Prix Fémina 2025, le Prix Goncourt des Lycéens et Le Prix Renaudot des Lycéens 2025. Quand Nathacha apprend, en 2021, la mort de Chahinez, brûlée vive par son mari en pleine rue près de Bordeaux, elle doit affronter le souvenir de sa propre expérience de la violence, ainsi que celui de sa cousine Emma, tuée par son mari à l'île Maurice en 2000. Un témoignage minutieux et troublant sur la progression insidieuse de l'emprise, sur l'onde de choc du féminicide et sur la force des femmes. Un livre magistral ! Le second livre, je l’ai également acheté à Besançon, puisque l’auteur, Rachid Benzine, était présent au Festival des « Livres dans la boucle ». Il est franco-marocain, mais son roman L’homme qui lisait des livres se passe à Gaza. Julien, un jeune photographe français couvre, en Palestine, les bombardements dans la bande de Gaza. Un matin, dans une ruelle, il croise un vieil homme assis devant la porte de sa boutique pleine de livres. Alors qu’il veut le photographier, le libraire l’interpelle et lui demande d’écouter son histoire, celle de sa vie mais aussi celle de tout un pays. Un roman très bien écrit, court mais bouleversant, une ode à la littérature et à la paix.  

Bernadette 

 Le prochain Café littéraire se déroulera le Mardi 17 mars.

lundi 26 janvier 2026

Café littéraire # 76

Autour de la table, deux lecteurs et dix lectrices pour ce 76ème Café littéraire. 

Gérard
est volontaire pour lancer la soirée avec On était des loups de Sandrine Collette. Liam, le héros et narrateur, a choisi de s’installer en haute montagne, loin des villes. Il part régulièrement dans de longues expéditions pour traquer le gibier et partage cette existence rude de marginal avec sa femme Ava et leur fils de cinq ans, Aru. Jusqu’au jour où, de retour de chasse, il découvre, mourante, son épouse qu’un ours vient d’attaquer. En mère aimante, elle a pu sauver leur fils en le couvrant de son corps. Fou de douleur, Liam s’embarque pour un long périple à cheval pour se débarrasser d’Aru en le confiant à de vagues parents. On va voir peu à peu les liens de paternité se mettre en place, dans leur solitude réciproque père et fils vont pourtant s'apprivoiser, s'entraider et peut-être trouver enfin leur juste place… Un livre très dur, un peu bourru comme le personnage, mais très prenant. Le second livre, c’est La petite fille aux allumettes d’Andersen, acheté officiellement pour ses petites-filles, mais que Gérard tient à nous montrer pour ses magnifiques illustrations. Un conte que tout le monde connaît et qui nous a beaucoup fait pleurer quand on était enfant. 

Armelle a lu Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, en bref cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Ancienne sage-femme, l’autrice a écrit une douzaine de romans ainsi que des ouvrages pour la jeunesse. Armelle a passé un bon moment avec cette lecture.

Jeanine qui adore Agnès Jaoui, nous parle d’un petit livre tout frais et tout léger, La taille de nos seins. Pour la première fois, l’auteur prend la plume et raconte : l’amitié, d’abord, indéfectible mais aussi faite de rivalités, d’étonnements, de trahisons. L’apprentissage de son genre, joyeux ou angoissant, empreint de doutes et d’injonctions parfois douloureuses. Et les humiliations scolaires, les codes sociaux, le mépris de classe, tout ce qui a forgé sa personnalité convaincue et déterminée. Tendre, cocasse, très personnel, l’ouvrage est enrichi des illustrations de Cécile Partouche, pleines d’esprit et de sensibilité. Jeanine a été bouleversée par Le colonel ne dort pas d’Emilienne Malfatto, auteure que nous avions rencontrée au lycée Mandela l’an dernier. Elle décrit des choses horribles, mais qui reflètent une réalité. Dans une grande ville d'un pays en guerre, un spécialiste de l'interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une armée de fantômes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La ville et les hommes se confondent dans un paysage brouillé, un peu comme un rêve ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se répondent. Le colonel, tortionnaire torturé. L'ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un général qui devient fou. Un livre d’une grande force qui laisse des traces. Jeanine qui avait découvert Valentine Goby avec Kinderzimmer, a poursuivi avec le titre Banquises, une quête initiatique, un petit roman d’une densité extraordinaire et magnifiquement écrit. En 1982, Sarah, 22 ans, quitte la France pour Uummannaq au Groenland. Elle monte dans un avion qui l'emporte vers la calotte glaciaire où elle disparaît corps et âme. Sa famille ne l'a jamais revue. Vingt-sept ans plus tard, Lisa décide de partir sur les traces de sa sœur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace. L’auteur nous emporte sur ces terres qui s’effacent dans un grand et beau livre sur le désenchantement du monde et l’impossibilité du deuil.

Passons à Chantal qui souhaite nous présenter un livre de Delphine Minoui, Badjens, « Bad-jens : mot à mot, mauvais genre. En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée.» Dans ce roman situé à Chiraz, ville d’Iran, en 2022, une adolescente iranienne de seize ans, surnommée Badjens, s’apprête à brûler son foulard devant la foule en pleine révolte « Femme, Vie, Liberté ». Au moment où la peur se dissipe, son histoire remonte par fragments : naissance indésirée, père castrateur, premières amours, amitiés et désir de liberté.  Un livre brûlant ! Elle poursuit avec La collision de Paul Gasnier, cadeau de Noël, présenté ici par Isabelle au mois d’octobre, et qu’elle a beaucoup apprécié. Elle a surtout été intéressée par la réflexion philosophique que l’auteur a mis en place pour comprendre ce fait divers. Quand Chantal a fait la dictée à Bart, elle devait choisir un livre comme lot, et sans hésiter elle a pris un livre de Caryl Ferey, Les nuits de San Francisco. Ce n’est pas son meilleur, mais ça se lit facilement. Sam, Sioux Lakota de la tribu oglala, erre à travers les rues de San Francisco, après avoir quitté la misère de sa réserve et tenté sa chance à Las Vegas, avant la crise. Sans emploi, sans espoir, il noie son ennui tous les soirs dans l’alcool, à la dérive sur les trottoirs de la ville. Puis il y a la rencontre avec Jane, jeune mère désabusée, dotée d'une prothèse d'acier à la place de la jambe, qui cherche à fuir San Francisco pour commencer une nouvelle vie. Chantal ne nous dira rien de la fin qui est terrible…

Isabelle me rend le livre Antarctique, dont nous avions parlé au mois de novembre suite à la rencontre au lycée Mandela. Elle ne peut s’empêcher d’en lire un court extrait, qui montre bien la violence des faits, mais aussi l’humour avec lequel c’est raconté. Elle l’a dévoré également… Mais le livre qu’elle souhaite nous présenter ce soir, c’est La fille de Michèle Gazier. Le père de Marthe décède alors qu'elle a 2 ans, peu après la Première Guerre mondiale. Sa mère s'installe alors dans le midi de la France, entourée de Marthe, de son frère et de sa sœur plus âgés. Alors que ceux-ci grandissent et se marient, Marthe demeure enfermée par le rigorisme de sa mère, catholique autoritaire professant la haine des hommes. C’est présenté comme si le narrateur avait découvert une boîte avec des photos, et qu’il racontait la vie des personnes présentes, c’est sympa, très prenant, et relaté de façon originale. 

Danièle a pensé à Jeanine qui avait perdu sa petite chatte, elle nous a apporté Et si je n’étais pas Dieu ?  Chroniques d’un chat, de Stefania Gander. Un tout petit livre qui raconte la vie quotidienne d'un chat domestique, depuis le moment où il est adopté, racontée par le chat lui-même. Un long monologue, une comédie des malentendus où le point de vue félin et celui des humains ne coïncident pas toujours, mais donnent lieu à une histoire irrésistible d'amour et d'amitié, à la fois amusante et émouvante. Le second livre, Tout garder de Carole Allamand concerne un sujet, dont on parle de plus en plus, le syndrome de Diogène. Quand sa mère décède subitement, Carole Allamand rentre en Suisse pour s'occuper de ses funérailles. Une longue absence a distendu leurs rapports et plus de dix ans se sont écoulés sans une visite à son domicile. Rien ne l'a préparée à ce qu'elle découvre. Qui aurait soupçonné que la vieille dame, toujours tirée à quatre épingles, était atteinte du syndrome de Diogène ? A l’ère de la sobriété heureuse, la maladie qu’est le syndrome de Diogène semble inexplicable, comme le sont bien des maladies psychiatriques. Le vide affectif peut-il conduire à une telle folie ? Carole Allamand s’empare de ce sujet comme d’un sujet universitaire, cherchant des raisons, des prédispositions là où il n’y en a peut-être pas. Un témoignage qui nous engage à re-penser notre rapport aux objets et aux autres. Danièle trouve ce roman très bien construit, bien écrit, plein d’émotion, et nous a vraiment donné envie de le lire.

Martine est venue avec deux livres, le premier Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur, lui a été prêté par une amie, et elle va peu nous en parler. C’est un tout petit roman qui raconte l’émancipation d’une femme. Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l'amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu'elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l'aime immédiatement, c'est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu'il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde. Bref et intense, ce récit est celui d'une métamorphose. Elle préfère nous parler plus longuement d’un livre d’Olivier Norek, Les guerriers de l’hiver. Elle n’aime pas spécialement les romans historiques ou qui parle de la guerre, et pourtant c’est bluffant. Deux pays s’affrontent. L’un est gigantesque, l’autre minuscule. Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, le peuple finlandais s’est dressé contre l’ennemi, et parmi ses soldats est née une légende. La légende de Simo Häyhä, la Mort Blanche. Une histoire romancée, puissante, écrite après deux années d’enquête, et qui résonne plus que jamais dans l’actualité. Cette guerre de l’hiver très courte, est décrite de façon glaçante. L’éclairage est mis tout particulièrement sur la vie quotidienne d’un groupe d’amis au sein de l’armée finlandaise sur le front, lors d’assauts, d’expéditions de guérilla et d’actes de bravoure. L’auteur est un maître dans l'art de créer des univers fictionnels d'une incroyable densité. Un livre impressionnant ! 

L’origine des larmes de Jean-Paul Dubois est le livre que Catherine a choisi. Paul a commis l’irréparable : il a tué son père. Seulement voilà : quand il s’est décidé à passer à l’acte, Thomas Lanski était déjà mort… de mort naturelle. Il ne faudra rien de moins qu’une obligation de soins pendant un an pour démêler les circonstances qui ont conduit Paul à ce parricide dont il n’est pas vraiment l’auteur. L’Origine des larmes est le récit que Paul confie à son psychiatre : l’histoire d’un homme blessé, qui voue une haine obsessionnelle à son géniteur, coupable à ses yeux d’avoir fait souffrir sa femme et son fils tout au long de leur vie. L’apprentissage de la vengeance, en quelque sorte. Une comédie noire, mais pleine de fantaisie que Catherine nous recommande. 

Pas tous les hommes quand-même ! de Giulia Foïs, est un livre que la fille de Gilles lui a offert à Noël. un essai incisif, structuré en sept chapitres, qui analyse le mécanisme du déni face aux violences sexistes et sexuelles. Un ouvrage qui s’appuie sur une rigoureuse enquête sociologique, et qui a mis Gilles mal à l’aise, lui qui a été éduqué dans le respect des femmes et qui n’a jamais eu un comportement de dominant. Les chiffres sont terribles, 98% des agressions dont sont victimes les femmes sont provoquées par les hommes. En plus le livre est présenté sous forme de carnet qu’on ouvre de façon très sympa. Un livre nécessaire, mais Gilles a peur d’être identifié à cette catégorie d’hommes. Après un long débat très intéressant sur le sujet, il nous propose un second livre Transatlantic de Colum McCann. À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires. Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations. À Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, tente de puiser dans l'histoire de ses ancêtres la force de survivre à la perte et à la solitude. On y retrouve l’histoire de l’Irlande, c’est très intéressant et bien écrit. 

Moi qui achète et lit rarement des BD, je voulais montrer Les poissons, eux, ne pleurent pas... de Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx. En parallèle du Festival de la BD d’Audincourt, le Ph’arts a organisé une expo de photos et de planches de BD originales de ces deux auteurs. Le livre est le fruit d’une commande de l’Alliance française en Gambie. Les auteurs se sont rendus durant 15 jours dans ce petit pays enclavé dans le Sénégal, et ont cherché un sujet à traiter. Leur choix s’est porté sur l’entreprise chinoise Golden Lead, spécialisée dans la fabrication de farine de poisson, qui s’est installée dans la région, entraînant expropriation des habitants, pollution, surpêche et finalement peu d’emplois créés. Les auteurs racontent formidablement, en prenant bien soin de placer l'humain au cœur de leur histoire, avec ses indignations, son fatalisme, ses rêves. Et les dessins sont superbes ! J’ai choisi aussi une biographie de Frida Kahlo que j’avais offerte à une amie, elle a trouvé ce livre superbe, et j’ai donc décidé de me l’acheter. Un ruban autour d’une bombe, une biographie textile de Frida Kahlo de Rachel Vine-Krupa pour le texte et Maud Guely pour les illustrations, nous invite à découvrir la vie de Frida Kahlo par le biais de sa garde-robe. C’est très joliment illustré, et même si je connaissais déjà bien la vie de l’artiste, je l’ai découverte sous un autre angle. En tout cas une sacrée femme qui s’est battue pour ses idées. 

Fabienne est revenue à ses premières amours, le thriller, ici plutôt un thriller psychologique, Siège 7A de Sébastian Fitzek. Alors que sa fille s’apprête à accoucher, le psychiatre Mats Krüger surmonte sa peur de l’avion pour aller la rejoindre. Il a réservé 4 sièges dont le 7A, qui semble être le moins dangereux en cas de crash. Une fois à bord, un coup de fil mystérieux va transformer son vol en contre-la-montre tragique… dans l’avion se trouve une passagère fragile psychologiquement, qu’il devra manipuler afin de faire s’écraser l’avion, sans quoi sa fille, la seule famille qui lui reste, mourra. Qui savait qu’il était dans cet avion, que sa fille aller accoucher ? Qui veut lui faire du mal ? Autant d’énigmes à résoudre, c’est très bien construit et plein de rebondissements. Dans un tout autre style, Fabienne a lu Un autre bleu que le tien de Marjorie Tixier, qui narre la rencontre de deux femmes blessées par la vie. Restée mutique suite à un traumatisme dont elle n’a aucun souvenir, Rosanie vit à l’abri du monde depuis vingt ans, enfermée dans son univers feutré, protégée par son sauveur devenu son mari. Un jour, attirée par les thermes de la ville (elle qui craint pourtant l’eau) elle rencontre Félice, une femme sportive et volontaire, brisée par un tragique accident. Fascinée par sa force de caractère, Rosanie se résout à abattre le mur de silence derrière lequel elle s’est terrée pendant si longtemps. Une belle histoire qui donne de l’espoir, dans le sens où rien n’est figé. 

Nous terminons avec Francine qui a découvert Marie-Thérèse Boiteux cet été par le biais du film Robe rose et Chocolat, adapté de son roman Amer le chocolat, souvenir d’enfance quand elle a été évacuée en Suisse pendant la guerre. Elle a été interloquée, car c’est aussi l’histoire de sa maman. Ça lui a donné envie de lire d’autres livres de cette auteur, afin de mieux connaître la région, et d’apprendre aussi son histoire, et l’histoire paysanne à travers la vie de plusieurs familles. L’écriture est très simple, mais elle s’inspire de personnages qui ont réellement existé. Francine a lu Les renards cuisent au four, Les planches du roi, Les beignets des foins, qui se passe en 1914, avec les échanges de lettres avec des prisonniers et des soldats, Le deuil des abeilles, qui parle de la résistance, Le secret de Louise, dont l’un des fils va enquêter précisément sur ce secret. Partie longtemps, Francine est revenue en Franche-Comté il y a peu de temps, toutes ses lectures lui ont permis de se replonger dans l’histoire de notre région. 

La soirée s’est poursuivie autour de la galette traditionnelle, et d'une galette bisontine confectionnée par Jeanine que l’on remercie. 

Bernadette

Le prochain Café littéraire se tiendra le Mardi 10 février à 19h à la Louisiane