lundi 26 janvier 2026

Café littéraire # 76

Autour de la table, deux lecteurs et dix lectrices pour ce 76ème Café littéraire. 

Gérard
est volontaire pour lancer la soirée avec On était des loups de Sandrine Collette. Liam, le héros et narrateur, a choisi de s’installer en haute montagne, loin des villes. Il part régulièrement dans de longues expéditions pour traquer le gibier et partage cette existence rude de marginal avec sa femme Ava et leur fils de cinq ans, Aru. Jusqu’au jour où, de retour de chasse, il découvre, mourante, son épouse qu’un ours vient d’attaquer. En mère aimante, elle a pu sauver leur fils en le couvrant de son corps. Fou de douleur, Liam s’embarque pour un long périple à cheval pour se débarrasser d’Aru en le confiant à de vagues parents. On va voir peu à peu les liens de paternité se mettre en place, dans leur solitude réciproque père et fils vont pourtant s'apprivoiser, s'entraider et peut-être trouver enfin leur juste place… Un livre très dur, un peu bourru comme le personnage, mais très prenant. Le second livre, c’est La petite fille aux allumettes d’Andersen, acheté officiellement pour ses petites-filles, mais que Gérard tient à nous montrer pour ses magnifiques illustrations. Un conte que tout le monde connaît et qui nous a beaucoup fait pleurer quand on était enfant. 

Armelle a lu Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, en bref cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Ancienne sage-femme, l’autrice a écrit une douzaine de romans ainsi que des ouvrages pour la jeunesse. Armelle a passé un bon moment avec cette lecture.

Jeanine qui adore Agnès Jaoui, nous parle d’un petit livre tout frais et tout léger, La taille de nos seins. Pour la première fois, l’auteur prend la plume et raconte : l’amitié, d’abord, indéfectible mais aussi faite de rivalités, d’étonnements, de trahisons. L’apprentissage de son genre, joyeux ou angoissant, empreint de doutes et d’injonctions parfois douloureuses. Et les humiliations scolaires, les codes sociaux, le mépris de classe, tout ce qui a forgé sa personnalité convaincue et déterminée. Tendre, cocasse, très personnel, l’ouvrage est enrichi des illustrations de Cécile Partouche, pleines d’esprit et de sensibilité. Jeanine a été bouleversée par Le colonel ne dort pas d’Emilienne Malfatto, auteure que nous avions rencontrée au lycée Mandela l’an dernier. Elle décrit des choses horribles, mais qui reflètent une réalité. Dans une grande ville d'un pays en guerre, un spécialiste de l'interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une armée de fantômes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La ville et les hommes se confondent dans un paysage brouillé, un peu comme un rêve ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se répondent. Le colonel, tortionnaire torturé. L'ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un général qui devient fou. Un livre d’une grande force qui laisse des traces. Jeanine qui avait découvert Valentine Goby avec Kinderzimmer, a poursuivi avec le titre Banquises, une quête initiatique, un petit roman d’une densité extraordinaire et magnifiquement écrit. En 1982, Sarah, 22 ans, quitte la France pour Uummannaq au Groenland. Elle monte dans un avion qui l'emporte vers la calotte glaciaire où elle disparaît corps et âme. Sa famille ne l'a jamais revue. Vingt-sept ans plus tard, Lisa décide de partir sur les traces de sa sœur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace. L’auteur nous emporte sur ces terres qui s’effacent dans un grand et beau livre sur le désenchantement du monde et l’impossibilité du deuil.

Passons à Chantal qui souhaite nous présenter un livre de Delphine Minoui, Badjens, « Bad-jens : mot à mot, mauvais genre. En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée.» Dans ce roman situé à Chiraz, ville d’Iran, en 2022, une adolescente iranienne de seize ans, surnommée Badjens, s’apprête à brûler son foulard devant la foule en pleine révolte « Femme, Vie, Liberté ». Au moment où la peur se dissipe, son histoire remonte par fragments : naissance indésirée, père castrateur, premières amours, amitiés et désir de liberté.  Un livre brûlant ! Elle poursuit avec La collision de Paul Gasnier, cadeau de Noël, présenté ici par Isabelle au mois d’octobre, et qu’elle a beaucoup apprécié. Elle a surtout été intéressée par la réflexion philosophique que l’auteur a mis en place pour comprendre ce fait divers. Quand Chantal a fait la dictée à Bart, elle devait choisir un livre comme lot, et sans hésiter elle a pris un livre de Caryl Ferey, Les nuits de San Francisco. Ce n’est pas son meilleur, mais ça se lit facilement. Sam, Sioux Lakota de la tribu oglala, erre à travers les rues de San Francisco, après avoir quitté la misère de sa réserve et tenté sa chance à Las Vegas, avant la crise. Sans emploi, sans espoir, il noie son ennui tous les soirs dans l’alcool, à la dérive sur les trottoirs de la ville. Puis il y a la rencontre avec Jane, jeune mère désabusée, dotée d'une prothèse d'acier à la place de la jambe, qui cherche à fuir San Francisco pour commencer une nouvelle vie. Chantal ne nous dira rien de la fin qui est terrible…

Isabelle me rend le livre Antarctique, dont nous avions parlé au mois de novembre suite à la rencontre au lycée Mandela. Elle ne peut s’empêcher d’en lire un court extrait, qui montre bien la violence des faits, mais aussi l’humour avec lequel c’est raconté. Elle l’a dévoré également… Mais le livre qu’elle souhaite nous présenter ce soir, c’est La fille de Michèle Gazier. Le père de Marthe décède alors qu'elle a 2 ans, peu après la Première Guerre mondiale. Sa mère s'installe alors dans le midi de la France, entourée de Marthe, de son frère et de sa sœur plus âgés. Alors que ceux-ci grandissent et se marient, Marthe demeure enfermée par le rigorisme de sa mère, catholique autoritaire professant la haine des hommes. C’est présenté comme si le narrateur avait découvert une boîte avec des photos, et qu’il racontait la vie des personnes présentes, c’est sympa, très prenant, et relaté de façon originale. 

Danièle a pensé à Jeanine qui avait perdu sa petite chatte, elle nous a apporté Et si je n’étais pas Dieu ?  Chroniques d’un chat, de Stefania Gander. Un tout petit livre qui raconte la vie quotidienne d'un chat domestique, depuis le moment où il est adopté, racontée par le chat lui-même. Un long monologue, une comédie des malentendus où le point de vue félin et celui des humains ne coïncident pas toujours, mais donnent lieu à une histoire irrésistible d'amour et d'amitié, à la fois amusante et émouvante. Le second livre, Tout garder de Carole Allamand concerne un sujet, dont on parle de plus en plus, le syndrome de Diogène. Quand sa mère décède subitement, Carole Allamand rentre en Suisse pour s'occuper de ses funérailles. Une longue absence a distendu leurs rapports et plus de dix ans se sont écoulés sans une visite à son domicile. Rien ne l'a préparée à ce qu'elle découvre. Qui aurait soupçonné que la vieille dame, toujours tirée à quatre épingles, était atteinte du syndrome de Diogène ? A l’ère de la sobriété heureuse, la maladie qu’est le syndrome de Diogène semble inexplicable, comme le sont bien des maladies psychiatriques. Le vide affectif peut-il conduire à une telle folie ? Carole Allamand s’empare de ce sujet comme d’un sujet universitaire, cherchant des raisons, des prédispositions là où il n’y en a peut-être pas. Un témoignage qui nous engage à re-penser notre rapport aux objets et aux autres. Danièle trouve ce roman très bien construit, bien écrit, plein d’émotion, et nous a vraiment donné envie de le lire.

Martine est venue avec deux livres, le premier Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur, lui a été prêté par une amie, et elle va peu nous en parler. C’est un tout petit roman qui raconte l’émancipation d’une femme. Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l'amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu'elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l'aime immédiatement, c'est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu'il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde. Bref et intense, ce récit est celui d'une métamorphose. Elle préfère nous parler plus longuement d’un livre d’Olivier Norek, Les guerriers de l’hiver. Elle n’aime pas spécialement les romans historiques ou qui parle de la guerre, et pourtant c’est bluffant. Deux pays s’affrontent. L’un est gigantesque, l’autre minuscule. Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, le peuple finlandais s’est dressé contre l’ennemi, et parmi ses soldats est née une légende. La légende de Simo Häyhä, la Mort Blanche. Une histoire romancée, puissante, écrite après deux années d’enquête, et qui résonne plus que jamais dans l’actualité. Cette guerre de l’hiver très courte, est décrite de façon glaçante. L’éclairage est mis tout particulièrement sur la vie quotidienne d’un groupe d’amis au sein de l’armée finlandaise sur le front, lors d’assauts, d’expéditions de guérilla et d’actes de bravoure. L’auteur est un maître dans l'art de créer des univers fictionnels d'une incroyable densité. Un livre impressionnant ! 

L’origine des larmes de Jean-Paul Dubois est le livre que Catherine a choisi. Paul a commis l’irréparable : il a tué son père. Seulement voilà : quand il s’est décidé à passer à l’acte, Thomas Lanski était déjà mort… de mort naturelle. Il ne faudra rien de moins qu’une obligation de soins pendant un an pour démêler les circonstances qui ont conduit Paul à ce parricide dont il n’est pas vraiment l’auteur. L’Origine des larmes est le récit que Paul confie à son psychiatre : l’histoire d’un homme blessé, qui voue une haine obsessionnelle à son géniteur, coupable à ses yeux d’avoir fait souffrir sa femme et son fils tout au long de leur vie. L’apprentissage de la vengeance, en quelque sorte. Une comédie noire, mais pleine de fantaisie que Catherine nous recommande. 

Pas tous les hommes quand-même ! de Giulia Foïs, est un livre que la fille de Gilles lui a offert à Noël. un essai incisif, structuré en sept chapitres, qui analyse le mécanisme du déni face aux violences sexistes et sexuelles. Un ouvrage qui s’appuie sur une rigoureuse enquête sociologique, et qui a mis Gilles mal à l’aise, lui qui a été éduqué dans le respect des femmes et qui n’a jamais eu un comportement de dominant. Les chiffres sont terribles, 98% des agressions dont sont victimes les femmes sont provoquées par les hommes. En plus le livre est présenté sous forme de carnet qu’on ouvre de façon très sympa. Un livre nécessaire, mais Gilles a peur d’être identifié à cette catégorie d’hommes. Après un long débat très intéressant sur le sujet, il nous propose un second livre Transatlantic de Colum McCann. À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires. Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations. À Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, tente de puiser dans l'histoire de ses ancêtres la force de survivre à la perte et à la solitude. On y retrouve l’histoire de l’Irlande, c’est très intéressant et bien écrit. 

Moi qui achète et lit rarement des BD, je voulais montrer Les poissons, eux, ne pleurent pas... de Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx. En parallèle du Festival de la BD d’Audincourt, le Ph’arts a organisé une expo de photos et de planches de BD originales de ces deux auteurs. Le livre est le fruit d’une commande de l’Alliance française en Gambie. Les auteurs se sont rendus durant 15 jours dans ce petit pays enclavé dans le Sénégal, et ont cherché un sujet à traiter. Leur choix s’est porté sur l’entreprise chinoise Golden Lead, spécialisée dans la fabrication de farine de poisson, qui s’est installée dans la région, entraînant expropriation des habitants, pollution, surpêche et finalement peu d’emplois créés. Les auteurs racontent formidablement, en prenant bien soin de placer l'humain au cœur de leur histoire, avec ses indignations, son fatalisme, ses rêves. Et les dessins sont superbes ! J’ai choisi aussi une biographie de Frida Kahlo que j’avais offerte à une amie, elle a trouvé ce livre superbe, et j’ai donc décidé de me l’acheter. Un ruban autour d’une bombe, une biographie textile de Frida Kahlo de Rachel Vine-Krupa pour le texte et Maud Guely pour les illustrations, nous invite à découvrir la vie de Frida Kahlo par le biais de sa garde-robe. C’est très joliment illustré, et même si je connaissais déjà bien la vie de l’artiste, je l’ai découverte sous un autre angle. En tout cas une sacrée femme qui s’est battue pour ses idées. 

Fabienne est revenue à ses premières amours, le thriller, ici plutôt un thriller psychologique, Siège 7A de Sébastian Fitzek. Alors que sa fille s’apprête à accoucher, le psychiatre Mats Krüger surmonte sa peur de l’avion pour aller la rejoindre. Il a réservé 4 sièges dont le 7A, qui semble être le moins dangereux en cas de crash. Une fois à bord, un coup de fil mystérieux va transformer son vol en contre-la-montre tragique… dans l’avion se trouve une passagère fragile psychologiquement, qu’il devra manipuler afin de faire s’écraser l’avion, sans quoi sa fille, la seule famille qui lui reste, mourra. Qui savait qu’il était dans cet avion, que sa fille aller accoucher ? Qui veut lui faire du mal ? Autant d’énigmes à résoudre, c’est très bien construit et plein de rebondissements. Dans un tout autre style, Fabienne a lu Un autre bleu que le tien de Marjorie Tixier, qui narre la rencontre de deux femmes blessées par la vie. Restée mutique suite à un traumatisme dont elle n’a aucun souvenir, Rosanie vit à l’abri du monde depuis vingt ans, enfermée dans son univers feutré, protégée par son sauveur devenu son mari. Un jour, attirée par les thermes de la ville (elle qui craint pourtant l’eau) elle rencontre Félice, une femme sportive et volontaire, brisée par un tragique accident. Fascinée par sa force de caractère, Rosanie se résout à abattre le mur de silence derrière lequel elle s’est terrée pendant si longtemps. Une belle histoire qui donne de l’espoir, dans le sens où rien n’est figé. 

Nous terminons avec Francine qui a découvert Marie-Thérèse Boiteux cet été par le biais du film Robe rose et Chocolat, adapté de son roman Amer le chocolat, souvenir d’enfance quand elle a été évacuée en Suisse pendant la guerre. Elle a été interloquée, car c’est aussi l’histoire de sa maman. Ça lui a donné envie de lire d’autres livres de cette auteur, afin de mieux connaître la région, et d’apprendre aussi son histoire, et l’histoire paysanne à travers la vie de plusieurs familles. L’écriture est très simple, mais elle s’inspire de personnages qui ont réellement existé. Francine a lu Les renards cuisent au four, Les planches du roi, Les beignets des foins, qui se passe en 1914, avec les échanges de lettres avec des prisonniers et des soldats, Le deuil des abeilles, qui parle de la résistance, Le secret de Louise, dont l’un des fils va enquêter précisément sur ce secret. Partie longtemps, Francine est revenue en Franche-Comté il y a peu de temps, toutes ses lectures lui ont permis de se replonger dans l’histoire de notre région. 

La soirée s’est poursuivie autour de la galette traditionnelle, et d'une galette bisontine confectionnée par Jeanine que l’on remercie. 

Bernadette

Le prochain Café littéraire se tiendra le Mardi 10 février à 19h à la Louisiane

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