Justement c’est Edith qui va ouvrir la soirée en nous présentant deux livres. Le premier est un énorme coup de cœur, le plus beau livre qu’elle ait jamais lu, ce sont ses propres paroles pour définir Houris de Kamel Daoud, prix Goncourt 2024. L’auteur revient sur la décennie noire (1992-2002) en Algérie et conte l'histoire d'une jeune femme rescapée d'un massacre perpétré par les islamistes dans un hameau de montagne. Égorgée à 5 ans, Aube a survécu, mais elle est restée muette et une cicatrice, en forme de sourire tragique, barre sa gorge. En proie à une profonde colère, elle adresse un long monologue intérieur à l'enfant qu'elle attend, elle se demande pourquoi mettre au monde une fille dans un pays aussi violent pour les femmes. Un livre très émouvant, qui tire les larmes, et qui est merveilleusement bien écrit. Malheureusement, l’auteur a un procès sur le dos, car il aurait raconté l’histoire d’une femme sans son autorisation. Edith en a des frissons en nous en parlant. Le second livre, De nos blessures un royaume de Gaëlle Josse, écrivaine déjà évoquée ici, est un roman d’une infinie délicatesse, une plongée dans la douleur du deuil et dans l’exploration de soi. Le livre suit les pas d’une danseuse lancée sur les traces de son défunt compagnon. Agnès laisse sa troupe de danse pour entreprendre un long et lent voyage qui la mènera de Paris à Zagreb, en passant par l’Italie. Ce périple, qui tient aussi du pèlerinage, va la mener jusqu’à un musée improbable où elle vient déposer un livre. Un récit lumineux malgré la tristesse des propos entre nostalgie et espoir.
Françoise a beaucoup travaillé pour les ateliers d’écriture, donc elle n’a pas eu le temps de lire. Elle a juste apporté une revue nommée « Eternel », consacrée à Aznavour et offert par sa fille. C’est le numéro 9, si on aime Aznavour, il faut la lire. Chaque magazine retrace l’histoire d’une célébrité, et est conçu comme un véritable livre biographique, enrichi d’anecdotes et de photos.
Jeanine a apporté deux romans, tout d’abord La maison de Nicolas Jaillet, trois nouvelles, dont l’une un peu plus longue. Le jour de son mariage, Martine se fait une promesse. Elle la tiendra, à l'insu de tous ceux qui l'entourent et au risque de se perdre. Inspiré d'une expérience vécue, "La Maison" raconte la tentative la plus audacieuse jamais tentée dans le domaine de l'évasion domestique. L’écriture est très belle, efficace, car c’est court, un livre étonnant, qui a scotché Jeanine. Dans la maison de mon père de Joseph O’Connor, un auteur irlandais, se passe au Vatican durant la deuxième guerre mondiale. En fait le père c’est le pape, et le livre est inspiré de l’histoire vraie de Hugh O’Flaherty, le prêtre irlandais rattaché au Vatican, qui a défié les nazis et sauvé plus de 6 000 juifs et soldats alliés, de l’enfer de Rome en 1943, un thriller littéraire de premier ordre. Jeanine l’a adoré pour la façon dont il est construit en assemblant ces morceaux de témoignages, pour son suspense et pour la description de la ville de Rome.
Passons à Rosemay, qui après avoir enfin fini la saga des « sept sœurs », a lu l’avant-dernier roman de Guillaume Musso, Angélique. Mathias est hospitalisé suite à une alerte cardiaque lorsqu'il reçoit la visite d'une jeune fille qui lui demande de reprendre l'enquête sur la mort de sa mère dont elle doute qu'elle se soit suicidée. Entre secrets et mensonges, ils se lancent tous deux dans une quête de la vérité. Un bon polar qui se lit d'une traite, de temps en temps ça fait du bien.
Catherine s’est également plongée dans la saga des « sept sœurs », mais elle a néanmoins d’autres livres à nous présenter. La dernière fois, Martine nous avait parlé de Tata de Valérie Perrin, Catherine l’a donc lu aussi et l’a trouvé super. On est pris dans l’histoire, contrairement au dernier livre de Mélissa de Costa, dans lequel elle a du mal d’entrer… On en profite pour parler de l’adaptation en téléfilm de « Tout le bleu du ciel » dont on a beaucoup parlé ici et les avis sont partagés, beaucoup ont été déçues. Catherine a aussi apporté La charmante librairie des jours heureux de Jenny Colgan, que j’avais présenté il y a quelques années. L’auteure nous plonge dans l'univers de Nina, une bibliothécaire passionnée de livres qui voit sa vie bouleversée lorsque la municipalité décide de déplacer son service dans une grande médiathèque impersonnelle. Déterminée à préserver le contact humain et la magie des livres, Nina décide de créer sa propre librairie itinérante dans les Highlands écossais. Cette décision va non seulement lui permettre de découvrir une communauté chaleureuse, mais aussi de se redécouvrir et de trouver un nouveau sens à sa vie. Un livre positif, agréable à lire, qui fait du bien.
Quant à Régine, elle souhaite nous parler d’un livre de Serge Joncourt qui s’intitule Chaleur humaine. Fuyant le confinement urbain, Vanessa, Caroline et Agathe se réfugient aux Bertranges, une ferme du Lot entre collines et rivière, où leurs parents vivent toujours. Les trois sœurs y retrouvent Alexandre, ce frère si rassurant avec qui elles sont pourtant en froid depuis quinze ans, ainsi que des animaux qui vont resserrer les liens du clan. Du dérèglement climatique aux règlements de compte, des épidémies aux amours retrouvées, la nature reprend ses droits. Ces hommes et ces femmes vont vivre un huis clos d'une rare intensité. C’est facile à lire, émouvant avec des personnages attachants, et beaucoup d’humanité.
Gérard a lu Passé imparfait de Julian Fellowes, le scénariste de Downton abbay, ce roman nous trace un portrait au vitriol de la bonne société britannique des années 1960. L’histoire est basée sur la réception d’une lettre d’un vieil ami : Damian Baxter. Celui-ci est en fin de vie et souhaite retrouver la mère de son enfant, qu’il aurait eu quand il était jeune et qu’il fréquentait le narrateur. Le problème est que le narrateur, dont on ignore le nom, et Damian Baxter ne se parle plus depuis près de 20 ans. Ils sont en froid depuis leurs vacances communes au Portugal. Que s’est-il passé ? Damian Baxter donne une liste de cinq filles avec qui il a une relation. le narrateur va donc reprendre contact avec ces filles. Retrouvera-t-il la mère de l’enfant ? Un roman très prenant que Gérard a lu avec plaisir. Il avait prévu de nous parler d’un autre livre, mais il va laisser d'abord Martine en parler.
En effet, Martine souhaitait aussi nous présenter Ce que je sais de toi d’Eric Chacour, un premier roman réussi, qui a obtenu des Prix littéraires. Dans le Caire des années 1980, Tarek est un jeune homme à l’avenir tout tracé. Après avoir repris le cabinet médical de son père, il s’apprête à épouser Mira, son amour de jeunesse. Mais, en ouvrant un dispensaire dans le quartier défavorisé du Moqattam, Tarek fait la connaissance d’Ali. Cette rencontre inattendue ne tarde pas à ébranler ses certitudes… De l’Égypte au Canada, ce roman, fait de dévoilements successifs, nous entraîne à la suite d’un homme en quête d’une vérité aussi brûlante que libératrice. L'auteur capte ses lecteurs du début jusqu'au final, c’est bien maîtrisé, tout en retenue et subtilité. Il a mis une dizaine d’années à l’écrire, ce financier québécois pense se consacrer désormais à l’écriture, une belle découverte !
Fabienne nous parle également d’un premier livre de Delphine Giraud écrit en 2018, Six ans à t’attendre. Elle en a écrit cinq autres depuis. Rachel et Vincent s'aiment depuis leur adolescence d'un amour passionnel et indéfectible. L'avenir leur semble tout tracé jusqu'au jour où, l'avant-veille de leur mariage, Vincent disparaît. On retrouve sa moto accidentée sur le bord de la route, mais pas de corps. Six ans plus tard, Rachel s'est reconstruite. Elle sort d'un rendez-vous de travail quand, au détour d'une rue, elle l'aperçoit. Persuadée que l'homme de sa vie est bien vivant, Rachel se lance à sa recherche. Avec une unique question obsédante : se pourrait-il que toutes ces années de deuil l'aient été pour rien ? En somme un bon roman qui tient en haleine jusqu’au bout.
Isabelle a lu La petite menteuse de Pascale Robert-Diard, un premier roman superbe, d’une grande finesse et d’une justesse dans l’évolution des sentiments et dans l’engrenage de cette affaire judiciaire. Nous sommes dans une petite ville de province. Alice Keridreux, la cinquantaine, avocate pénaliste, sort d’un procès d’ Assises.Dans son cabinet une jeune femme l’attend. Elle veut être défendue par une femme. Lors de son prochain procès en appel. C’est Lisa Charvet, 20 ans, qui doit se retrouver face à l’homme qui l’a violée il y a 5 ans. Alice dissèque le dossier. Un coup de tonnerre se produit : Lise avoue avoir menti il y a 5 ans en accusant Marco Lange, un ouvrier plâtrier, coupable idéal, à l’alcool mauvais et au casier judiciaire chargé. L’avocate reprend point par point toutes les causes ayant entraîné ce qui est peut-être une erreur judiciaire. Pourquoi Liza a-t-elle menti ? Quelles souffrances à la maison et au collège l’ont entraînée dans ce mensonge et cet engrenage judiciaire ? L’auteure aborde un sujet intéressant, à contre- courant de l’époque MeToo, elle démontre le fonctionnement de la justice avec ses dérives, parfois l’oubli de ses grands principes, influencée par les débats de société, les réseaux sociaux. La vérité n’est pas toujours celle que l’on imagine. Et revenons à Gaëlle Josse avec le roman Ce matin-là, un matin, tout lâche pour Clara, jeune femme compétente, efficace, investie dans la société de crédit qui l'emploie. Elle ne retournera pas travailler. Amis, amours, famille, collègues, tout se délite. Des semaines, des mois de solitude, de vide, s'ouvrent devant elle. Pour relancer le cours de sa vie, il lui faudra des ruptures, de l'amitié, et aussi remonter à la source vive de l'enfance. Une histoire qui interroge chacun de nous sur nos choix, nos désirs, et sur la façon dont il nous faut parfois réinventer nos vies pour pouvoir continuer. Vraiment très bien !
Et bien je terminerai en évoquant Aquarium de David Vann, présenté il y a quelques semaines par Chantal et lu également par Jeanine, un livre sombre, mais qui vaut la peine d’être lu. J’ai apporté deux livres autobiographiques que je n’ai pas pu dissocier. Par hasard je les ai lus à la suite et ils ont beaucoup de points communs. Le premier est une cri d’amour pour un père, Alors c’est bien de Clémentine Mélois est un vrai coup de cœur. Ce père qui était sculpteur, est un original, malheureusement il a un cancer du poumon il se sait condamné, et toute la famille va préparer avec lui sa mort et ses obsèques. Ce qui devrait être triste devient joyeux, il y a beaucoup d’humour, et c’est aussi la chronique d’une famille où l’amour règne en maître. C’est vraiment très beau, ça dédramatise la mort, je l’ai dévoré ! Le second, Ann d’Angleterre de Julia Deck, a obtenu le Prix Médicis. Je ne dirai pas que c’est une ode à sa mère, car leurs relations n’ont pas toujours été simples. Mais quand elle la retrouve inanimée depuis la veille dans la salle de bain, victime d’un AVC, elle va lui consacrer tout son temps. Il y a déjà les séjours à l’hôpital avec tous les défauts de soins liés au manque du personnel, puis la recherche d’une maison de retraite à Paris, ce qui n’est pas simple et très coûteux, et toute la paperasserie qui en découle. Un chapitre sur deux est consacré à la vie de sa mère, née en Angleterre, et qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Ce livre pose des problématiques très actuelles, auxquelles nous avons pu être, ou serons confrontés aussi un jour ou l'autre. Très beau livre...
Bernadette
Le prochain Café littéraire se tiendra le Mardi 6 mai à 19h à la Louisiane